Pouliquen et les agents troubles
Footengo publie aujourd'hui une longue interview de l'entraîneur grenoblois Yvon Pouliquen. L'ancien milieu de terrain stéphanois en profite pour déplorer l'influence néfaste des agents de très jeunes joueurs.
"J'ai passé mes premiers diplômes d'entraîneur à 24 ans parce que je voulais rester dans le football après ma carrière. J'étais attiré par les jeunes et la formation, ce sont les aléas du football pro qui ont fait dévier la trajectoire car c'est en centre de formation, après avoir été adjoint une saison, que j'ai débuté. J'ai toujours été un joueur qui parlait, qui encadrait, qui s'intéressait aux choses de l'entraînement. Ce n'est pas un hasard si j'ai été capitaine dans pratiquement tous les clubs où j'ai joués. Je parlais énormément, je replaçais les gars, je râlais aussi beaucoup et j'ai toujours eu des rapports privilégiés avec tous mes entraîneurs pour leur poser des questions, les interroger sur leur fonction. Beaucoup me disaient d'ailleurs que je ne pouvais que finir coach !
J'ai eu la chance de côtoyer trois grands entraîneurs qui ont laissé une trace dans le football français : Michel Le Milinaire, Gilbert Gress et Robert Herbin. Le premier, à Laval, issu de l'éducation nationale, était en avance sur son temps, au niveau psychologique surtout. Les deux autres privilégiaient le jeu offensif dans leurs équipes, la volonté d'aller toujours de l'avant. Je me suis construit à travers ces influences-là, forcément...
Le football est quelque chose de merveilleux qui resterait fantastique s'il n'y avait pas de match, mais il manquerait l'adrénaline. Entre les jeunes et les pros, ma fonction a beaucoup évolué, mais le plaisir de voir son équipe jouer comme on l'avait préparée est toujours le même. Mais on est forcément dépendant des joueurs qu'on a, même si on reste responsable de la tactique appliquée par l'équipe. Un entraîneur est de toute manière éternellement insatisfait. Il n'y a que lorsque l'on gagne une compétition, comme ce fut le cas pour moi avec Lorient et Strasbourg en Coupe de France, qu'on arrive à se poser et à apprécier le travail réalisé. Mais là encore, c'est très éphémère car il faut tout de suite se projeter sur le match d'après.
La partie de mon métier que j'aime le moins ? Ce sont toutes ces discussions que nous avons de plus en plus souvent avec des personnes extérieures au football, l'environnement des joueurs notamment, leurs agents, qui parasitent notre travail. Les joueurs ayant des agents de plus en plus tôt, dès 15-16 ans, ils en arrivent à les écouter davantage que leur entraîneur. Un entraîneur professionnel, hors centre de formation, ne peut fonctionner que sur le court terme. Je crois que la durée de vie moyenne d'un coach dans un club de Ligue 1 ou de Ligue 2 est de un an et demi... On fonctionne sur des périodes de cinq matchs. C'est évidemment frustrant surtout quand on sent que dans ces conditions le travail à accomplir ne pourra pas se faire."