7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Un Ange passe, un Coq reverdit (2)

Le Sphinx, qui pense à nous tous les jours,  encense Dominique Rocheteau dans La Gazette du Coq à l'occasion de la sortie demain de la ligne de vêtements du Coq Sportif "L'Ange Vert".

"Je me revois encore sur le banc d’Hampden Park à Glasgow, en train de gesticuler et de hurler. C’est comme si c’était hier. Cette finale perdue face au Bayern de Munich, J’y pense tous les jours depuis 35 ans. Parce que cela reste le souvenir le plus cuisant de toute ma carrière. Il y a eu ces fameux poteaux carrés, bien-sûr, sur lesquels sont venus se perdre le tir de Bathenay et la tête de Santini. Et ce fichu coup-franc allemand, tiré alors que l’arbitre était encore en train de faire reculer notre mur, et qui nous a coûté le titre. Celui-là, je ne l’ai toujours pas digéré… Et je ne le digèrerai jamais, je crois. Mais heureusement, il y a aussi eu tout le reste : les 25.000 supporters stéphanois qui avaient fait le déplacement en Ecosse, et notre retour triomphal en France, malgré la défaite. La descente des Champs-Elysées, la réception à l’Elysée et l’incroyable amour du public.

Nous formions une équipe, dans ce que le terme a de plus noble. Je crois que le public ressentait l’extraordinaire solidarité qui existait entre les joueurs. C’est ce qui manque aujourd’hui dans le football. Maintenant, pour former une équipe, on croit qu’il suffit d’acheter à prix d’or des stars, où plutôt des joueurs qui se prennent pour des stars et qui n’en sont pas. Or on ne construit rien de solide comme ça. C’est bancal. Parce qu’il manque les bases, les fondations. Dans le football moderne, on a complètement oublié de cultiver cette notion de collectif, ces valeurs de groupe, d’égalité, de respect.

Dominique était un modèle, en tous points. Il avait un talent exceptionnel. Un style de jeu très particulier, qui lui était propre, mais qui désorientait tous ses adversaires. Et c’était un vrai meneur sur le terrain. Alors que dans la vie, il était plutôt réservé. Je me souviens de ses premiers entraînements, lorsque je l’ai fait venir en 1972. Il avait 17 ans, c’était un adolescent vraiment timide. Il ne la ramenait jamais. Il ne fanfaronnait pas. Mais dès qu’il foulait la pelouse, il se métamorphosait en leader. C’était naturel et les joueurs l’écoutaient tout de suite. En même temps, il n’a jamais abusé de ça. Dès que le match était terminé, il ne s’imposait jamais auprès des autres. C’est un type bien. Ça l’a toujours été. C’est une anti-star, l’exact contraire des joueurs d’aujourd’hui qui font plus de bruit en dehors que sur les terrains…

Il était comme moi, il n’aimait ni les interviews, ni les mondanités. Il mettait beaucoup de soin à protéger sa vie privée. Et il continuait à vivre très simplement, alors qu’il était courtisé de partout. J’ai trouvé ça remarquable. Parce qu’à sa place, bien des joueurs auraient pris la grosse tête. Ce qui fascinait tant chez lui ? Sa personnalité vraiment hors-norme. Les journalistes avaient du mal à le cerner. Au départ, ils ont focalisé sur son physique. Mais ils se sont vite aperçus que l’Ange Vert avait aussi un cerveau. Il était très cultivé, il avait des tas de centres d’intérêt, des convictions politiques. C’était un footballeur citoyen. Lorsqu’il m’a annoncé qu’il partait jouer au PSG, en 1980, j’ai ressenti un très grand moment de solitude. Parce que je savais que c’est le genre de joueurs qu’on n’a pas la chance de croiser deux fois dans une carrière de coach. Mais j’ai eu ce privilège et aujourd’hui encore, je suis fier d’avoir été son entraîneur."