Vidéo et débats (2)
Comme Michel Platini, Joseph-Antoine Bell n'est pas favorable à l'utilisation de la vidéo dans le football. L'ancien gardien des Verts explique son point de vue dans le quotidien camerounais Le Jour.
"La main de Thierry Henry lors de France-Irlande a provoqué des réactions d’émotion et de passion. Mais il faudrait connaître les vraies raisons pour lesquelles, jusqu’à présent, la FIFA n’a pas encore jugé utile d’intégrer la vidéo. Notamment le fait que, premièrement, ça dénaturerait le jeu. Tout le monde a oublié aujourd’hui qu’il a fallu une grosse guerre pour que nous arrivions, sur les quatre-vingt dix minutes de jeu, à obtenir au moins soixante minutes de jeu effectif. Si on arrête le jeu régulièrement alors qu’on lutte déjà contre les arrêts de jeu, ça veut dire qu’on permettra aux adversaires essoufflés de récupérer.
Ensuite, il faudrait savoir que si nous introduisions cette notion, est-ce qu’on aura supprimé la décision humaine ? Qui décidera de quel moment on veut absolument regarder une vidéo ? Et puis, la vidéo aura forcément des angles de vue, pour cela je prendrais l’exemple du penalty brésilien en 1998 face à l’équipe de Norvège. Aucune caméra officielle n’avait vu la faute, l’arbitre l’avait vue. Une caméra isolée l’a montrée quatre jours après. Qu’est-ce qu’on fait dans ce cas-là ? C’est aussi un moyen vidéo de prouver qu’on avait raison. On ferait quoi ? Il n’y aurait que des regrets.
Il n’y a pas d’endroit au monde où on ne joue pas au foot. Alors, si on introduit la vidéo, il y en aura à Paris, il n’y en aura pas à Bafang, il n’y en aura pas à Ekondo-Titi, il n’y en aura même pas déjà ici à Douala (Rires). Donc, le football ne serait plus universel. Les arbitres d’aujourd’hui, notamment en Europe, me semblent déjà très performants. Ils voient suffisamment bien le jeu. Il faut accepter leurs erreurs, comme on accepte celles des joueurs."