7 novembre 1979 : ASSE 6-0 PSV Eindhoven - 16e de finale retour de la Coupe UEFA

Lecoq sportif psychote cot'

Attention, danger ! Si Nancy a concédé ce week-end sa 8ème défaite à domicile de la saison, la bande à Pablo est l'équipe la plus performante hors de ses bases (6 succès, à Auxerre et Montpellier notamment). Dans L'Est Républicain, le psychologue du sport Jean-Cyrille Lecoq tente d'expliquer les deux visages de l'ASNL.

"Dans l'ouvrage « Psychologie sociale du sport » que j'ai adapté en français, on met en avant l'influence des supporters sur un groupe. Cela explique que Nancy soit plus à l'aise à l'extérieur qu'à domicile. Il y a une dynamique ancrée qui fait qu'à l'extérieur, on ne compte pas sur vous, donc vous jouez plus libéré, vous tentez des combinaisons que vous ne feriez pas à domicile. Ce phénomène en entraîne un autre que l'on appelle la réalisation prédictive. Consciemment et inconsciemment, les joueurs mettent en place les éléments qui vont les amener à être dans de bonnes ou de mauvaises dispositions. C'est comme pour l'horoscope que vous lisez le matin. Même si vous vous dites que vous n'en tiendrez pas compte, il va influencer votre comportement positivement ou négativement.

A Nancy, ce mécanisme s'exerce à deux niveaux. Avant un match à l'extérieur, les joueurs vont se mettre en situation de vérifier qu'ils sont bons à l'extérieur. A domicile, où ils sont très attendus, ils se conditionnent pour que ça soit difficile. Dans la façon de se préparer, ils sont déjà dans la difficulté sans s'en rendre compte. C'est également lié à la notion de croyances. L'humain va vérifier ces croyances-là. Tu me dis que je suis nul, je vais aller vérifier. Le phénomène est amplifié par les mauvais résultats.

On peut agir sur ce blocage. On appelle ça la dynamique de groupe. On le fait en opération commando, en général sur deux jours. Le premier jour, on définit les valeurs communes aux joueurs et aux entraîneurs en répondant à la question : qu'est-ce qui fait que j'ai envie de me faire plaisir et de tout donner ? Il faut s'assurer que les joueurs et le staff renvoient aux mêmes valeurs. Le deuxième jour, on passe à la mise en application. Il faut que ces valeurs se manifestent dans la vie du groupe au quotidien et à l'entraînement. Cela peut être dans les horaires, dans l'habillement, dans les exercices. La difficulté avec la psychologie, c'est qu'on est dans l'irréel. Il faut donc des actions concrètes. Ces dernières vont redynamiser le groupe et inverser la tendance dans laquelle l'équipe s'est enfermée.


Ce changement ne peut se faire qu'avec une personne extérieure. Une personne de l'intérieur va renforcer le phénomène. Le problème, c'est que le football est encore réticent aux interventions de ce type. Pourtant, les meilleurs clubs européens s'y sont mis. Au FC Séville, ils sont une quinzaine pour la préparation mentale. On n'atteint même pas ce chiffre pour l'ensemble du foot français. Cela vous situe le retard que nous avons..."