Platoche : "Je ferai tout, faites le reste !"
"Je ferai tout pour le sport que j’aime et les valeurs qu’il véhicule. Mesdames et Messieurs les Députés ; je ferai tout, mais je vous demande de faire le reste." C'est en ces termes que Michel Platini a achevé hier son discours devant le Parlement Européen à Bruxelles. Platoche jonglait avec le ballon, désormais il en fait de même avec les mots. Morceaux choisis.
"Je crois qu’en deux ans de Présidence de l’UEFA j’ai fait plus de discours sur le thème du football et de l’Union européenne que tiré de coup-francs tout au long de ma carrière de milieu de terrain (...) Combien d’enfants venus des quatre coins du monde ont appris les premiers rudiments de nos langues, en commençant par corner, hors-jeu ou pénalty ? C’est cette Europe du football, cette Europe en devenir, cette Europe de l’espoir que j’ai l’honneur de représenter (...)
Le football professionnel n’est pas plus un service financier qu’il n’est une activité agricole. Il est tout aussi absurde de vouloir réglementer le football à travers l’application mécanique du droit de la concurrence qu’il le serait à travers l’instrument de la politique agricole commune! Et pourtant, après tout, nous faisons aussi pousser du gazon ! (...) Depuis quinze ou vingt ans, on nous répète à s’en lasser, qu’il ne faut pas réglementer, que le marché s’autorégule parfaitement, que les excès et les déséquilibres disparaîtront d’eux-mêmes, que la croissance des revenus du football est une spirale positive sans fin. Nous savons aujourd’hui que tout cela n’est pas vrai : dans le football comme dans l’économie en général, le marché n’est pas capable de corriger ses propres excès, et ce n’est pas le Président de l’UEFA qui le dit, c’est Barack Obama ! (...)
Payer un enfant pour taper dans un ballon n’est pas si différent que de payer un enfant pour travailler à la chaîne. Il s’agit dans les deux cas d’exploitation du travail de mineurs. Et quand on paye un enfant ou ses parents pour lui faire traverser un océan, pour le déraciner culturellement, pour lui faire perdre ses repères affectifs, j’appelle cela un trafic d’enfants. Nous avons affaire à une sorte de proxénétisme sportif ! (...) Certains parlent de libre circulation des travailleurs. Moi je parle de protection de l’enfance. Certains parlent de droit de la concurrence. Moi je parle du droit au respect de l’intégrité humaine. Du droit pour un enfant de grandir entouré des siens. Alors soyons conséquents, Mesdames et Messieurs, et essayons de parler le même langage. Celui du coeur et de la raison.
Le football transcende les frontières, efface les barrières, le football abolit les préjugés et combat résolument les discriminations partout où il faut les combattre. Il est intolérable de tolérer le racisme, l’exclusion, le sexisme ou l’homophobie. La couleur de la peau est invisible sous le maillot. Les convictions politiques ou les croyances religieuses ne sont pas des qualités footballistiques, les préférences sexuelles ne conditionnent pas le numéro 9 au moment de tirer le pénalty."