Les Verts à la fête dans l'Huma
"Aimer Geoffroy-Guichard, ça se mérite" écrit Jean-Emmanuel Ducoin dans un joli papier paru hier dans L'Humanité. Extraits.
"Toute passion dévorante ressemble à un masque éphémère durable. «Le monde, écrivait Valéry, vaut par les extrêmes, et dure par les moyens.» Valoir par les élans, durer par les attaches : il n’y a pas d’errance sans arrachement, pas de conquête sans bases solides… Voilà pourquoi le pays du football reste un pays d’hommes, arpenté par des âmes aux lueurs de complicité dans la nuit des solitudes. En ce pays-là, il n’est question ni d’optimisme ni de pessimisme – juste d’esprit commun et de fidélité qui dépassent les seuls individus. On appelle ça «le collectif» ; on se serre les coudes ; on chante ; on aime l’histoire et l’ici-maintenant ; on loue ce qui nous constitue ; on glorifie l’être-ensemble ; on se solidarise. Dès lors, le passé qui nous porte et nous importe n’est pas l’alibi d’un conservatisme chauvin mais, au contraire, l’affirmation d’un renouvellement permanent... Tout à leur bonheur depuis une semaine, les supporters de Saint-Étienne le savent mieux que personne : la «métaphore du stade» (à la manière de Roland Barthes) n’est pas uniquement soumise à la nécessité épique de l’épreuve, à son incertitude, au vertige de ces sportifs égoïstes et trop payés se disputant jusqu’à la sueur une parcelle de terrain réglementée ; la métaphore du stade a aussi à voir avec ce qui ne s’y trouve pas en apparence mais qui y est omniprésent : l’environnement social.
(...)
Il faut aller à Geoffroy-Guichard de temps en temps les soirs de match pour comprendre la beauté intérieure d’un lieu qui résonne hors les années. Le bloc-noteur ne cachera pas, ici, son amour irraisonné pour ce théâtre populaire mythifié par une génération de footeux hors du commun. Vous êtes prévenus : inutile de s’en étonner ou de s’en indigner. Être de manière binaire «pour» ou «contre» le football, c’est parfois oublier que l’intelligence nous recommande d’aimer si nous aimons, d’apprendre à aimer si ça en vaut la peine, mais en toute connaissance de cause ! Geoffroy-Guichard est un panthéon du peuple où se mêlent les grandes et les nouvelles heures, les titres comme les épopées. Une scène de l’impossible où se côtoient grands-parents, enfants et petits-enfants, tous tendus vers un unique objectif: une certaine idée du bonheur et des valeurs. Ceux qui ne connaissent pas Geoffroy-Guichard peuvent penser : c’est un autre temps. Mais c’est toujours le Chaudron. C’était il y a longtemps mais c’est encore aujourd’hui. Croyez-nous. Chacune de nos apparitions dans ces tribunes – en ce moment, les travaux en vue de l’Euro 2016 gâchent quelque peu le plaisir – se solde par une remontée de souvenirs et d’émotions irrépressibles. "