Mignon tout plein
Sociologue spécialiste du sport auteur d'un livre référence sur "La Passion du football", Patrick Mignon commente la fièvre verte dans la dernière édition du Parisien.
"La France a une relation particulière avec le sport, car peu de villes ont vraiment une culture sportive profonde. Tout simplement parce que dans notre pays, les clubs de football obtiennent une audience nationale dès qu'ils performent au niveau européen. En Angleterre ou en Italie, on ne connaît pas ce type de phénomène, car un supporter du Milan AC ou de Liverpool ne supporte personne d'autre. Dans cet ordre d'idées, les Verts ne représentent pas que Saint-Etienne mais la France.
Le terme de mystique verte est sans doute un peu fort, je crois plus à des souvenirs réactivés, comme pour Dominique Rocheteau que le grand public redécouvre trente ans plus tard en dirigeant et père de famille. Pour les plus de 40 ans, c'était un joueur de foot qui parlait dans le magazine Rock & Folk. A l'époque, ça lui conférait un statut à part.
La cote d'amour de Saint-Etienne tient aussi à son histoire industrielle et populaire. Saint-Etienne, c'est les mines, Manufrance, le symbole du bastion industriel qui déjà battait de l'aile à l'époque, comme d'autres cités marquées par la crise du choc pétrolier. C'est un symbole et il est détaché de la réalité, on l'embellit. Mais c'est aussi la France ouvrière, celle des régions en crise par opposition avec la riche capitale. En cela, les matches de foot gardent une dimension à part, car ils permettent d'entrer dans la culture locale de notre pays, dans ses particularismes sociologiques, historiques et culturels."