Rabâchons avec Blachon !
Premier magazine consacré aux éducateurs de football, le mensuel Vestiaires publie dans son dernier numéro un entretien d'Alain Blachon axé sur le travail tactique à effectuer en pré-saison. Extraits.
"Durant la préparation, on doit dès le début commencer à introduire le travail tactique, en lien avec le plan de jeu préconisé pour l'équipe. Même si ce n'est pas encore palpable ni visible, pour vous comme pour les joueurs, ces derniers vont très vite voir où vous voulez en venir. Lorsque vous aller proposer un jeu de conservation pour travailler le physique, rien n'empêche de commencer à intégrer un travail de mise en place en rapport avec votre organisation. A condition de donner un sens au jeu de conservation, que ce soit une zone de stop-balle, des multi-buts… En tant qu'entraîneur, vous devez savoir où vous aller, avoir un fil conducteur. C'est essentiel. Le moindre exercice d'entraînement doit être l'opportunité pour vous de poser une pierre de plus à la construction de votre organisation.
Dans chaque opposition, quel que soit le rapport numérique, les équipes doivent être constituées de façon cohérente. Les défenseurs jouent derrière, les milieux au milieu et les attaquants devant. C'est l'occasion aussi de commencer à associer des paires pour favoriser les automatismes. Faire travailler ensemble, par exemple, les deux défenseurs centraux, ou un joueur excentré avec un attaquant pour qu'ils commencent à prendre des habitudes, à réussir des combinaisons.
Il y a des choses qui sautent aux yeux. Si vous avez un attaquant qui percute beaucoup et va à deux milles à l'heure, vous allez très vite opter pour un jeu direct à la récupération du ballon. Avoir un jeu léché, c'est bien, mais on est aussi dans la recherche de l'efficacité. Si on fait des passes mais qu'on ne se sert jamais de la vitesse de son attaquant, je ne vois pas l'intérêt. Par contre, à lui, on va lui apprendre à ne pas être hors-jeu. Et au passeur, à donner peut-être la balle un peu plus vite, en recherchant l'intervalle, la profondeur.
D'une manière générale, pour avoir côtoyé des grands entraîneurs comme Guy Lacombe, Jacques Santini mais aussi avoir entendu des gens comme Robert Herbin, j'ai été imprégné par cette culture qui consiste à dire qu'une équipe doit d'abord avoir une bonne assise défensive avant de chercher à construire le reste. Quand on a repris l'équipe avec Christophe, celle-ci prenait beaucoup de buts. Les joueurs avaient perdu confiance. Parce que si vous ne prenez pas de but, vous faites 0-0. Si vous faites 0-0, vous ne perdez pas le match. Et si vous ne perdez plus, la confiance commence à revenir. Et quand la confiance revient, vous tentez plus de choses sur le plan offensif. Et si vous tentez plus de choses offensivement, vous avez alors plus de chances de marquer un but et donc de gagner !
Plus on va avancer dans la préparation, plus les thèmes de travail seront précis, en mettant notre quatre défenseurs en place. On va commencer par des exercices analytiques, à vide, à 11 contre 0 avec des plots, où il faudra se déplacer par rapport à des adversaires fictifs, monter sur les temps de passe, coulisser… "Quand le ballon est là, on se déplace comme ça, etc." C'est un bon moyen aussi d'automatiser des circuits préférentiels, où l'on va chercher par exemple à fixer d'un côté pour renverser le jeu. Des thèmes que l'entraîneur aura envie de retrouver dans les matches amicaux dans un premier temps, puis en préparation. Progressivement, on va mettre le ballon en jeu, puis on va faire des attaque/défense en travaillant avec une ligne, puis une deuxième. Avec des joueurs de haut niveau on est dans le détail, dan l'individualisation du travail, parce qu'une petite erreur de placement d'un joueur peut mettre l'équipe en péril, même si elle est bien organisée.
Il faut transmettre aux joueurs la volonté de se déplacer et de travailler ensemble. Il faut bien leur faire sentir que l'effort individuel est très important, certes, mais qu'il l'est en fonction de l'effort individuel de son partenaire ! Si on ne fait pas le même effort, ensemble, il y a de grandes chances pour que mon effort, même s'il est plein de bonne volonté, s'avère inutile voire peut-être même néfaste à mon équipe. Quand on travaille, on travaille tous ensemble ! Apprendre à regarder l'autre et toujours se déplacer en fonction, en complément. C'est cette lecture collective qu'il faut permettre à l'équipe d'acquérir. Sur un déplacement de ballon d'une zone à une autre, chaque joueur doit savoir ce qu'il doit faire. Le plus proche va cadrer et ralentir l'action, et le joueur opposé doit faire dix mètres, ne serait-ce qu'en marchant, pour revenir se replacer dans une zone où il va être utile à son équipe et au bloc équipe. Voilà, c'est vraiment faire sentir aux joueurs que l'animation, qu'elle soit offensive ou défensive, est aussi et surtout une affaire de collectif. On est dépendant des uns et des autres. Impossible de travailler chacun dans son coin."