Baup a sorti Robin des bois
C'est l'un des principaux faits d'armes revendiqués par l'ancien entraîneur stéphanois lors d'un intéressant entretien publié hier sur foot42. Morceaux choisis.
"Je me suis blessé gravement très tôt (à la suite d'un accident de voiture, ndlr) après avoir joué plusieurs saisons en CFA ou CFA2 et avoir été entraîneur-joueur à Castelnaudary en Honneur à 26 ans. Avant cette blessure, j'étais parti pour faire une carrière pro, c'était en tout cas mon objectif. Ensuite, comme je souhaitais rester dans le foot, passer à l'entraînement était tout naturel. C'était une manière de compenser la frustration de ne plus pouvoir jouer. Au départ, je n'ai pas mesuré la gravité de ma blessure, mais je suis quand même resté six mois sans pouvoir marcher. C'est ensuite, lorsque j'ai vu l'état de certains de mes copains de rééducation, qui ont fini paraplégiques, que j'ai pris conscience que, dans la vie, tout pouvait s'arrêter du jour au lendemain. J'étais déjà content de pouvoir rester dans mon sport, de pouvoir espérer en vivre.
Etre un formateur, ça a rapidement été une vocation. Dans mes études, je me suis dirigé vers le professorat d'éducation physique et j'ai toujours été tourné vers l'entraînement, même lorsque je jouais pendant une dizaine d'années. Mais éducateur ou entraîneur, ce n'est pas le même métier. Former, c'est préparer la progression des joueurs. Entraîner c'est préparer une équipe. J'ai bien pris conscience de la différence lorsque je suis passé de la CFA de Saint-Etienne à l'équipe professionnelle, contraint et forcé par des dirigeants qui n'avaient pas d'autres possibilités financières à l'époque. Et une fois qu'on est passé chez les pros, on ne peut plus revenir en arrière, surtout après une dizaine d'années au plus haut niveau, car les clubs hésitent à vous faire revenir à la formation. Avec votre expérience, ça peut mettre trop de pression à l'entraîneur numéro un du club. Mais s'il avait fallu rester toute ma carrière à la formation, je l'aurais fait sans problème. Au départ, j'étais d'ailleurs davantage préparé à ça.
Au début de ma carrière, je suis resté dix ans à la formation, et lors de mes cinq premières années de coach, je m'attachais surtout au contenu des entraînements, aux exercices, à l'animation des séances. C'est l'aspect du job que je préférais. Mais avec l'élargissement des staffs techniques, avec le temps aussi, même si on vit au quotidien sur le terrain au milieu des joueurs, j'apprécie de plus en plus de pouvoir déléguer et prendre du recul pour se consacrer aux grandes orientations tactiques, au travail sur la vidéo, à la gestion humaine du groupe… C'est un travail d'équipe. On verra ce qu'il adviendra dans les deux ou trois ans mais je me verrais bien, sur un coup de cœur, avec des amis, m'investir de nouveau dans un club amateur, oui, pourquoi pas ! De toute façon, je n'envisage pas de ne pas rester le plus longtemps possible dans la vie sportive et dans l'éducation à travers le football. Pour le moment, pour être sincère, j'ai encore le goût de la compétition. Le terrain et le rythme des matchs qui s'enchaînent me manquent. La compétition, c'est un accélérateur de motivations qui vous maintient en éveil. Je ne suis pas très vieux mais ça vous permet de ne pas se voir vieillir.
Ma plus belle réussite de coaching ? J'ai tenté plusieurs fois des coups avec des jeunes que j'ai fait jouer à la place de joueurs plus confirmés. A Saint-Etienne, j'ai lancé Coupet à la place d'Huc. C'était d'autant plus difficile pour moi que je connaissais bien Robin. A Bordeaux, j'ai enlevé Papin pour mettre Wiltord à sa place. Pas évident non plus… Mes plus grosses erreurs de coaching ? Chaque fois, ou presque, que j'ai voulu préserver un score en faisant sortir un joueur offensif, généralement excentré, par un joueur plus défensif. L'effet est généralement inverse et ça m'a fait appréhender de manière différente la gestion de ces fins de match. Désormais, j'ai une philosophie plus ambitieuse et joueuse sachant qu'il vaut toujours mieux se donner les moyens de garder le ballon donc d'avoir des joueurs capables de le faire et pas forcément davantage de défenseurs. Au niveau des échecs, j'ai aussi souvenir avoir fait confiance trop longtemps à des joueurs qui m'ont déçu."