Le retour de la fièvre verte (2)
Comme nous vous l'avions indiqué hier, France Football a consacré sa une et tout un dossier au "retour de la fièvre verte" que Galette résume d'une jolie formule : "Marseille plaît aux Français. Mais Saint-Etienne ça leur parle. On sent de l'amour." Morceaux choisis.
Roland Romeyer, le pur président : "Saint-Etienne et toute la France aiment les Verts. Quand tu es joueur ici, il faut te souvenir de ce que ce maillot reflète : le travail, l'abnégation. Dans les années 70, sans grands noms, on se battait comme des chiffonniers contre de grosses équipes. C'est comme ça que la France en est venue à aimer les Verts. On est l'un des seuls clubs à être appelés par la couleur du maillot : "Allez les Verts !" Nos Ultras, quand on change la couleur de la tunique, ils ne sont pas contents. Notre maillot bleu à bandes or de cette année est beau comme tout, mais on ne le portera jamais. On va y mettre Janot, numéro 16, et c'est tout. Les anciens n'ont pas perdu dans le Chaudron pendant quatre ans et demi, OK. Mais aujourd'hui, les supporters ne sont pas déçus quand on a tout donné. Nos footballeurs ont la chance d'offrir du bonheur à ceux qui les soutiennent, aux smicards, à ceux qui viennent ici pour se ressourcer, pour avoir des éclats de joie dans les yeux après un but ou un autographe. Il faut que nos gamins, au club, soient heureux et polis. Le club avait oublié ces valeurs, et, depuis l'an passé, j'ai voulu qu'il les retrouve. Je dis juste aux joueurs qu'ils ont cette responsabilité et qu'il leur faut l'honorer."
Dominique Rocheteau, l'ange actif : "Etre vert ? Un mot me vient à l'esprit : la fidélité. Une image ? Je n'ai me pas trop revenir sur le passé, mais que nos joueurs soeint allés en début de saison visiter le musée de la Mine, c'est très important. Même si la mine n'existe plus, les valeurs sont là, bien ancrées. Je suis arrivé ici à seize ans, j'étais très respectueux de ce maillot, de sa culuture et de son histoire. Dès la première fois où je l'ai porté, en Gambardella, c'était une fierté. Aujourd'hui je veux être de plus en plus actif. C'est surtout une volonté politique. Il faut qu'on ait un super centre de formation. Il l'est mais on peut toujours l'améliorer. Que le groupe soit moins étoffé a permis aux jeunes de se préparer avec l'effectif pro et d'y rentrer au fur et à mesure. Les jeunes supporters regardent le présent et l'avenir : ils s'identifieront plus facilement à cette équipe si on a des jeunes formés ici. Notre image en Europe est moins importante. Maintenant il faut qu'on ait des ambitions, toucher l'Europe. On n'a pas l'aura de beaucoup de grands clubs. Pour cela, il faudrait revenir au plus haut niveau.
Eric Fages, super sourire au mégastore : "Pour une fois, les médias ne sont pas trop allés chercher les vieilles gloires, style retour vers le passé. Les reportages qu'on a vus dernièrement montrent nos jeunes supporters. Et ce sont eux qui sont dans les travées du stade. Ils ont entre dix-huit et vingt-cinq ans. On ne s'ennuie pas aux matches, les tribunes sont pleines ! On peut être de l'Est, de l'Ouest, marseillais ou même lyonnais, tout le monde peut s'approprier les valeurs d'ici : on n'est pas une capitale mais une ville travailleuse, avec une équipe de panache."
Philippe Gastal, l'historien ultra : "Les Stéphanois ne se sont pas tout de suite reconnus dans cette équipe voulue par la société Casino d'abord pour le bien-être de ses employés. D'abord parce que ce fut un match de rugby qui inaugura le stade. Ensuite, parce qu'au milieu des années 30, pour monter en D1, les dirigeant firent appel à des footballeurs "étrangers" dont Jean Snella, venu du Nord et d'origine polonaise. On l'appelait alors le "club des millionnaires". Assez vite pourtant les mineurs et les ouvriers, pour beaucoup issus de la passementerie, constituèrent un public passionné. Aujourd'hui le club compte plusieurs centaines de collectionneurs entassant les reliques dans des pièces ou des garages. Il y en a jusqu'aux Etats-Unis, en Australie. Que ce soit en Russie, en Turquie, en Espagne ou en Ecosse, on me dit avec tous les accents possibles : "Allez les Verts !"
Patrick Revelli, le Vert du maire : "La fièvre, c'est comme la température : ça monte et ça descend. On veut voir nos valeurs, je dis oui. Mais sur onze joueurs, il n'y en a que trois du cru : Janot, Perrin et Rivière. Le jour où on inversera la tendance, on aura retrouvé ces valeurs. On est sur le bon chemin, mais que je suis arrivé à dix-sept ans, il n'y avait que Piazza et Curkovic comme éléments extérieurs, point. Les jeunes qui remplissent le Chaudron, ce qu'ils veulent, c'est être champions pour dire "Enfin !", eux qui n'ont connu que les années galères. Mon fils, à trente-six ans, me lance : "Je n'ai jamais vu de titre !"
Georges Bereta, l'homme mémoire : "La fièvre verte n'avait jamais disparu. Même quand on est remonté de D2, il y avait cette ferveur. Notre public a été patient. Maintenant nos gars peuvent construire de l'arrière sans jouer plus vite que la musique et sans se faire contrer. Cet été, ça jouait plus vite, plus solidaire. Le supporters, aujourd'hui, ont voulu remercier Galtier de nous avoir sortis de la relégation. Etre vert, c'est une façon de se donner sur le terrain. Quel que soit le résultat, le public pardonne si les gars sont allés au bout. Notre public prend du plaisir et nous le rend bien dans les applaudissements. A Saint-Etienne, vous tirez au but la première fois à côté, le public ne dit rien. Du coup la deuxième fois vous cadrez. A Marseille, vous vous faites siffler dès la première frappe non cadrée et vous dites au copain : "Tiens, essaye, toi !" La différence est là."