Les Verts vont retrouver Bollaert, et honnêtement, ça a plutôt de la gueule, même avec des tribunes quasiment vides. Au-delà du symbole, avec des équipes bien placées au classement, il y a moyen que ce duel ait de la gueule également au niveau du jeu. Tout du moins, on l'espère.


1- Le parcours

Il fallait donc que le championnat s'arrête avant la fin pour que Lens remonte. Pas passés loin en 2016-2017 (ils en gardent encore rancune vis-à-vis des Amiénois et d'Emmanuel Bourgaud) puis en 2018-19 (ils en gardent encore rancune vis-à-vis de Vachoux), les Lensois ont enfin réussi à retrouver l'élite après 5 années de L2. Et ce pour un petit point d'avance sur Ajaccio qui fondait sur eux.

Depuis ce retour, ou presque, les Lensois sont sur un nuage. Un petit accroc pour débuter, puis 4 matchs sans défaites, dont 3 victoires, c'est presque inespéré pour un promu aussi ric-rac. Et ce avec une stat notable sur les intentions lensoises, ceux-ci ont marqué lors de chacune de leurs rencontres et n'ont en revanche qu'une seule clean-sheet à leur tableau de chasse, contre... le PSG.

Car c'est aussi un hasard du calendrier qui leur permet ce beau début de saison. Les Sang et Or n'ont en effet pris des points que contre des équipes a priori plutôt destinées à jouer la deuxième moitié de tableau (Dijon, Bordeaux, Nîmes) ainsi que ce qui ressemblerait presque à la réserve du PSG si les Parisiens en avaient réellement une (on déconne, mais qui oserait encore nous contredire en remarquant que Jesé était entré en jeu).

 

2- L’effectif

Il s'agit pour le coup de l'exact opposé à ce que l'on a eu l'occasion de présenter ici depuis le début de saison. Lens a tout changé ou presque. Seul 2 à 3 joueurs de champ sont restés titulaires d'une saison à l'autre. En revanche, le système de jeu est relativement le même

Même dans les buts, la tâche n'aura pas été simplifiée pour l'homme de la montée. En effet, Leca a vu arriver dans ses pattes son homologue titulaire en sélection vénézuélienne, Farinez. Sans effet pour le moment pour le Corse qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. En défense, la métamorphose est en revanche flagrante. Ainsi, toute la défense centrale est remaniée. Exit Diallo et Radovanovic, poussés vers la sortie et lofteur pour le moment pour le second cité. Exit également Fortes, en échec lors de son passage en L1 à Toulouse (5 matchs), poussé sur le banc. Mais qui pour les remplacer ? Et bien d'une part, deux recrues, l'argentin Medina, venu tout droit de Talleres, et capable également d'évoluer à gauche et le tout jeune Badé, espoir chipé au Havre. Mais aussi celui qui était le n°4 en terme de participation à la montée lensoise, il est vrai en partie à cause d'une blessure, Gradit, dont on ne peut pas dire que le passage précédent en L1, à Caen, ait marqué les esprits tant il fut médiocre. Soit finalement seulement 4 joueurs pour 3 postes réellement dans le projet de Franck Haise. A gauche, aussi, les chaises musicales semblent en place et ne pas jouer en faveur du sortant. Les Lensois ont en effet été chercher l'ancien Toulousain Sylla, pourtant rarement impérial en L1 pour concurrencer Haïdara, ancien grand espoir à son poste miné par les blessures lors de son passage en Premier League, absent la plupart du temps depuis le début de saison et sur le banc lors de sa seule apparition dans le groupe. C'est même le jeune Boura, jamais aligné la saison dernière qui a débuté la saison, poussant Sylla sur le banc et redistribuant un peu plus les cartes au poste. Enfin, à droite, c'est un match à deux, là encore entre le titulaire de la saison dernière, Michelin, et une recrue, Clauss, arrivé pourtant avec le statut d'ailier en deuxième division allemande. Et qui tourne pour l'instant à l'avantage du second, 3-2. Reste à savoir si le retour de blessure de Traoré viendra changer la donne à ce poste.

Enfin une valeur sure de la montée absolument pas bousculée par le mercato dans ce secteur de jeu. Et c'est un visage bien connu, celui de Cahuzac et ses 64 cartons en L1 (53 jaunes, 11 rouges). Mais pour combien de temps ? En effet, Fofana, la recrue phare de cet été en Artois, n'a pas encore eu l'occasion de se faire sa place. Mais quand ce sera le cas, sera-ce vraiment Doucouré, 2ème joueur de champ le plus utilisé depuis le début de saison, la vingtaine triomphante et déjà amplement entré dans la rotation la saison dernière, qui cédera sa place ? Pas sûr, même si le brassard de capitaine donne probablement un avantage sur la durée au Corse. Pourtant, quand il avait fallu laisser la place au 4ème homme de ce milieu de terrain, Perez, qui fait ses débuts en L1 à 29 ans, c'est bien Cahuzac qui avait été laissé sur le banc.

Si le système avait jusqu'ici peu changé, devant, en lieu et place de la ligne de 3 qui faisait foi la saison dernière, c'est une doublette axiale flanquée d'un meneur de jeu qui est utilisée cette saison. A ce petit jeu, Kakuta, revenu au bercail 13 ans plus tard, est incontournable (et il n'est pas à exclure que ce changement ait été pensé exprès pour lui). Devant lui, le seul rescapé de la ligne de 3 de la saison dernière, Sotoca, aligné avec une autre recrue, Ganago, arrivé de Nice après 3 saisons plutôt très moyennes (52 matchs, 6 buts, et un impact minime sur le jeu azuréen) pour faire un début de saison en boulet de canon. Derrière ce duo, Banza, premier remplaçant offensif la saison dernière et très efficace (7 buts, ce qui en fait le deuxième meilleur buteur, derrière Sotoca), est bien présent, de même que Jean, qui n'a jamais réussi à prouver en L1 malgré 6 tentatives. En revanche, Mauricio, dont la place de titulaire avait déjà été quelque peu remise en question quand Jean était arrivé à l'hiver dernier, n'a plus trop sa place, même s'il entre à chaque fois en jeu. Plus étonnant, Robail, indiscutable sur l'autre côté et acteur majeur de la montée (deuxième meilleur buteur, notamment parce que, oui, ils sont deux à se partager cet honneur), ne trouve plus du tout sa place dans ce nouveau système, restant systématiquement sur le banc et est sur le départ vers... la L2. Avec cette densité, ce sera difficile de se faire une place que des titulaires de la saison dernière n'ont déjà pas, pour le jeune Boli. Notons également que Bayala, pourtant homme fort d'Ajaccio qui était à deux doigts de priver Lens de montée la saison dernière, se voit poussé vers la sortie depuis qu'il est revenu de son prêt.

 

La compo probable : Pas mal d'absents puisque Sylla, Michelin et Traoré en défense, Fofana au milieu et Boli devant sont forfaits. Et que Haise a décidé de se passer de Diallo (de toute façon isolé pour cause de test positif au Covid-19), Radovanovic et Robail. En revanche, Bayala fait sa première apparition de la saison dans le groupe. La principale question réside peut-être dans le retour de 3 joueurs dans la largeur offensivement, si Haise veut embêter Moueffek qui devrait être reconduit dans le couloir droit :

Leca – Clauss, Gradit, Badé, Medina, Haïdara – Cahuzac, Doucouré – Kakuta – Sotoca, Ganago

 

3– Souviens-toi la dernière fois

Ah, et bien là, il faut rechercher un peu dans sa mémoire mais aussi dans les archives du net. Et on retombe sur un match de 2015, que l'on n'avait finalement pas tout à fait oublié, parce que son scénario était digne d'un certain nombre de rencontres entre les deux équipes avec au moins une des deux à 3 buts (situation arrivée 9 fois en 19 rencontres, toutes compétitions confondues, depuis 2000). Sauf que cette fois, ce fut le cas des deux équipes. Avec un scenario rocambolesque puisque après une ouverture du score stéphanoise de N'Guémo et une première heure plutôt tranquille presque atteinte à 1-0, la rencontre s’emballait. D'abord positivement, puisque les Verts semblaient avoir fait le plus dur avec le deuxième but, signé Mollo, puis négativement quand Lens marquait à 3 reprises en 20 minutes, par Touzghar par deux fois, la seconde sur pénalty, puis Chavarria. Un scénario catastrophe quelque peu rattrapé à peine 6 minutes après par Erdinc. Mais que ce fut dur (et pénible à suivre avec des supporters lensois, on peut vous l'assurer pour l'avoir réellement vécu). Petite anecdote, deux joueurs présents ce jour-là sont dans le groupe pour la rencontre de ce week-end : Jessy Moulin, resté sur le banc, et Romain Hamouma qui ne s'était pas montré décisif. Gageons que cela va changer !

Pour frustrant qu'il soit, c'est presque l'un des meilleurs souvenirs récents que l'on puisse avoir de Lens, vainqueur de 5 des 10 dernières confrontations, depuis un nul 3-3, déjà, après avoir mené 0-3, cette fois, sur la pelouse de Bollaert. Le dernier déplacement en est pourtant un, de bon souvenir, mais c'était à la Licorne que Lemoine avait donné la victoire, 0-1, à Sainté. Les autres victoires, c'est à GG qu'il faut les trouver, les derniers matchs à Bollaert, aussi anciens qu'ils soient constituant une collection de 5 défaites et un nul (le fameux 3-3 qui avait le goût amer d'une défaite) lors des 6 derniers déplacements, depuis la dernière victoire en terre artésienne, grâce à Piquionne, Feindouno et Marin, en Coupe de la Ligue, en 2005. Pour en trouver une en championnat, il faut encore remonter une défaite et un nul pour trouver le duo Alex-Aloisio en 1999.

 

4- Le joueur à suivre

On voulait dire Fofana, pas de bol, il est forfait. On pensait se rabattre sur Robail, râlant, Haise ne lui fait pas confiance et il devrait quitter Lens dans les prochaines heures. On aime beaucoup Bayala, mais on sait que les possibilités de le voir réellement sur le terrain sont minces. La facilité nous demanderait de citer Cahuzac, accrocheur au possible, assagi par rapport à sa réputation sulfureuse et patron de l'équipe, Kakuta, métronome, joueur probablement le plus fin techniquement de l'effectif ou Ganago, beaucoup moins dans ce registres mais puissant et extrêmement efficace en ce début de saison.

Mais comme on aime prendre tout le monde à revers, on citera Doucouré. Si l'auteur de ces lignes a encore peu eu l'occasion de le voir à l’œuvre, la faute notamment à des multi-Ligue2 faisant plus la part belle aux offensifs, il lui avait tapé dans l’œil lors d'un match à Bollaert suivi depuis les tribunes. Une défaite 1-2 contre Ajaccio, certes, mais où le tout jeune milieu malien, 18 ans, et déjà international à l'époque, avait éclaboussé le match de son assurance et de sa sérénité. Et depuis lors, sa réputation ne fait que croître, laissant penser à un bel espoir côté lensois (qui s'envolera sans doute trop tôt pour les supporters sang et or, comme souvent). Bref, la rencontre du week-end sera déjà une bonne façon de se faire un point de vue plus précis. Sans oublier de s'en méfier, bien sur.