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Parcours d'un joueur épatant en Russie, hépatique dans le Forez et parti sans laisser d'adresse...


Alexander PANOV
Né le 21 septembre 1975 à Leningrad (aujourd’hui Saint-Petersbourg)
Poste: attaquant
Taille: 1,70m
Poids: 63kg


Panov au Zenith St Petersbourg en 1999

Alexander Vladimirovich Panov est certainement l’un des joueurs les plus énigmatiques que l’ASSE ait compté dans ses rangs. Lorsqu’il arrive dans le Forez à l’été 2000, Panov est précédé d’une réputation plutôt flatteuse. En effet, il est l’attaquant vedette du Zénith de Saint-Petersbourg, le club de sa ville natale, mais également l’un des titulaires de la sélection de Russie. La France a d’ailleurs appris à le connaître le 5 juin 1999 lorsque, pour le compte des éliminatoires de l’Euro 2000 au Stade de France, Panov inscrit deux buts à Barthez et permet à la Russie de s’imposer 3-2. C'est alors la première défaite en match officiel de l’équipe de France au Stade de France: "Ce match, c’était ma finale de Coupe du Monde. Je me suis rappelé de ma jeunesse compliquée et de ma recherche du bonheur à travers le sport. Tout le monde n’a pas la chance d’entrer sur la pelouse du Stade de France pour défier les champions du monde. On vit rarement autant d’émotions sur toute une carrière, alors sur un match (...) Tous les gens que je croise me parlent de ce match".


En 1999, même Deschamps est impuissant face à la vista d'Alex Panov

Un an après, le voilà donc Stéphanois. Le Brésilien Alex étant brouillé avec l’entraîneur Nouzaret, Panov dispute les matchs de préparation en tant que titulaire et montre de belles dispositions dans son entente avec Aloisio. Contre l’Ajax Amsterdam, en amical, il met au supplice la défense néerlandaise grâce à sa vitesse supersonique et marque deux buts. C’est donc tout naturellement qu’il est titulaire pour les premiers matchs de championnat, où il propose de belles prestations. Il marque même son premier but officiel sous le maillot vert à Toulouse, un but qui aurait d’ailleurs dû être refusé pour une main préalable de José Aloisio.
Ce sera son premier et dernier but pour l’ASSE...


Malgré de bonnes prestations, Panov perd sa place en début de saison

Quelques jours plus tôt, l’ASSE reçoit Marseille. Panov est plutôt bien en jambes mais ne se montre pas décisif et doit céder sa place à Alex, revenu en grâce. Le Brésilien, à peine entré en jeu, inscrit un doublé et l’ASSE l’emporte 3-0. Inconsciemment, le passage de témoin a eu lieu: comme Revelles l'année précédente, Panov ne peut lutter face aux prodiges du lutin brésilien et malgré son but à Toulouse, il laisse sa place de titulaire à Alex dès le match suivant à domicile contre Bordeaux. On pense que c’est pour permettre à Panov de souffler un peu car il semble évident que les qualités du Russe pourront être utiles pour le restant de la saison. Pourtant, après 7 apparitions seulement en Ligue 1 avec l’ASSE, Panov disparaît des compositions d’équipe.
On apprendra peu après qu’il est victime d’une hépatite et que la suite de sa saison est compromise. L’attaquant russe a le moral en berne et au mercato d’hiver, il accepte d’être prêté au club de Lausanne Sports (Suisse), ce qui libère une place d’extra-communautaire au Brésilien Luiz Alberto qui vient d’arriver en compagnie du nouvel entraîneur John Toshack.


Panov aura eu le temps de disputer un derby (photo le Progrès)

Le passage de Panov à Lausanne ne sera guère concluant (4 matches, aucun but). En fin de saison, il est de retour dans le Forez. Entre temps, le club est tombé en Ligue 2 et a perdu l’essentiel de ses titulaires. On espère alors que Panov, avec son statut d’international, va être l’un des artisans de la remontée immédiate souhaitée par l’entraîneur Alain Michel qui vient de prendre les rênes de l’équipe. "Sacha" marque d'ailleurs un but en amical contre Nîmes. C'est pourtant une nouvelle désillusion qui attend les supporters verts: au cours d’une saison cauchemardesque, Panov ne fait que 8 apparitions et ne marque pas une seule fois. A l’intersaison 2002, après seulement 16 matches en deux saisons (!), il rentre en Russie, au Dynamo de Moscou, où il ne reste qu’une seule année, n'inscrivant que 4 buts.


Panov retrouve la pelouse en D2 durant l'été 2001

Peut-être le sait-il déjà mais il ne quittera plus la Russie de toute sa carrière. En 2003, il retourne à Saint-Petersbourg mais au Dynamo cette fois. C'est la saison du renouveau: Panov dispute 39 matches et marque à 23 reprises ! A un an de l'Euro 2004, ses performances le mettent dans la balance pour faire partie de l'aventure: il rejoue avec l'équipe nationale durant les amicaux de pré-saison mais il ne rejoindra pas le Portugal où la Russie fera un parcours anecdotique. Après 17 matches et 4 buts, la carrière internationale de Panov est terminée.


Dynamo, Zenith, Torpedo: Panov fait l'aller-retour Moscou-St Petersbourg

Ce dernier décide alors de retourner dans la capitale pour évoluer dans un nouveau club, le Torpedo de Moscou. Excepté un bref intérim sous forme de retour au Zénith en 2006 pour seulement 8 matches, le Torpedo sera son dernier club: en 6 saisons, il disputera plus de 130 matches sous le maillot des noirs et blancs et inscrira 37 buts, essentiellement lors de ses 2 premières années.

A 35 ans, mis à mal par des pépins physiques comme depuis 10 ans maintenant, il prend sa retraite en janvier 2011. Il n’aura jamais réussi à retrouver le niveau de jeu qui était le sien lors de son arrivée à Saint-Étienne.
L'ASSE, elle, s'en souviendra malgré elle: les dirigeants de l'époque ayant signé avec le Zénith Saint-Petersbourg une convention de partenariat pour "déguiser" le montant du transfert d'Alexander Panov, et celle-ci n'ayant pas été appliquée, le Zénith attaquera l'ASSE en justice en 2008... et l'emportera, condamnant l'ASSE à verser 2.5M€ au Zénith. Une perte sèche qui aura fait encore plus de mal que le passage stéphanois du seul Russe à avoir jamais porté le maillot vert.


Alexander Panov prend sa retraite en 2010-11

Mais le rendement sportif d'un footballeur est une chose, la réalité de la vie d'un homme en est une autre.
A l'occasion d'une interview donnée à la FIFA en 2016, Alexander laisse deviner la raison principale de son échec stéphanois: "J’étais bien à Saint-Étienne L’entraîneur me faisait confiance et il me titularisait souvent. Mais j’avais du mal car le niveau de jeu en Russie n’avait rien à voir avec ce qui se faisait en France. Ensuite, un autre entraîneur est arrivé et j’ai fait l’objet de nombreuses critiques. Parallèlement, j’ai connu quelques soucis de santé..."
Des soucis de santé dont la nature avait été révélée par Alain Bompard bien longtemps après son départ: "Panov avait été épatant lors du match amical contre l'Ajax qu'on avait gagné 5-2 en août. Un mois plus tard, je vais à l'entraînement, et je trouve ce garçon lent, trainaillant, les yeux rouges. Je m'inquiète. Je vais voir le médecin. Je lui dis: "Écoute, est-ce que ce garçon ne boit pas un petit peu d'alcool ? Je trouve qu'il a changé dans son comportement, il est moins efficace. Est-ce que vous avez fait les prises de sang nécessaires ?"
On me répond : "Ah ben non car il fallait signer vite le contrat !" J'ai donc demandé à ce qu'on les fasse et là, on a découvert qu'il avait l'hépatite A et l'hépatite B..."


Alexander Panov, désargenté mais vaillant, en 2018

Guéri mais meurtri par sa maladie, l'alcool et la drogue, Panov perd peu à peu toute sa fortune et se retrouve ruiné. Il n'en quitte pas pour autant le monde du football: "Je travaille dans la formation de jeunes joueurs en Russie. Je suisle président d'une ligue de football pour enfants. Le Spartak et le CSKA et d'autres clubs professionnel ont leur centre de formation, moi je travaille avec des enfants évoluant dans des clubs amateurs dans toute la Russie"
Une façon courageuse de rendre à ce milieu ce qu'il lui a apporté plus jeune, sans jamais cesser de continuer à vivre comme une rockstar, une bière à la main et en musique...