Roger s'est arrogé le succès
Dans un entretien publié hier dans le quotidien ivoirien Nord-Sud, Roger Milla fait le bilan de la coupe du monde.
"Je crois que ça a été une très belle fête. Nous avons assisté à de très bons matches. C’est une réussite à tous les niveaux. Vous êtes vous-même témoin ; vous voyez l’engouement populaire. L’Afrique du Sud a bien organisé cet évènement mondial. C’est une victoire de l’Afrique. Je suis un homme comblé, car nous avons milité pour cette Coupe du monde en Afrique, Abedi Pelé, George Weah et moi. Je crois que c’est notre victoire. Nous avons lutté pendant dix ans pour cette Coupe du monde, comme ambassadeurs.
Les Pays-Bas et l’Espagne sont les deux meilleures équipes du tournoi. Elles ont démontré beaucoup de qualités tout au long de cette Coupe du monde. Et ce sont deux équipes, qui jouent bien au football. Elles veulent toujours avoir la maîtrise du ballon. Et ce sont aussi deux équipes qui n’ont jamais gagné ce trophée. Je crois, qu’on va assister à une très belle finale. Mais pour moi, l’Espagne est favorite.
Les équipes africaines m’ont déçu. Elles ne viennent pas pour gagner. Elles participent pour participer. Des équipes comme la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Nigeria ont été décevantes. Avec tous les talents, qui composent ces équipes-là, l’Afrique pouvait espérer mieux. C’est vraiment désolant. Le Ghana a sauvé l’honneur de l’Afrique parce que c’est une équipe qui ne fait pas n’importe quoi. Elle est très disciplinée sur le terrain. Et les jeunes, qui forment l’ossature de cette équipe, jouent sans complexe. Ils ne se prennent pas la tête. Ils mouillent le maillot comme on le dit. Il leur a manqué, je crois, de la chance en quart de finale face à l’Uruguay. Si Asamoah Gyan avait marqué son penalty de la 120e minute, c’était fini. L’Afrique se serait retrouvée en demi-finale.
Tactiquement, les équipes africaines ne sont pas prêtes. On ne vient pas disputer une Coupe du monde, comme ça. Si elles ne rehaussent pas leur niveau de jeu, elles seront toujours à la traîne. L'équipe de Côte d’Ivoire… Elle n’a pas d’âme. Et il manque à ses joueurs, le mental. Elle a livré un bon match contre le Portugal. Mais à un moment donné de la partie, il faut avoir ce mental, qui permet de changer le cours des choses et de faire la différence. Le jour où cette équipe-là aura ce mental, elle remportera quelque chose. Elle doit travailler dans ce sens.
Il y avait trop de problèmes dans l'équipe du Cameroun. Des joueurs qui ne se parlent pas. Des dirigeants qui ne parlent pas. Chacun en fait à sa tête. C’était le désordre. L’ambiance n’était pas bonne. Et on ne pouvait rien espérer d’eux. Et j’avais attiré l’attention des gens sur cette situation mais on ne m’a pas écouté alors qu’il faut m’écouter. Lorsque j’ai parlé, des personnes n’étaient pas contentes. Certaines m’ont téléphoné pour exprimer leur mécontentement. Moi, je n’avais dit que la vérité. Je ne suis pas contre quelqu’un. Mais il est de mon devoir d’attirer l’attention sur des situations, lorsque je sens que l’équipe part à la dérive. Aujourd’hui, tout le monde me donne raison. Président de fédération, ministre des Sports, ils m’ont tous donné raison. Mon intention n’était pas de détruire, mais de construire. Ces lions-là n’ont pas faim. Alors qu’un lion doit toujours avoir faim. Il va au combat. Il n’a peur de rien. Il fait peur. Ces lions ne font pas peur, ce ne sont pas des lions."