GG vu par Jojo
Quatre-vingts ans jour pour jour après l'inauguration du Stade Geoffroy-Guichard, le président de Saint-Etienne Métropole Maurice Vincent posera demain après-midi la première pierre du Chaudron rénové. Avant d'assister à cet évènement, Georges Bereta parle de son amour pour GG dans la dernière édition de France Football. "Jojo de Montreynaud" est tombé dans le Chaudron quand il était petit !
"Geoffroy-Guichard, finalement, j'y suis né ! J'habitais à un kilomètre, dans le quartier de Montreynaud. Puis j'ai été scolarisé encore plus près, à l'école du Marais, à 500 mètres du stade ! L'école existe encore, mais elle abrite surtout des associations. Oui, on peut donc dire que j'ai plongé tout petit dans ce stade !
Pour moi, ce lieu mêle football et cyclisme. J'y ai vu des arrivées de Paris-Nice sur la piste cendrée qui entourait alors notre gazon. J'ai vu aussi partir le Tour de France de Geoffroy-Guichard, à l'époque de Roger Walkowiak. j'ai aussi admiré là-bas Roger Rivière. Le vélo, que je lie intimement à Geoffroy-Guichard, m'intéressait beaucoup, mais je n'aurais pas pu devenir professionnel, car j'étais trop nul en montagne. Avec mes grosses cuisses, je me serais traîné. Et puis il fallait s'acheter une bécane et je n'en avais pas les moyens. Elles étaient déjà chères !
Je me suis tourné vers un autre objet moins onéreux que je voyais à Geoffroy-Guichard : le ballon de foot. Gamin, j'en ai volé, des balles, pendant les entraînements de l'équipe entraînée par Jean Snella. Et imaginez que je l'ai eu ensuite comme entraîneur ! Pour moi, le stade est lié à Snella, donc, mais aussi à Lev Yachine. J'ai vu en effet le gardien soviétique à Geoffroy : il avait été invité pour célébrer l'inauguration de l'éclairage de l'enceinte. Il a, ce jour là, arrêté un péno de Rachid Mekloufi.
Quand j'étais gamin, on avait le droit de rentrer dans le stade gratuitement à condition d'être accompagné. Qu'est-ce que je faisais alors ? Je prenais la main d'un adulte inconnu. Je me rendais aux abords de l'enceinte, je repérais n'importe quel grand et je lui serrais alors la pogne. Mais ce n'était pas celle de mon père, qui travaillait pourtant juste en face de Geoffroy, aux aciéries. C'est uniquement quand certains de ses copains de travail lui ont dit qu'il avait un fils qui ne se débrouillait pas trop mal au foot qu'il a commencé à venir me voir, alors que j'étais avec les grands amateurs de l'ASSE. Mais même à ce moment là, il n'entrait pas toujours au stade. Comme les tribunes n'étaient pas très hautes, mon père, si c'était une journée de travail pour lui, grimpait sur le toit des aciéries et me regardait jouer !
Jeune spectateur, je me souviens des Verts qui s'étaient fait sortir par les Suisses de La Chaux-de-Fonds. Cette élimination avait été un coup de tonnerre, mais ça n'avait pas été la seule. Avant, j'avais vu Sainté se faire bouter hors d'Europe par les Glasgow Rangers. On a appris, on s'est appuyés sur le public, comme quand on a sorti Setubal. J'étais toujous spectateur, mais j'allais ensuite participer moi-même à ces grandes soirées...
Dans les souvenirs mes plus gais, je me rappellerai toujours notre victoire sur le Bayern Munich, 3-0. On avait perdu 2-0 à Munich, mais au retour, le stade vibrait et nous portait magnifiquement. Cette ambiance des très grands soirs m'a ensuite transcendé et c'est celà surtout que je garde de Geoffroy-Guichard : quand la foule vous donne la chair de poule, vous ne sentez plus la fatigue. C'est vraiment le pied ! J'ai connu cela à plusieurs reprises dans ce stade, grâce au bruit, aussi bien en coupe d'Europe qu'en championnat. C'était particulièrement vrai lors des rencontres face à Lyon et Marseille. Cela permet de mettre plus d'intensité et d'aller plus haut encore."