L'ancien latéral des Verts Christophe Pignol, sacré champion de France avec Monaco en 2000 sous la houlette de Claude Puel, ne tarit pas d'éloges sur le nouvel entraîneur de l'ASSE.


Peux-tu nous rappeler le contexte de ta collaboration avec Claude Puel ?

J’ai connu Claude trois saisons à Monaco, de 1997 à 2000. Je l’ai d’abord eu comme adjoint de Jean Tigana pendant dix-huit mois, et ensuite je l’ai eu comme entraîneur principal. C’est sous sa houlette que j’ai décroché le second titre de champion de France de ma carrière, cinq ans après celui que j’avais eu chez les Canaris. Quand il est passé de numéro deux à numéro un, il n’y pas eu de grands changements dans le sens où il était déjà très impliqué dans les séances d’entraînement. Il échangeait beaucoup avec Jean Tigana, il était déjà très investi dans les entraînements. Même si les séances tactiques étaient plutôt l’apanage de Jean Tigana, c’est Claude qui menait les séances. Jean Tigana m’avait fait venir à Monaco de Nantes. Quand Claude a repris l’équipe, je n’entrais pas trop dans ses plans mais je n’arriverai pas à dire de mal de Claude Puel.

Ce n’est pas ce qu’on te demande, ne t’inquiète pas !

(Rires) Je sais bien mais ce que je veux dire par là, c’est que même si j’ai beaucoup moins joué avec lui mes derniers mois à Monaco, je garde de bons souvenirs de l’homme qu’il est, de son professionnalisme, de ses compétences, de son honnêteté. Il ne m’a pas fait jouer mais ce sont les aléas d’une carrière, des décisions d’entraîneur, il faut les respecter. J’étais en concurrence avec Philippe Léonard. Jean Tigana avait plus envie que je participe au jeu offensivement comme je venais de Nantes et que c’était un peu mon profil. Quand Claude a repris l’équipe, il avait plus envie de quatre joueurs à vocation plus défensive. Philippe Léonard avait un profil qui lui convenait mieux. Mais je n’ai eu aucun problème avec Claude, que je revois de temps en temps avec le Variétés Club de France.

Toi qui l’as connu au tout début de sa carrière d’entraîneur, tu te doutais qu’il deviendrait durablement l’un des meilleurs entraîneurs français en activité ?

Je ne suis pas surpris de la belle carrière qu’il réalise. Ceux qui l’ont connu en tant que joueur te diront qu’il était déjà entraîneur avant de finir sa carrière, qu’il avait ça en lui. Mais réduire son aura ou son management au fait de dire qu’il est entraîneur comme il était joueur, je trouve que ce n’est pas tout à fait vrai. C’était certes un joueur de devoir, mais c’est un entraîneur qui aime le jeu, qui veut aller vers l’avant, qui laisse s’exprimer les individualités. Quand j’étais à Monaco, il y avait Henry, Trézéguet, Benarbia, Ikpeba, Simone… Claude laissait de la liberté à ses joueurs offensifs. Maintenant, c’est vrai qu’il a toujours attaché beaucoup d’importance au collectif, au bloc. Je ne suis pas étonné qu’il ait réussi dans sa carrière de coach car c’est un grand professionnel, minutieux et il sait bien s’encadrer.

Quels souvenirs gardes-tu de son style de management ?

Je l’ai connu au tout début de sa carrière d’entraîneur, je pense qu’il a beaucoup évolué au gré de ses différentes expériences, que ce soit en France (à Lille, Lyon et Nice) ou en Angleterre (à Southampton et Leicester). Claude est un gars posé et réfléchi, qui aime construire, bâtir autour d’un projet sportif. Il a l’image d’un gars austère, pas commode mais en fait Claude sait rire, sait s’amuser. On me dit que Claude et Vahid ne sont pas rigolos mais dans le haut niveau il ne faut pas rigoler tous les jours. C’est du travail, de la rigueur. Après, Claude est un type comme tout le monde. C’est un gars qui sait se marrer, qui sait apprécier les victoires. Claude, c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup.

Que t’inspire son arrivée à Sainté ?

Je tiens déjà à dire que j'ai beaucoup de tristesse pour Ghislain Printant. Je ne l’ai jamais eu comme entraîneur mais humainement je l’aime beaucoup, ce qu’il vit actuellement n’est pas facile. Je n’entrerai pas dans les détails de sa mise à l’écart mais je pense que la nomination de Claude est une bonne chose pour l’ASSE. Certes, il arrive dans un contexte un peu difficile. Claude aime bien avoir un vrai projet, d’ailleurs ce n’est pas pour rien qu’il a spécifié en arrivant qu’il était manager général. C’est comme ça qu’il a fonctionné dans nombre de ses précédents clubs. Claude veut avoir la mainmise sur le sportif, il ne veut pas d’interactions avec les présidents et avec les gens extérieurs. S’ils lui laissent vraiment le loisir de mettre en place ce qu’il veut, c’est le bon choix pour l’ASSE.

Connaissant très bien la mentalité de cette région, du club, de la culture footballistique du Forez, des supporters, c’est quelqu’un qui peut parfaitement coller à Sainté. Claude a une grosse capacité d’adaptation. Quand on est quelqu’un de sain, qui vient pour travailler… Claude n’est pas le genre de gars qui tire la couverture à lui, il est vraiment dans l’intérêt du club avant tout, il va se mettre à son service avec beaucoup de détermination. C’est ce qui ressort d’ailleurs de la conférence de presse de jeudi après-midi. Claude ne cherche pas la lumière et les projecteurs, il est focalisé sur la progression du club à tous les niveaux.

Il saura composer avec ses deux nouveaux patrons ?

Je pense que Claude a mis les choses au clair tout de suite, sinon il ne serait pas venu. Je savais qu’il attendait un projet, qu’il ne voulait pas se lancer dans n’importe quel projet. S’il a accepté de venir à Sainté, c’est qu’il a rappelé de suite son mode de fonctionnement et que ce dernier a été accepté. Je connais un peu Monsieur Romeyer, je ne connais pas Monsieur Caïazzo. Mais je pense qu’ils ont tout intérêt à le laisser travailler, dans l’intérêt suprême du club. Bien sûr, Claude va devoir dans un premier temps agir dans l’urgence, il démarre d’emblée par le derby. Les Verts ont un urgent besoin de points. C’est rare que Claude débarque dans un club en cours de saison. Là en 48 heures il va falloir qu’il rende de la confiance aux joueurs. Je sais que c’est toujours mal perçu quand les Verts perdent contre les Lyonnais mais quand bien même ça tournerait mal pour Sainté dimanche, Claude ne sera pas jugé sur ce derby. A mon avis il sera jugé sur les matches suivants.

Ton emploi du temps te permettra de suivre le derby ?

Oui, je suivrai ça avec attention. Ce week-end je ne travaille pas. Habituellement je partage mon temps entre mon complexe de futsal à Gémenos - j’y passe un peu moins de temps et le week-end j’essaye de me libérer pour voir des matches en tant que consultant de beIN Sports, sachant que je ne couvre que le Sud de la France. Je suis sur le point de vendre mon affaire à Gémenos. Après douze années à le gérer, je souhaite tourner la page. C’est un choix de vie. Je vais essayer de rebondir peut-être dans un club pro, pourquoi pas à l’ASSE ? (rires) Il n’y a pas beaucoup de clubs qui me feraient bouger de mon Sud natal mais il est évident que Saint-Etienne est un club particulier pour moi. Ce que je connais, ce que je maitrise, c’est le foot. C’est mon environnement. J’ai failli retrouver Vahid à Nantes, il voulait que j’intègre la cellule de recrutement en décembre dernier. J’ai préféré ne pas m’aventurer là-bas vu ses difficultés avec Kita.

 

Merci à Christophe pour sa disponibilité.