Perrin a le sens des valeurs
A 3 jours du derby, Alain Perrin qui a essuyé ses fonds de culotte sur les deux bancs, livre pour la Pravda une analyse comparative des deux clubs. Manifestement l'un l'a plus marqué que l'autre...
Concernant l'emprise du derby sur les clubs : "Dans les vestiaires, la prise de conscience est automatique et identique. Les supporters des deux camps exercent une pression amicale. Parfois, il y a de la haine, mais je ne l'ai jamais goûtée entre les deux clubs. La vraie différence porte sur le public. À Saint-Étienne, il ressent plus l'impact d'une défaite. Cela se rapproche de l'OM. À Lyon, les spectateurs ont d'autres centres d'intérêt. De toute façon, il y a une forte rivalité entre les deux villes, l'une ouvrière, l'autre bourgeoise. Ce ne sont pas les mêmes mondes".
Puis évoquant la situation sportive : "Saint-Étienne vise l'Europe avec une jeune génération de joueurs. Pour eux, ce peut être un match de référence, la concrétisation de deux ans de progression. Je pensais qu'avec un effectif revanchard Lyon pouvait mieux faire. Ils ont connu pas mal de blessures. Disons qu'en cas de défaite ce sera compliqué d'aller chercher Lille pour la troisième place. Pour eux, c'est une fin de règne depuis trois saisons, mais ce n'est pas une fin de cycle. Ils sont en mesure de terminer par une bonne série et de sortir un gros match."
S'agissant des dirigeants, il fait un portrait sans surprise : "Roland Romeyer est plus supporter que Jean-Michel Aulas. Les deux sont impliqués financièrement (ils sont actionnaires). Romeyer fait moins de déclarations publiques, il est plus présent au quotidien. Aulas vient plus facilement voir les médias après les matches pour lancer une vanne en cas de défaite. C'est la seule chose qui pouvait me gêner. Mais il ne s'est jamais montré interventionniste sur le plan technique. Il voulait être au courant au jour le jour. J'avais des échanges intéressants avec Bernard Lacombe (le conseiller d'Aulas). Il sentait les choses et parlait librement."
Concernant ensuite les structures des clubs, il se montre élogieux avec l'ASSE : "Saint-Étienne. C'est plus moderne, plus neuf que Tola-Vologe. Encore que, depuis que je suis parti, des travaux ont été entrepris à Lyon. À mon époque, L'Étrat était plus fonctionnel. Lyon était plus performant dans l'organisation globale, le marketing".
Pour finir, et sans ambigüité, il salue la supériorité des sups verts sur leurs homologues d'outre A47 : "Concernant le stade, Geoffroy-Guichard est plus bouillant. À Lyon, le public est plus exigeant en termes de qualité de jeu alors qu'à Saint-Étienne on supporte celui qui se bouge, celui qui se bat pour obtenir un résultat. Lyon est soutenu par la jeune génération, celle qui était derrière Benzema, Juninho, Coupet. Le public des Verts, ce sont des quadras, des quinquagénaires. Ils ont été marqués par le début de la télévision, du foot international. Il faut voir le nombre d'associations disséminées dans toute la France. L'impact de Saint-Étienne est nettement supérieur à celui de l'OL. Lyon n'a pas encore suffisamment marqué l'Europe. Son pouvoir économique a crû en fonction de ses résultats. Les gens ont suivi sa progression domestique comme une forme de normalité."
Moralité, Lyon-Sainté ça reste le match de la bourse contre la vie. Et si la vie, enfin l'emportait ?