Rachid Mekloufi, rebelle du football (4)
Avant d'être mis à l'honneur ce soir à 20H40 sur Arte dans le documentaire Les Rebelles du football, l'ancien meneur de jeu stéphanois Rachid Mekloufi s'est confié dans La Croix, El Watan et Moustique, l'hebdo qui pique. Extraits.
"On a peut-être fait gagner dix ans à l’histoire. Les gens ont été surpris de ma décision parce qu’ils ne me connaissaient pas. Ils ignoraient que je suis né à Sétif, où tout a commencé en 1945, quand des centaines d’Algériens ont été massacrés par les soldats. J’avais 9 ans et j’ai vu des gens fauchés à la mitrailleuse. Pour moi, c’était naturel d’être volontaire, comme l’étaient mes camarades. On a souvent laissé entendre que nous avions été menacés de représailles en cas de refus. Ce n’est pas vrai, d’autres joueurs d’origine algérienne approchés n’ont pas accepté et il ne leur est rien arrivé.
C’était extraordinaire, on a projeté la révolution algérienne en pleine lumière, avec un retentissement international. Tout cela m’a énormément apporté. En tant qu’homme, j’ai fait un bond en avant incroyable. Avant, je n’avais pensé qu’au foot. J’étais apolitique. Au sein de l’équipe du FLN, j’ai appris à parler, à réfléchir, j’ai rencontré des grands leaders de l’époque… A l’heure actuelle, les joueurs professionnels ont-ils la possibilité de développer un sujet footballistique, politique, économique… ? Les anciens joueurs avaient un autre niveau. Brahimi était un médecin de la parole, Bouchouk était pharmacien, Bentifour… Chacun avait la possibilité de s’exprimer. C’est pour cela que les responsables du FLN n’avaient pas peur qu’on dise des «bêtises».
A mon retour à Saint-Etienne, le club n’allait pas bien à l’époque, l’affluence était en berne. Lors de mon premier match, elle avait doublé et tout le monde avait peur de ce qui pouvait se passer. Quand je suis rentré sur le terrain, je n’étais pas fier. J’ai été accueilli par un silence glacial. Et puis j’ai touché mon premier ballon. Je ne sais pas ce que j’ai fait, un geste incroyable dicté par je ne sais qui et ça a été l’ovation. J’ai compris que les gens n’étaient pas venus voir le fellagha ou le déserteur. Ils étaient venus voir le footballeur. Le public stéphanois est connaisseur. Il transmet de père en fils l’histoire des Verts.
Le foot d'aujourd'hui ? Je suis très en colère contre ceux, et en premier lieu ses dirigeants, qui ont fait du footballeur un esclave de l’argent. Et aussi contre ces stars de pacotille, qui ont l’air de se prendre pour des dieux parce qu’elles sont douées avec un ballon. Heureusement, le vrai football n’est pas tout à fait mort. Quand je regarde jouer Barcelone, je me console."