7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Gardon, les pieds sur terre

Gérant d'Europ Sport Management (service agents de joueur de l'UNFP), l'ancien défenseur stéphanois Bernard Gardon (champion de France avec l'ASSE en 1981) tient un discours raisonnable et pragmatique sur le site du syndicat des joueurs professionnels. Extraits.

"Notre métier existe depuis bien longtemps, n'a rien inventé si ce n'est une autre façon de percevoir la profession d'agent. Peu s'en souviennent, mais c'est face à la demande insistante des instances du football que l'UNFP a décidé la création d'un service de management : il fallait montrer que l'on pouvait faire ce métier sans tomber dans les travers qui, trop souvent, nuisent aujourd'hui encore à l'image des agents… Si l'incompréhension a parfois accompagné nos premiers pas, nous avons su imposer les règles du jeu sans nous soucier des autres ou des us et coutumes. Aujourd'hui, nous continuons sur la voie tracée, en travaillant avec une trentaine de joueurs. Et nous avons un bel avenir…

Je suis confiant parce que je reste un combattant, comme je l'étais sur le terrain, il y a… quelques années de cela. Parce nous sommes des syndicalistes, et que nous nous battons, au quotidien, pour faire évoluer le football, pour protéger, guider, défendre et promouvoir les footballeurs. Parce qu'à ESM, nous avons toujours travaillé en pensant nous inscrire dans la durée, en creusant les fondations d'un service solide, professionnel, totalement acquis aux joueurs. Ceux que nous avons sous contrat, évidemment, mais les autres également puisque cela fait partie de notre mission, telle que définie par l'UNFP.

La société a changé, et le sport, qui n'en est qu'une excroissance, a lui aussi forcément évolué. Au cœur de la décennie précédente, rien ne semblait pouvoir arrêter l'économie du football. Aujourd'hui, si un certain nombre de clubs, en Europe, a trouvé une nouvelle source de financement, on oublie trop souvent de rappeler que la majorité des autres sont en difficulté… Ce qui, c'est une évidence, rejaillit sur le joueur. C'en est fini de l'époque où les carrières se déroulaient comme de longs fleuves tranquilles. Dès la fin du premier contrat professionnel, désormais, il faut souvent se battre, savoir se remettre en question, passer par des périodes de doute. Le rôle de l'agent, par la force des choses, a évolué.

Ces dernières années, il faut insister – mais le football n'a rien inventé – sur la flexibilité. Il faut savoir partir pour relancer sa carrière, accepter des contrats plus courts, des salaires moins élevés… Le but est que le joueur joue. S'il n'est pas sur le terrain, s'il ne se montre pas ici ou ailleurs, même dans des championnats moins cotés, il compromet la suite de sa carrière. L'exemple donné par quelques grands clubs européens aux effectifs pléthoriques n'est pas le bon. Ce n'est pas la norme. Et il ne faut pas oublier que les joueurs qui restent sur le banc ou dans les tribunes, parfois, sont tous des sportifs d'exception, internationaux pour la plupart. Le risque qu'ils prennent est mesuré, mais il ne l'est pas pour le commun des footballeurs. Pour ceux-là, leur place est sur le terrain !

Nous, nous avons toujours travaillé à hauteur de cinq pour cent de commission, c'est-à-dire que nous nous basions sur ce qui avait été mis en place par la Fifa. Aujourd'hui, les règlements internationaux nous obligent à ne pas percevoir de commission supérieure à trois pour cent. C'est ce que nous appliquons. Il est important, de toutes les façons, que les commissions soient les moins élevées possibles… La rémunération des agents doit être en accord avec le marché, avec ses réalités économiques. Par ailleurs, comme l'UNFP l'a toujours défendu, je considère que les joueurs ont tout intérêt à payer eux mêmes leurs agents. Travailler pour un joueur, un salarié, et être payé par son club, son employeur, cela n'est ni logique, ni sain. Les footballeurs commencent à l'intégrer, mais il y a encore du travail…"