7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Affreux, Jojo !

Dans le quotidien camerounais Le Jour, Joseph-Antoine Bell revient aujourd'hui sur l'affreux parcours du Cameroun, première nation éliminée de la coupe du Monde en Afrique du Sud.

"Il y avait tous les indices qui montraient qu’on ne serait pas bons lors de cette Coupe du Monde. Nous nous sommes laborieusement qualifiés dans un groupe où il y avait le Togo, le Gabon et le Maroc. Mais nous avons fait passer ces équipes pour des foudres de guerre afin de nous attribuer le mérite d’un miracle. Personne n’a eu le courage de dire que se qualifier dans ce groupe là n’était pas un miracle et si c’en était un, ça veut dire qu’un échec cuisant nous attendait forcément en Coupe du Monde où il n’y aurait pas de Togo ni de Gabon. Si pour pouvoir se galvaniser d’avoir gravi les hauteurs en saut en hauteur, vous abaissez la barre, ne vous étonnez pas que si vous allez à une compétition mondiale, vous ne franchissiez aucune barre.  Nous avons rabaissé nos exigences.  Donc, évidemment, nous nous satisfaisons de faux obstacles que nous nous posons nous-mêmes. Quand une équipe du Cameroun, qui se veut être leader africain et qui devait être l’espoir de l’Afrique pour remporter la Coupe du Monde est contente de se qualifier péniblement dans un groupe où il ya le Gabon et le Togo, lorsque cette équipe va en Coupe d’Afrique des Nations et sort en quart de finale et qu’à cette Can, le Gabon confirme que le Cameroun est à son niveau puisqu’il le bat, et que jusque-là, on ne se rend pas compte de ce qui est en train de se passer, on ne peut pas après crier à la surprise quand en Coupe du Monde on ne gagne pas de match.

Tout le monde garde le souvenir de 1990.  Pourtant, 1990 c’est une seule édition de la Coupe du Monde. Pourquoi ne parle-t-on pas des autres années ? Que s’est-il passé en 1994, en 1998, en 2002  et en 2006 ? Nous avons fait un bon parcours une fois : une seule participation réussie. Toutes les autres participations se sont soldées par des échecs  que nous avons happés par un esprit complaisant qui fait qu’on ne regarde pas la vérité en face et on se compromet. La vérité est qu’on a été six fois en Coupe du Monde et que cinq fois on est rentré au premier tour. Et le seul résultat que nous mettons toujours en avant est celui de 1990, comme si c’était ça notre régularité. La vérité est que nous n’avons jamais gagné  de match de Coupe du Monde en dehors de 1990. Sauf l’Arabie Saoudite qu’on a battu en 2002. Et encore ! Par un but à zéro. Voilà les chiffres de l’équipe du  Cameroun. Si on avait accepté de regarder cette vérité en face depuis longtemps, on aurait probablement accepté de prendre les mesures qui s’imposent et on n’aurait pas continué dans  cette voie qui nous conduit aujourd’hui là où nous sommes.

La discipline et la cohésion sont des choses qui viennent en dernier lieu et il faut parler plus de cohérence que de cohésion. La cohésion s’adresse à l’équipe mais la cohérence c’est d’abord les idées. Une équipe ce n’est pas simplement les joueurs qui sont sur le terrain : c’est une politique générale de management. Il faut définir où on va, qu’est-ce qu’on recherche… etc. Lorsqu’on a répondu à ces questions, ce qu’on fait ensuite devient cohérent avec les idées de départ qui guident la conception de la politique qu’on veut mettre en place.  Lorsqu’on est complaisant, on finit par avoir ce que nous avons eu. C'est-à-dire qu’à un moment, le sport nous rattrape et il est implacable. Si vous gérez votre équipe avec complaisance ou dans l’incompétence, les problèmes internes naîtront. Les problèmes internes sont le résultat d’une absence de rigueur. Le management est là pour veiller à ce qu’il n’y ait pas de problèmes internes. Il n’y a jamais de problèmes internes chez les vainqueurs, il n’y a jamais de problèmes internes chez les compétents, il n’y a jamais de problèmes internes chez les champions. Les problèmes internes c’est pour ceux qui ne passeront pas. Parce que, forcément, ça veut dire qu’il ya un problème de management. Il n’ya pas de problèmes internes là où il y a un manager rigoureux et compétent."