Entre Poteaux, c'est un format qui est à la fois un hommage et le descendant spirituel du légendaire Mastres & Compagnie ! Retrouvez à chaque épisode un membre de notre communauté qui partagera ses anecdotes et son histoire au travers d'un entretien intimiste. Pour ce cinquiète épisode, nous recevons Ardbeg, spécialiste en spiritueux et supporter de l'ASSE depuis l'enfance. Bonne lecture !


POTEAUX-CARRÉS : Bonjour Ardbeg. Pour commencer, peux-tu nous parler de la personne derrière le pseudo : qui es-tu, quel est ton parcours, et comment as-tu connu Poteaux-Carrés ?

ARDBEG : Bonjour ! Je m’appelle François, et je suis né en 1966, donc je vais bientôt avoir 60 ans – même si ça ne se voit pas trop, parait-il (rires). Je suis né au Gabon, en dessous de l’Équateur, mes parents travaillant à l’étranger. Je suis revenu en France une première fois à 12 ans, puis j’ai réellement commencé à y vivre de façon stable à 18 ans. Je suis à mon compte depuis l’âge de 25 ans. J’ai eu plusieurs activités, notamment un pub anglo-saxon et un restaurant. Aujourd’hui je suis caviste, spécialisé dans les spiritueux et bières d’outre-Manche : Irlande, Écosse, Pays de Galles… Bref, tout ce qui a une forte connotation celtique. Concernant Poteaux-Carrés, c’est venu naturellement : par l’ASSE, par la lecture, par l’envie d’échanger avec des gens qui partagent la même passion des Verts !

POTEAUX-CARRÉS : J’ai découvert récemment un whisky écossais qui porte ton pseudo. J’imagine qu’il y a un lien ?

ARDBEG : Oui, forcément. Ardbeg est une distillerie mythique de l’île d’Islay, sur la côte ouest de l’Écosse. Je suis amateur de whiskies très tourbés, et j’aimais leurs produits. Ce n’était pas une volonté de mettre en avant une marque en particulier, mais ce nom est devenu mon pseudo. Ça aurait pu être autre chose, peut-être quelque chose de plus stéphanois, mais à ce moment-là, c’est Ardbeg qui s’est imposé.

POTEAUX-CARRÉS : Tu es aujourd’hui caviste. Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton métier au quotidien ?

ARDBEG : J’ai un magasin situé à Blois, dans le Loir-et-Cher (41). Je travaille principalement autour des spiritueux (whisky, rhum… ), mais aussi sur d’autres produits européens. J’ai eu la chance, dans mon parcours, de rencontrer des personnes extraordinaires qui m’ont énormément appris. Par exemple Marc Sassier, figure majeure du monde du rhum, président de l’AOC Rhum de Martinique – la seule AOC de rhum au monde. Côté whisky, j’ai également côtoyé des maîtres de chais de distilleries historiques, comme Bushmills, la plus ancienne distillerie au monde (fondée en 1608). C’est une vraie passion, et aussi une manière de voyager à travers les produits. Il faut tout de même rester sage, ma devise est : “Buvez peu, mais buvez bien.”

POTEAUX-CARRÉS : D’où te vient cette passion pour la culture anglo-saxonne ?

ARDBEG : Je pense que ça vient en partie du football. J’ai été marqué par la grande époque européenne de Saint-Étienne, par les matchs contre Liverpool par exemple, même quand c’était douloureux. Il y avait une ambiance, un fighting spirit, qu’on retrouvait dans les stades britanniques. Et puis il y a l’Irlande, l’Écosse, la beauté des paysages, la générosité des gens, leur gentillesse. C’est difficile à expliquer, mais on peut tomber amoureux de ces pays.

POTEAUX-CARRÉS : Y vois-tu des similitudes avec l’ASSE ?

ARDBEG : Oui, clairement. À l’époque, le football anglo-saxon incarnait un engagement total, des joueurs qui mouillaient le maillot, qui donnaient tout. Et c’est exactement ce qu’on retrouvait dans la grande époque stéphanoise. Le fighting spirit dont je parlais précédemment est quelque chose de très présent selon moi au sein de notre club, des tribunes au terrain. Être supporter de Saint-Étienne, ce n’est pas seulement aimer un club : c’est une passion viscérale, presque un baromètre émotionnel. Quand l’ASSE perd, la semaine est plus compliquée. Même quand on vit loin, le club conditionne ton quotidien.

POTEAUX-CARRÉS : Ton amour pour l’ASSE vient d’une transmission familiale ?

ARDBEG : Oui, totalement. Mon père était supporter, je suis la deuxième génération. Mes parents étaient expatriés, mais chaque retour en France impliquait obligatoirement un match de l’ASSE, à Geoffroy-Guichard ou à l’extérieur. J’ai mis les pieds au stade à 6 ans, et ça ne m’a jamais quitté.

POTEAUX-CARRÉS : On dit souvent que Saint-Étienne traverse une période économique difficile. Est-ce un ressenti que tu observes aussi ailleurs en France ?

ARDBEG : Oui, clairement, je le ressens aussi de mon côté, dans le 41. Il y a un avant et un après Covid. Pendant la pandémie, on a beaucoup parlé de changer nos modes de consommation. Mais une fois la crise passée, les difficultés financières ont repris le dessus. Aujourd’hui, tenir un commerce est devenu extrêmement compliqué, avec notamment la concurrence d’internet, la baisse du pouvoir d’achat et une instabilité générale. Il faut se réinventer en permanence.

POTEAUX-CARRÉS : As-tu déjà travaillé avec l’ASSE ou des personnes du club ?

ARDBEG
 : Non, jamais. Mais j’aimerais un jour venir vivre à Saint-Étienne ou dans ses environs, ce qui serait peut-être une bonne occasion de le faire. À chaque venue, c’est un pèlerinage : arriver très tôt au stade, parler avec des inconnus de tout et de rien, partager des moments simples mais bienveillants, on ne peut vivre ça qu’ici !

POTEAUX-CARRÉS : Un souvenir marquant lié à l’ASSE ?

ARDBEG : Oui, un souvenir assez fou. Dans les années 70, l’ASSE venait parfois faire des matchs de pré-saison au Gabon, à Libreville. Un jour, sachant que l’équipe logeait à l’Intercontinental, je m’y rends dans l’espoir de croiser les joueurs, l’entraineur ou n’importe quelle personne liée de près ou de loin à Sainté… En arrivant sur les lieux, je tombe sur une foule vraiment très nombreuse, et si l’ASSE est très populaire, quelque chose me dit qu’il y a une autre raison pour que tous ces gens soient rassemblés ici. Quelques instants plus tard, je me retrouve nez à nez avec Bob Marley, le jour même d’un concert. C’était l’année de Survival. On a même pu échanger quelques mots de manière rapide. Une coïncidence incroyable ! (rires)

POTEAUX-CARRÉS : Quel regard portes-tu sur l’évolution actuelle du football ?

ARDBEG
 : A mes yeux, le football est devenu un immense business. Les pauses fraîcheur à répétition, les coupures potentielles pour la publicité… tout ça me fait craindre une perte de l’essence du jeu. C’est comme lorsque le Barça avait mis UNICEF sur son maillot : ça semblait vertueux, mais c’était surtout une transition vers le sponsoring massif. Aujourd’hui, on prépare doucement les esprits pour un football encore plus mercantile, et ça fait forcément conflit avec la vision très romantique du football que j’ai adoré dans ma jeunesse.

POTEAUX-CARRÉS : Parlons à présent de l’ASSE actuelle. Que penses-tu de la direction actuelle et de la stratégie de KSV ?

ARDBEG : Leur arrivée a été un soulagement. Ils ont sauvé le club de situations bien pires. Ce ne sont pas des amateurs : ce sont des gens d’expérience. Un projet, ça prend du temps. Les supporters sont impatients – et je le comprends. Moi aussi, j’aimerais que ça aille vite. Mais regardons ailleurs : Manchester City, Liverpool, le PSG… tous ont mis des années avant de gagner. Saint-Étienne reste un club essentiel du football français qui ne demande qu’à renaître. Même en étant actuellement en Ligue 2.

POTEAUX-CARRÉS : Et ton regard sur l’équipe actuelle ? (NDP2 : Entretien enregistré avant le changement de coach)

ARDBEG : Il y a des qualités, mais il manque du caractère, des grognards. On se fait trop souvent marcher dessus dans les duels. Je me demande parfois si les joueurs adhèrent encore totalement au projet, ou s’ils ont lâché l’entraîneur. Changer d’entraîneur ne résoudra pas tout. Même un Guardiola ne ferait pas de miracles avec un groupe qui manque d’impact.

POTEAUX-CARRÉS : Terminons par une note légère si tu le veux bien : En tant que caviste, que penses-tu de la bière servie au stade ?

ARDBEG : (Rires) C’est un peu léger en termes d'offre... Faire travailler des brasseries locales, sans aller sur des produits hors de prix, serait totalement faisable tout en permettant à chacun de marger convenablement. Quand on veut, on peut !

POTEAUX-CARRÉS : Merci à toi d’avoir pris le temps de nous raconter ces anecdotes ! As-tu un mot de la fin pour terminer ?

ARDBEG : Comme le dit bien le chant mythique du KN : Et s’il ne reste plus que toi, et que tu aies encore la foi, n’oublie jamais de chanter, pour tes couleurs, pour ta fierté - Restez soudés. Restez fiers de ce club unique en France. Saint-Étienne est une fierté, que l’on vive dans le 42 ou à 900 kilomètres. Même quand c’est dur, portez haut ces couleurs. Elles racontent une histoire extraordinaire !

 

Questions en vrac

 

POTEAUX-CARRÉS : Ton joueur préféré de l’histoire de l’ASSE ?

ARDBEG : Osvaldo Piazza. Un personnage extraordinaire, humainement et sportivement. Il incarnait parfaitement ce qu’attendait le public stéphanois. Ses montées avec la chevelure au vent, tout le stade le poussait. Quel joueur !

 

POTEAUX-CARRÉS : Ton entraîneur préféré ?

ARDBEG : Robert Herbin. Calme, visionnaire, confiant envers ses joueurs. Il a apporté énormément au club et au football français et m’a marqué avec son flegme légendaire.

 

POTEAUX-CARRÉS : Ton maillot préféré ?

ARDBEG : Le Manufrance avec les liserés bleu-blanc-rouge. Beau, symbolique, profondément stéphanois.

 

POTEAUX-CARRÉS : Ton but préféré ?

ARDBEG : La frappe de Dominique Bathenay à Anfield en 1977.
Puissance, audace, le symbole d’une équipe qui ne renonçait jamais !

 

POTEAUX-CARRÉS : Ton match le plus marquant au stade ?

ARDBEG : Saint-Étienne – Nantes en Coupe de France. Une remontada mythique après avoir perdu 3-0 à l’aller, puis une ambiance irréelle à Geoffroy-Guichard pour la victoire 5-1 au bout du suspense.

 

POTEAUX-CARRÉS : Et loin des tribunes ?

ARDBEG : La finale de 76. L’oreille collée au transistor, j’avais 10 ans, et j’ai tellement pleuré à la fin…

 

POTEAUX-CARRÉS : Ta tribune préférée à GG ?

ARDBEG : Je les ai toutes faites. Si les latérales sont très bien pour voir le jeu, le Kop Nord reste incomparable pour l’ambiance.

 

POTEAUX-CARRÉS : Ton thread préféré sur Poteaux-Carrés ?

ARDBEG : Le thread sur la ville de Saint-Étienne.

 

POTEAUX-CARRÉS : Ton stade préféré au monde ?

ARDBEG : Geoffroy-Guichard : Quand tout s’embrase, il n’y a rien de plus beau.

 

POTEAUX-CARRÉS : Un autre club que tu apprécies ?

ARDBEG : Liverpool, malgré 1977. Un club immense, une histoire magnifique !