7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

A l'aise Blaise le jour JJ

Libération a proposé à Jérémie Janot et Blaise Matuidi de dérouler leur carrière en leur imposant des points de passage communs, le but étant d'obtenir un développement parallèle à la manière du générique en split screen de la série britannique Amicalement Vôtre. Et d'entendre les dissonances. Les Verts, la honte, l'éveil au monde professionnel : regards croisés.

Le jour de septembre 2010 où Saint-Etienne a pris la tête de la L1

JJ : "On savait tous que ce serait éphémère : les gros commencent à tourner en octobre-novembre, c'est pareil chaque année. Après, on était très, très heureux pour les gens."


Blaise : "Les supporters, la presse… On n'est pas vu pareil. Quand les médias s'intéressent à nous, c'est sympa. Nos proches lisent les journaux."

Le jour où j'ai compris le mythe vert


JJ : "J'étais au centre de formation du club, je devais avoir quinze ans : j'ai vu des supporters pleurer après une défaite. Ça m'a marqué. On dit "les Verts" : c'est le seul club de France qu'on désigne par une couleur. Lors des déplacements, il y a plusieurs dizaines de mecs devant ton hôtel. Ils ont l'écharpe du club, le maillot, des vignettes Panini vieilles de vingt ans. Tu te retrouves à dédicacer des photos de toi que tu n'as vues nulle part."


Blaise : "Je me rappelle les premiers matches amicaux pendant l'été 2007 : 1500 spectateurs, 2000, 3000… A Troyes, ils étaient combien ? 100 ?"

Le jour où j'ai eu honte


JJ : "J'ai toujours sué et fait mon maximum : ça permet de regarder les supporters dans les yeux après les matches. Mais je me rappelle un truc. A 23 ans, j'ai acheté une voiture allemande. Je suis rentré à Valenciennes pour un repas de famille et quand j'ai vu cette bagnole à côté de celle de mes oncles ou cousins, j'ai eu honte. Je me suis dit : "C'est pas toi." Je l'ai vendue dans la foulée."


Blaise : "Le 1-4 devant Lyon, le 12 février. Quand il y a une ambiance pareille et que tu perds… J'ai fait de mon mieux, OK, et alors ? Ce n'est pas la question. Seule la victoire compte. On est conditionné pour gagner les matches. La beauté du foot est là."

Le jour où j'ai compris qu'un joueur doit s'ouvrir pour progresser

JJ : "Disons plutôt qu'un joueur "devrait" s'ouvrir sur l'extérieur. C'est difficile : le sportif de haut niveau a peur de l'extérieur. Une paranoïa s'installe. Un conseiller fiscal vous parle d'un truc ? Vous avez peur, ça cache peut-être quelque chose. A force, le joueur a l'impression d'être largué, perdu. J'ai connu des mecs qui ne savaient pas remplir une feuille de sécu. La grève du bus de Knysna, je ne cautionne pas, mais je comprends comment on arrive à cette situation."


Blaise : "J'ai vite compris que si tu ne t'échappes jamais, c'est compliqué. Le foot est un jeu, il faut retrouver la fraîcheur par rapport à ça et le meilleur moyen, c'est de prendre de la distance. Quand je passe du temps avec ma petite fille ou que je vais au cinéma, je suis sûr que ça m'améliore en tant que joueur."

Le jour où j'ai touché mon premier gros salaire


JJ : "Quand tu passes de rien du tout à une fortune, c'est compliqué. Moi, ça a été progressif. Sinon je suis fils d'ouvrier, petit-fils d'ouvrier… J'ai acheté une maison. Comme on dit dans le Nord : "Une fois que t'as un toit sur le tête, tu trouveras toujours des patates à manger."


Blaise : "Là, il faut qu'on se comprenne : c'est quoi un gros salaire ? A 16 ans, on me donnait 600 euros par mois : je vous jure que c'était un chiffre ! Premier contrat élite à 18 ans : 1 900 euros, un chiffre aussi ! Disons que mes proches ont joué leur rôle : "Blaise, le foot, ça ne dure qu'un temps." De toutes façons, j'avais la tête au foot, alors… Dès mon entrée à l'INF, à 13 ans, je suis encadré, il y a une discipline dans la vie de tous les jours, les repas diététiques, tout ça…"

Le jour où un entraîneur m'a marqué


JJ : "Frédéric Antonetti, sans hésiter. On est en 2001, je me suis claqué au triceps, je viens d'avoir un enfant, je suis en fin de contrat et il y a David Casagrande devant moi dans la hiérarchie du poste. J'ai tendu la main. Si Antonetti ne la prend pas, je suis mort. Il la prend : "Ce n'est pas un cadeau que je te fais, tu le mérites." Six mois après, je suis titulaire et c'est parti… J'aurais une reconnaissance à vie."


Blaise : "Je me souviens d'une matinée, juste avant mon premier entraînement avec les pros de l'équipe de Troyes. J'avais 17 ans. La nuit précédente, j'avais dormi… en y pensant. El là, je vois Jean-Marc Furlan, l'entraîneur de l'équipe première, qui vient me chercher en voiture. Je m'assois sur le siège passager, il me parle et je me rends compte qu'il connaît tout de moi, qu'il me suit depuis longtemps. Aujourd'hui, je pense qu'il est venu me chercher pour se rendre compte par lui-même. Il m'est arrivé ensuite de retourner m'entraîner avec la réserve : ça ne m'a pas posé de problème, j'avais confiance en Furlan."

Le jour où j'ai compris mon poste


JJ : "J'ai compris vers 15 ans. Le poste de gardien est ingrat : si une équipe gagne grâce à ses attaquants, elle perd forcément par la faute du gardien. Toutes les nouvelles règles sont là pour nous compliquer la vie : obligation de négocier les passes en retrait au pied, ballons allégés… Après, je me suis enrichi au contact des autres : Grégory Coupet, Joseph-Antoine Bell… Bell était vraiment un génie. Tout ce qu'il faisait était limpide, sans mouvement parasite. Et il fallait voir son corps à 42 ans ! Quand je lui ai fait la remarque, il m'a répondu : "J'ai la carrosserie, mais je n'ai plus le moteur." Cette phrase là m'a marqué."


Blaise : "Il y a eu un déclic à 15 ans. J'étais ailier gauche et j'ai eu une conversation avec un entraîneur de l'INF, Jean-Claude Lafargue. Il me dit : "Voilà, tu aimes courir et faire des efforts, tu as une bonne technique, joue milieu défensif." J'ai tout de suite adoré. Tout passe par toi. Personne ne touche plus le ballon qu'un demi-défensif. C'est une bagarre permanente. Tu as le ballon, tu ne l'as plus, tu le gagnes, on te le reprend…"

Le jour où j'ai basculé dans le foot pro


JJ : "Mon premier match avec Saint-Etienne, en amical face à Monaco. Je suis dans le couloir qui mène au terrain. A côté : Marco Simone, Grassi, Anderson, Emmanuel Petit, Fabien Barthez. J'ai 19 ans, j'en fais 15. Je me souviens du regard de Petit et de celui de Barthez. Ils voulaient dire : "C'est un gamin." Moi, à cet instant, je pense : "Au moins, tu auras vu ça." On perd 1-0. Après un contact, Anderson me tape dans les mains et me fait une bise sur le front. A la fin, Barthez m'a donné ses gants."


Blaise : "Dès l'INF, tu es dans le truc. En matière d'éducateur, tu as le top : Francisco Filho, Jean-Claude Lafargue… Mais le vrai basculement, c'est le premier contrat pro. J'ai choisi de terminer ma formation à Troyes. Ce n'est pas l'OM ou le PSG, mais un jeune joueur ne réfléchit pas comme ça, il compte les places disponibles pour les jeunes du centre en équipe première."