Gastal et les Verts (2)
En février 2011, Philippe Gastal avait expliqué à France Football qu'il avait aidé Loïc Perrin à ne pas céder aux sirènes monégasques. L'historien des Verts est à nouveau à l'honneur dans l'autoproclamée "Bible du football" (édition du 11 septembre). Extraits.
"Je n'aime pas trop parler de moi, de mon parcours. Je suis un modeste serviteur de ce club. Je n'en suis pas un salarié. Et si j'ai un espace à moi, ici, c'est que, quelque part, je suis parvenu à me faire apprécier des différents présidents qui se sont succédé. A travers, aussi, une certaine compétence (…) Le 11 mai 1985, j'ai assisté au quart de finale de Coupe de France contre Lille. J'étais avec deux amis. Il y avait une telle foule que l'on a fini par se perdre. Surtout, on étouffait. J'étais entre deux personnes, impossible de bouger. A la mi-temps, on faisait passer par-dessus nos têtes les corps des gens victimes de malaise… Un frisson incroyable. J'ai tout fait pour venir travailler ici. A l'époque, j'ai renoncé à 50% de mon salaire. Une connaissance m'avait parlé d'un studio à louer, je l'ai pris, mon propriétaire c'était… Patrick Revelli.
Mon voisin, c'était Pierre Garonnaire. C'était un formidable conteur. C'est avec ce même parler, ces mêmes mots qu'il était parvenu à convaincre certains parents de laisser leur fils venir à Sainté. Il se déplaçait sur tous les terrains, avait mis en place un réseau de scouts. C'est comme cela que Bathenay est arrivé. Il avait demandé à Jean Oleksiak d'aller voir un match entre deux sélections cadets pour surveiller Rocheteau. Finalement il a pris les deux. Il a toujours regretté de ne pas avoir pu prendre Abedi Pelé. Il l'avait vu lors d'un match amical et avait été séduit par son talent. Seulement l'ASSE comptait déjà deux étrangers dans ses rangs, les Bulgares Georgi Dimitrov et Georgi Slavkov. L'affaire n'avait donc pas pu se faire. Ça me fait penser aux premiers pas d'Oswaldo. Garonnaire voulait absolument qu'il joue la rencontre de Coupe d'Eté face aux Young Boys de Berne. Mais il n'était pas qualifié. Alors Piazza a pris la licence de Merchadier et s'est fait passer pour lui !
C'est important de garder ces choses pour pouvoir ensuite les transmettre. C'est dans cette démarche que j'avais proposé à Elie Baup d'emmener les joueurs au musée de la Mine. J'ai apprécié que Christophe Galtier ait repris cette initiative. L'an passé, il m'a confié au stage au Chambon-sur-Lignon. A la fin du repas, pendant plus de deux heures, on avait discuté en toute simplicité de ses idées, de son vécu. Il y a deux ans, Ivan Curkovic m'a invité à Belgrade pour l'inauguration du Clairefontaine local. A la fin du séjour, on était même allés à Novi sad pour assister à la finale de l'Euro U17. j'étais à côté d'Ivan et Michel Platini. Franchement, jamais je n'aurais pensé vivre ça.
Le musée de l'ASSE va enfin voir le jour. C'était une anomalie qu'un club avec ce passé n'en dispose pas. Je me souviens qu'à l'occasion du retour des Verts en Coupe d'Europe, les dirigeants de Valence, Brême ou de l'Olmpiakos nous demandaient de le visiter. On était bien obligé de leur répondre que ce n'était pas possible puisqu'il n'existait pas. On espère pouvoir l'ouvrir à l'automne 2013. Cela correspondrait aux quatre-vingts ans du club. Ça serait vraiment symbolique de pouvoir mettre sur la photo René Llense d'un côté, et les jeunes du centre de l'autre. Ce que l'on souhaite, c'est rassembler des objets rares. C'est ce qui fait la richesse d'un endroit de ce type. L'idée, c'est que les gens, dès leur arrivée, soient imprégnés de l'atmosphère particulière du Chaudron. On réfléchit donc à une scénographie interactive qui mette en avant le triptyque sur lequel l'ASSE s'est construit : un stade, un public, des hommes. On essaie de mettre la main sur tous les trophées, mais certains ont disparu. On compte sur les dons, les prêts ou les achats. Alors on cherche… Les poteaux carrés ont été rachetés pour 8.000 € par plusieurs individus qui ont monté une association. On a transmis une proposition, on attend leur réponse. Mais on a bon espoir, malgré leur état."