Nouzaret voit les Ivoiriens
Dans une interview publiée hier sur le site afrik.com, Robert Nouzaret parle avec passion de la CAN.
"C’est l’événement majeur du football africain. Il y a tout un folklore qui entoure le tournoi. C’est une compétition particulière à plus d’un titre : l’organisation, les infrastructures, l’organisation, les valeurs... Tous les deux ans, c’est une fête du football en Afrique. C’est l’équivalent de la Coupe d’Europe. Pour tous les joueurs, c’est un événement majeur. Surtout cette année, où on est à 6 mois d’une Coupe du monde qui se déroule sur le sol africain. Les titulaires veulent se faire voir, certains vont vouloir gagner leur place... C’est un tournoi très important.
Mon seul regret, c’est l’attitude de certains clubs européens. Certains sont hésitants à lâcher leurs joueurs à cette époque de l’année. Ils mettent des drôles d’idées dans la têtes des joueurs : du genre "Tu vas te blesser... Les terrains sont mauvais... Tu vas perdre ta place...". Que des critères qu’ils n’utilisent pas pour un joueur européen qui va jouer l’Euro ou avec son équipe nationale. La CAN est un aboutissement pour tous les Africains. Heureusement, les sélectionneurs ont la réglementation pour eux donc les joueurs viennent de toute façon. Effectivement, c’est mieux si les joueurs viennent volontiers mais, dans l’ensemble, ils sont heureux de défendre le maillot, le drapeau, la patrie... Il y a une grande notion de fierté. D’autant que les Européens se font une mauvaise idée du foot africain. Les conditions progressent chaque année. Les fédérations font un gros effort à ce niveau : les infrastructures, l’organisation, le staff technique et médical, le matériel, l’équipe aussi... Tout ça est largement au niveau des sélections européennes.
La CAN, c’est toujours un bon souvenir. C’est difficile d’en choisir un, je n’ai que des bons souvenirs. La préparation, c’est toujours quelque chose ! Les joueurs, qui évoluent dans les plus grands clubs européens sont très pros mais dès qu’ils sont ensemble, ils redeviennent Africains ! Il y a une sacrée ambiance, une chaleur qu’on ne retrouve pas dans les sélections européennes. Tout, l’ambiance, l’environnement, les sorciers, les supporters... La CAN, c’est vraiment une expérience qu’il faut vivre une fois dans sa vie. Ca a toujours été un vrai plaisir même si ça a pu mal se finir avec la Guinée.
J'ai fait 4 ans avec la Côte d’Ivoire, 2 ans avec la Guinée, c’est qu’il doit y avoir quelque chose entre l’Afrique et moi ! Je crois que, depuis la première fois que je suis venu, je me suis rendu compte du potentiel et de ce qu’il y avait à faire pour les jeunes et les aider et leur apporter. Il y a un énorme travail à faire à ce niveau. L’Afrique possède un incroyable vivier, un sacré potentiel qui est encore inexploité. Il n’y a pas toute cette machine de formation que l’on retrouve en Europe. Hormis le dernier mois en Guinée, je n’ai pas connu tous les problèmes traditionnels qui font l’Afrique. En Côte d’Ivoire, j’ai vu tout ça. Les rebelles, les coups d’état, les chars, les mitraillettes... Mais j’ai toujours eu ce que j’ai voulu. J’ai pu travailler dans d’excellentes conditions. Je suis plus déçus de l’attitude de certains joueurs cadres qui ont pris la sélection comme le Club Méd...
Le phénomène du "sorcier blanc" s’explique de plusieurs façons. Premièrement, il y a la valeur et l’expérience des coaches locaux. Les fédérations ont tendance à faire plus facilement confiance à un étranger. Du coup, les meilleurs entraîneurs africains ne connaissent jamais le plus haut niveau. Et ne prennent donc pas en main les sélections. C’est le serpent qui se mord la queue. Pourtant, je connais des entraîneurs africains qui ont le potentiel et les capacités pour maîtriser les meilleurs clubs ou sélections européens. Ensuite, il y a aussi un manque de respect des joueurs envers leurs entraîneurs. Ils évoluent dans les meilleurs clubs du monde avec les meilleurs coaches du monde et là, ils reviennent avec un "petit" entraîneur... Du coup, les fédérations misent sur ces fameux "sorciers blancs" pour progresser.
L'Egypte est un cas particulier. Le championnat est de très haut niveau. Les joueurs aussi, le niveau est proche de celui de l’Europe. Il y a une préparation intense et les joueurs respecter l’autorité. Les autres champions du continent ne sont pas aussi professionnels. D’ailleurs, quand les joueurs reviennent, alors qu’ils sont habitués à un rythme de pro dans les meilleurs clubs, ils font moins d’effort. On sait qu’ils aiment faire la fête, on les laisse faire mais pas trop ! Le contexte est différent et ils oublient les principes. C’est pour ça qu’il y a de nombreux retards lorsque les Africains quittent la sélection. Ils ont toujours une excuse ! Le passeport, la grand-mère, le billet... On est "C’est l’Afrique !". Mais, moi, je serais Africain, je serais vexé ! Je ferais tout pour mettre un terme à ça. Mais les fédérations ont du mal à punir les joueurs. Avec plus de discipline, les championnats du monde seraient plus équilibrés et une équipe africaine ne serait pas loin de gagner la Coupe du monde...
La Côte d’Ivoire est mon favori. C’est l’année ou jamais pour les Éléphants. Ils ont une équipe très complète, des grands joueurs et une grande discipline collective. Ils sont toujours favoris mais ils n’ont jamais rien gagné... La Côte d’Ivoire a des grands joueurs mais pas de titre. Je pense que cette fois, c’est la bonne."