Vert et Blanc comme Laurent
Dans sa biographie "La Face cachée du Président" (Fetjaine, avril 2012), Arnaud Ramsay revient sur les vertes années de Laurent Blanc. Extraits.
"Pour moi, tout a toujours été très clair, annonce Laurent Blanc. Après Nîmes, j'allais à Marseille. Et puis, au fil des mois, les dirigeants olympiens se sont montrés très discrets, pour ne pas dire autre chose. Avec l'expérience que je commence à avoir de ce genre de situation, j'ai rapidement senti que l'OM me voulait de moins en moins." Bernard Tapie jettera finalement son dévolu sur William Prunier pour étoffer sa défense centrale. La déception s'efface lorsqu'il s'engage trois ans avec l'A.S. Saint-Etienne. Le discours du nouveau président, Yves Guichard, héritier du fondateur du groupe Casino qui a donné son nom au stade (Geoffroy-Guichard), et celui du manager général tout juste nommé, Jean-Michel Larqué, le séduisent.
C'est d'ailleurs l'ex-capitaine des Verts, devenu commentateur vedette sur TF1, qui le contacte. "On avait conclu le contrat dans l'hôtel particulier de Bernard Tapie, rue des Saints-Pères, avec l'agent Lucien d'Onofrio" se souvient Larqué. "C'était compliqué, car on ne savait pas si Laurent Blanc appartenait à Naples ou à Marseille. Nous avons finalement réussi à démêler l'écheveau. J'ai récupéré un joueur fragilisé par ses derniers échecs en club. Cela marchait moins bien pour lui, il était déstabilisé. Je me doutais bien qu'il n'avait pas perdu toutes ses qualités. Laurent s'est d'ailleurs remis dans le coup chez nous."
Dans le Forez, le libéro retrouve son ami Gérald Passi, avec qui il a été formé à Montpellier. L'entraîneur, Jacques Santini, lui fait confiance. Le club affiche ses ambitions. Mais les résultats ne sont pas transcendants. Saint-Etienne franchit rarement le milieu de tableau et termine à une quelconque 11ème place. Laurent Blanc inscrit cinq buts, comme l'attaquant Etienne Mendy, loin cependant de l'attaquant Roland Wolfarth, en provenance du Bayern de Munich. Le second exercice est plus prolifique pour le défenseur : il plante treize fois, une sacrée performance puisque son dauphin est Wohlfarth, à cinq longueurs. "Oui, il a beaucoup marqué. Il avait la pression car le club attendait beaucoup de lui" raconte Gérald Passi. Cela n'a pas été facile, car il est arrivé blessé. On le disait lent, dépassé. Pas évident, mais le sélectionneur de l'équipe de France lui a maintenu sa confiance."
Mais le club patauge et, en terminant 18ème, n'évite pas la relégation. Heureusement, il est repêché, grâce à la décision de la Ligue nationale d'empêcher la montée de Marseille à la suite de l'affaire VA-OM. Pas de quoi pavoiser. "N'empêche que Saint-Etienne correspond au début de son renouveau" soutient Jean-Michel Larqué, qui ne restera directeur général des Verts qu'une seule saison. Sans son passage, il n'y aurait rien eu derrière. C'est là qu'il a retrouvé l'équilibre. A Saint-Etienne, il a été rigoureux, consciencieux, professionnel. Pas très bavard, c'est sûr. Disons que ce n'était pas le clown de la bande et qu'il ne se promenait pas avec un nez rouge ! Mais il avait une lucidité et une tranquillité sur le terrain qui rejaillissaient sur les joueurs." Champion de France sept fois avec Saint-Etienne, Jean-Michel Larqué n'a jamais regretté d'avoir fait venir Laurent Blanc. Il a apprécié "ce défenseur qui ne défendait que debout. Il ne taclait jamais, s'appliquait pour faire une passe quinze mètres et être le premier relanceur.Une fois, nous avons été associés sur le terrain synthétique de Saint-Etienne lors d'un tournoi de tennis-ballon. En nous avons gagné."
C'est sans doute le tournant de sa carrière. Juillet 1995. Laurent Blanc se morfond à Saint-Etienne. Un lundi, à l'heure du déjeuner, un coup de fil le sort de s torpeur. Guy Roux au bout du combiné. Il lui annonce : "Bonjour, je cherche un libéro. Ça vous intéresse ?" Et comment ! D'autant qu'Auxerre dispute la Coupe d'Europe (…) "On a parlé football, seulement de football. Saint-Etienne était mal classé et avait besoin d'argent. J'ai sauté sur l'occasion" se souvient le manager à bonnet de l'AJA.L'affaire se finalise de façon supersonique, d'autant que Laurent Blanc consent à une baisse de salaire.
En fin d'après-midi, dans le Falcon de Gérard Bourgoin, vice-président du club, Guy Roux descend dans le Vaucluse, où l'A.S. Saint-Etienne est en stage. La future recrue est cueillie à l'aérodrome d'Avignon, direction le Forez. A peine une heure et demie de négociations, le temps d'un match, et Michel Vernassa, le président des Verts, donne son feu, évidemment vert, pour le prêt en Bourgogne de Laurent Blanc, qui est à l'orée de sa troisième et dernière année de contrat à Saint-Etienne. "Il a juste eu le temps de passer à la maison chercher du linge évoque Guy Roux. A 22h30, nous dînions d'une assiette froide à Auxerre à l'hôtel."