Un choc épique
Avant le choc de demain entre Sainté et Marseille, La Provence a donné la parole à quatre joueurs ayant évolué dans les deux clubs.
Bernard Bosquier : "Ça va être intéressant car Saint-Étienne est à nouveau en tête après des années de vaches maigres, et Marseille doit relever la tête après sa défaite à Chelsea. Pour l’OM, le fait que les Verts soient leaders ne change rien. En plus, l’OM a davantage d’atouts pour jouer à l’extérieur avec des garçons rapides comme Gignac et Rémy; quand les deux vont se mettre en route... Il y a deux ASSE-OM qui m’ont marqué ! Celui de 1969 avec Saint-Étienne quand le public du Vélodrome était assis à un mètre de la ligne de touche... Certains essayaient de piquer la casquette de Carnus (le gardien des Verts, ndlr). On menait 3-1, puis 3-2, et Djorkaeff a égalisé mais le but a été refusé pour un hors-jeu. D’un coup, le terrain a été envahi ! Et puis, il y a la fois, à Geoffroy-Guichard, avec l’OM cette fois-ci, où Salif Keita (passé des Verts aux Blancs) adresse un bras d’honneur à Roger Rocher après son but. Ces matches sont plus tendus que les Sainté-Lyon ! Il faut dire que Rocher et Tapie savaient faire monter la sauce. Ce sont deux publics connaisseurs. La réception de l’OM constitue un événement, comme ailleurs ! À Marseille, après deux défaites, c’est la catastrophe ; à l’inverse, ça peut tourner à l’euphorie ! À Sainté, la pression est moins forte. Encore qu’en 1990, j’étais manager et on m’a viré car j’avais recruté Moravcik, décevant à ses débuts. Six mois après, Tapie le voulait pour une fortune !"
Joseph-Antoine Bell : "Ça va être un drôle de match car l’OM sort d’une défaite européenne qui aurait pu être une claque. Par rapport à Chelsea, la tactique a été surdimensionnée. Parfois, il faut savoir qui on est et ce qu’on est capable de faire. Poussé par un certain enthousiasme franchouillard, l’OM a essayé de jouer d’égal à égal avec les Anglais. Le problème, c’est de remettre les choses à plat face aux Verts qui sont en forme, mais n’ont rien à voir avec Chelsea. L’OM reste favori. Mais ce n’est pas parce qu’il a été mis K.-O. par Tyson qu’il doit sous-estimer Tiozzo. Je me rappelle plus facilement d’un match où je jouais en faveur de l’OM, alors en plein renouveau. C’était en 1987-88 et nous étions venus gagner dans le Chaudron (0-1) grâce à un but de Karl-Heinz Forster. Un tir en pleine lucarne ! Une rencontre entre ces deux équipes est toujours un peu folle sur le terrain. Aussi curieux que cela puisse paraître, les joueurs se mettent au diapason de ce qui passe sur les tribunes. C’est très excitant. Ces affrontements sont toujours spéciaux. Ils le sont davantage encore pour les supporters stéphanois qui se montrent plus chauds. Geoffroy-Guichard est un stade bien conçu, avec beaucoup de bruit. Une telle ambiance décuple forcément la motivation des joueurs.
Jean-Christophe Thomas : "L’OM possède un temps d’avance sur la gestion de tels événements. Cette équipe a l’expérience suffisante pour négocier ce rendez-vous. Du côté de Saint-Étienne, ça fait pas mal d’années que le club se trouve dans le ventre mou. Il est en train de gravir de nouveau les échelons. Même si Christophe Galtier assure que la première place est anecdotique, elle n’est pas anodine et les Verts doivent assumer ce statut. Reste à savoir quel impact le match à Chelsea aura sur les Marseillais. Ce sera peut-être dur pour eux physiquement, d’autant que l’ASSE est en excès de confiance et a un brin de réussite.Lors de mes passages dans les deux clubs, j’ai vécu deux types de rencontres, celles en championnat et celles en Coupe de France. Pour les premières, l’ambiance était plus calme, même s’il y avait toujours une émulation. C’était différent en Coupe. En 1993, je portais le maillot de l’OM et nous sommes éliminés en prolongation (2-1) à Geoffroy-Guichard. Ce n’était que les quarts, mais c’était comme s’il s’agissait d’une finale. L'ambiance est toujours spectaculaire, aussi bien avec les supporters de l’OM qu’avec ceux de Saint-Étienne. Les fans marseillais animent très bien le stade Vélodrome, tandis ceux de l’ASSE chauffent bien le Chaudron. La présence de ces deux publics maintient plus de tension au cours des matches."
Sébastien Perez : "Même si Saint-Étienne est en pleine bourre, on n’assistera pas au même match que mardi. Le jeu marseillais se met en place au fil des journées ; il ne manque que la finition car les occasions sont bel et bien présentes. Je crois vraiment à une rencontre disputée, où les attaquants seront en réussite. Je n’ai pas que des bons souvenirs à Geoffroy-Guichard... J’y ai vécu une déculottée (5-1 en 1999) avec Alex, la panthère! Au bout de vingt minutes, ils menaient 3-0 ! La pilule avait été dure à passer. Il n’y avait rien à faire face à une telle euphorie sur le terrain et en tribunes... Je me rappelle aussi d’un quart de finale de coupe de la Ligue gagné là-bas avec l’OM (0-2, mars 2003). Quand on est du coin, c’est plus difficile de réussir, quand j’y suis retourné avec l’OM j’essayais de ne pas me prendre la tête avec les émotions... même si c’était assez difficile car j’avais quand même passé 16 ans à Sainté. L’OM, c’est la passion du Sud ! Saint-Étienne, c’est le club mythique qui a fait rêver des millions de Français. Ce sont deux publics passionnés. La ferveur a une origine particulière à Sainté : c’est une région qui a beaucoup souffert du chômage et de la crise depuis des décennies. Dans ce stade à l’anglaise - l’un des rares en France -, on sent l’ambiance de partout. C’est l’un des seuls exutoires de la région."