Hervé Mathoux s'est confié à Poteaux-Carrés avant Sainté - Clermont, de quoi évoquer sa connaissance des deux villes, des deux clubs et une certaine vision du football.
Hervé, tu es un Clermontois d'adoption ! Alors que les deux équipes se rencontrent demain, tu penses quoi de ce match ?
C'est toujours un match particulier car les liens entre Clermont et Saint-Étienne sont forts. Ce sont des villes qui ne sont pas si loin que ça géographiquement et qui sont assez proches sociologiquement. Si Lyon était la banlieue de Saint-Étienne, selon Roger Rocher, Clermont l'est aussi ! Pendant des années, des décennies, les supporters de foot clermontois faisaient les 130 et quelques kilomètres qui séparent ces deux villes pour venir voir les matchs à Sainté. C’était d’ailleurs plus difficile à faire à l'époque qu'aujourd'hui car il n'y avait pas l'autoroute : c'était un pèlerinage. Tous les footeux qui voulaient voir des grands matchs allaient à Geoffroy-Guichard.
Quand j'étais jeune ado, l'équipe des Verts qui venait à Clermont, c'était la réserve. Et le fait de voir juste ce maillot mythique, même si c'était la réserve, le stade était plein, tout le monde était excité ! Et honnêtement, à cette époque-là, je pense qu'à aucun moment on aurait imaginé qu'on puisse les affronter en championnat dans la même division. Il y avait beaucoup d'écart. Le fait que les deux clubs s'affrontent, c'est déjà une "victoire" pour Clermont. De pouvoir avoir le plaisir et l'honneur de jouer à Geoffroy-Guichard, c'est déjà quand même quelque chose d'important.
Après, sur ce match de samedi, il est évident qu'il est globalement déséquilibré. Ce n'est pas non plus un gouffre qui nous sépare, mais enfin, Saint-Etienne est favori. Clermont reste sur de bons résultats. On sait qu'aller à Saint-Etienne dans ce moment-là, ce n'est pas le meilleur endroit pour être sûr de réussir quelque chose de bien. Mais on ne sait jamais, Saint-Etienne est quand même assez fantasque et irrégulier dans ses performances, et notamment à domicile. Mais déjà, un match à Geoffroy avec Clermont, c'est super de pouvoir vivre ça.
On disait Clermontois d'adoption car - même si Wikipedia dit le contraire - tu n'es pas né à Clermont ?
Non, mon père était du Forez, du côté du Puy-de-Dôme, quelque part dans la montagne, entre Clermont et Saint-Etienne mais je suis né en région parisienne. On est revenu dans la région quand j'avais environ 12 ans.
Et alors justement, à cet âge-là, on est fatalement un peu ou beaucoup supporter des Verts, quand on est à Clermont ?
Oui, fatalement ! En fait, même quand j’étais en région parisienne, j’étais déjà un supporter des Verts ! Ce sont des choses que les jeunes ont du mal à comprendre aujourd'hui, mais tout le monde était pour Saint-Etienne ! Et quand je dis tout le monde, c'est tout le monde, même à Lyon, tout le monde était pour Saint-Etienne aussi à cette époque. C'était générationnel en fait, pas géographique. Il se trouve qu'ensuite je me suis rapproché de Saint-Etienne. Quand les Verts ont commencé à émerger, il n'y avait rien eu depuis le Stade de Reims, et encore, ce n'était pas vraiment télévisé.
Sainté, c'était le début du foot à la télé, les premières émotions collectives d'un pays pour une équipe de foot. Fatalement, tu ne pouvais pas aimer le foot et ne pas être emballé par Saint-Etienne, qui par ailleurs avait des valeurs, qui parlaient aux gens. C'était une équipe avec des joueurs formés au club, même si peu étaient vraiment Stéphanois. C'était une équipe qui ressemblait un peu à ce que la France avait envie d'aimer. C'était la première fois qu'une équipe française rendait fière les gens par ses matchs et ses résultats en Coupe d'Europe.
Pour rester sur ta période clermontoise, te souviens-tu d’un match marquant que tu as vu dans le Chaudron ?
Oui, il y en a plusieurs, bien sûr, mais le premier qui me vient en tête, c'est le tout premier que j'ai vu ! C'est facile de m'en souvenir, c'était le 6 novembre 1980, c'était le jour de mes 14 ans, et j'avais eu comme cadeau d'anniversaire une place à Geoffroy pour le match au sommet entre l'ASSE et Nantes pour le titre. C'était la première expédition en partant de Clermont : pour un match qui a été assez décevant, il y a eu 0-0, mais l'ambiance était quand même assez exceptionnelle.
J'arrivais sur le lieu de mes rêves d'enfant, d'un stade que j'avais vu 20 fois à la télé, sur une télé noir et blanc grésillante. J'en garde le souvenir d’une ambiance fantastique à Saint-Etienne, très centrée sur le match. Les gens chantaient un peu à l'anglaise, encourageaient les Verts pendant le match, et puis c'était l'époque où les supporters regardaient les matchs et ne tournaient pas le dos pour faire leur show. J’ai donc eu un souvenir très marquant de cette première expérience dans le Chaudron !
Après j'y suis retourné plusieurs fois avec mon club de foot pour voir des matchs de championnat, et puis bien sûr professionnellement. Mais quand j'ai commencé à travailler, Saint-Etienne n'était plus une équipe de haut de tableau. Même s'il y a eu quelques saisons réussies, je n'ai jamais vu de match de Coupe d'Europe là-bas. On a tous la nostalgie de cette époque-là. J'ai vu la plupart des matchs européens des Verts devant mon écran, mais pas à Geoffroy-Guichard.
Te souviens-tu que tu avais commenté, à l’époque, l'épopée des Verts sur une vieille cassette VHS ?
Oui, bien sûr que je m'en souviens ! C'était un film auquel je n'avais pas collaboré, au-delà du texte à lire. Ce film relatait les grandes années européennes des Verts : Hadjuk Split, Kiev … Il a dû sortir au début des années 90 et a laissé pas mal de souvenirs aux gens.
Et comment t'es-tu retrouvé à commenter ça ?
Oh, simplement, j'étais un jeune journaliste à TF1. Le producteur a dû s'adresser à TF1 et on m'a dit, est-ce que ça t'intéresse de le faire ? Bien sûr, que ça m'intéressait, parce que ça me permettait de revisiter des moments qui avaient une valeur pour moi, dans mon parcours.
Tu avais 10 ans en 1976. Comment as-tu vécu la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions ?
Je l'ai vécue, comme une grande partie des gens, comme une énorme, une GIGANTESQUE injustice ! Et c'est marrant, parce que je trouve que c'était la posture habituelle du foot français, à cette époque-là. On avait souvent l'impression qu'on jouait bien, qu'on devait gagner, mais qu'on perdait ! C'était un truc unique, incroyable ! On croyait qu'on était maudits.
Plusieurs années après, j'ai revu le match et ma perception s’est modifiée. Oui, il y a quand même eu ces barres transversales, ces fameux poteaux carrés ... il y a quand même eu des occasions, c’est certain, mais on a aussi oublié un certain nombre d'occasions du Bayern. In fine, ce n'est pas une finale que Saint-Étienne aurait dû gagner 3-0 et qu'ils ont perdue 1-0. C'est un scénario qu'on a revu depuis, des dizaines de fois dans des matchs.
Quand tu es le club dominant, tu te dis "bon ben voilà, ils nous ont un peu titillés, mais on les a battus, il n'y a rien d'illogique." Je pense que c'est comme ça que le Bayern a dû vivre cette finale de 1976. Une finale qui épouse un peu la manière dont le football français se positionnait, avec un peu de complexes. On était les romantiques, on jouait bien, et puis les Allemands qui jouaient mal nous battaient, c'était un peu ça l'idée. Et cette finale, elle correspond complètement à cette posture.
Mais, à la fin de cette finale, ça a été une immense détresse, bien sûr, parce qu'on avait tous rêvé. Et puis, on avait ce sentiment qu'on revoyait indéfiniment les instants où on aurait pu gagner... Il y a des actions dans l'histoire du foot comme ça, où on a des regrets éternels. En plus, l’équipe de Sainté était bien diminuée. Rocheteau était blessé et n’a pratiquement pas pu joueur la finale : ça, c'était les boules aussi. Il n'y avait pas que lui, il y avait Farison et Synaeghel, qui avaient été blessés en championnat juste avant. Rocheteau avait bien mis le feu sur la fin, ce qui te laisse encore plus de regrets, tu te dis "et s'il était rentré plus tôt ?"
Nostalgie, nostalgie. J'espère qu'on reverra ça un jour, avec les nouveaux repreneurs qui sait ?
On va voir. Oui, peut-être … mais il va falloir être patient quand même…
Quel est le joueur qui t'a particulièrement marqué à cette époque ?
Oui, je dirais Curkovic. Ah, Curko !
C'était le poster que tu avais dans ta chambre ?
Oui, exactement. J'étais gardien à l’époque ! J'étais assez fasciné par les gardiens de manière générale mais lui, en plus …il avait un truc ! En fait, à l'époque, on ne connaissait pas les joueurs, on ne les voyait jamais en dehors du terrain, on ne les entendait jamais parler. C’était donc difficile d’avoir une opinion sur les joueurs, sur leur personnalité. Dans un récent livre sur les Verts, j'ai découvert, par exemple, que Curkovic était un gars hyper exigeant, pas toujours très sympa avec les autres.
Mais Curkovic avait un côté fascinant, je le trouvais exceptionnel. Et je me souviens d'une action en particulier qui avait fait beaucoup fait parler. Lors d’un match, il était sorti de sa surface de réparation et il avait dégagé le ballon d'une magnifique tête, de façon complétement maitrisée ! C'était la première fois que l’on voyait cela ! Personne n'avait jamais vu ça avant : un gardien qui jouait suffisamment haut pour se retrouver en dehors de sa surface et qui puisse dégager un ballon de cette façon, sans être en panique, sans mettre les mains, une sortie propre de la tête. Je me souviens que toutes les gazettes de l’époque en avaient parlé. Les gens commentaient cela « T'as vu la sortie de Curkovic ? Incroyable ! » Il y avait une forme de modernité dans son jeu qui était assez fascinante. Donc oui, c'était quand même LE joueur qui m’a le plus impressionné !
Après, je citerai un autre joueur : Piazza ! C’était bien sûr un sacré joueur ! le côté joueur aux cheveux longs, flottant dans le vent au gré de ses montées rageuses ! Ah ces chevauchées, quand même ! C’était assez fascinant !
Voilà, c'est un peu les deux joueurs que je ressortirais. J'avais aussi Hervé Revelli … car il s’appelait … Hervé ! mais en même temps, c'était pas non plus un joueur dont le jeu me faisait vraiment rêver.
Et sinon, pour revenir à l'époque actuelle, connais-tu les repreneurs de l’ASSE ? As-tu déjà eu des échanges avec eux ?
Les Canadiens, non, non. pas du tout. En fait, on ne traite pas ce genre de sujets. Donc, non, je ne les connais pas. Honnêtement, ma sphère de travail, c'est la Ligue des Champions, en fait.
Il faudra donc attendre un tout petit peu avant de te revoir parler des Verts !
Oui, voilà. Je suis pas sûr d'y être encore !
Et justement, tu vois comment leur avenir, à court et moyen terme ?
Je ne sais pas, parce que ça fait tellement longtemps que ce club n’est plus sur le devant de la scène … Enfin, tu sais, maintenant dans le foot, ce genre de spéculation sur les clubs …Entre ce qu'ils annoncent et ce qu'ils font … Aujourd'hui, un club, ça devient un actif économique qui est là, mais qui peut tout aussi bien changer de façon significative dans deux ans, trois ans. Franchement, je n’'en sais rien.
Penses-tu que des anciens clubs qui sont un peu au fond du trou peuvent revenir au premier plan ? C'est envisageable ?
Ça dépend de leur potentiel, en fait. Aujourd'hui, de toute façon, on voit bien que le paysage a complètement changé. Je pense que les villes qui n'ont pas un énorme pouvoir de développement international ont vocation à galérer. On a encore des petites exceptions en France, mais encore, si on regarde Sochaux, Laval, Guingamp, par exemple, voire Auxerre, qui étaient des équipes majeures à un moment donné, ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Saint-Etienne, malgré tout, a pas mal d’atouts. Il y a des infrastructures, un stade, un public, pourquoi pas, ça fait partie des clubs qui ont un potentiel. Mais est-ce qu'il va pouvoir s'exprimer ? Aujourd'hui, il y a un repreneur canadien. Je trouve que ça a l'air sur de bons rails pour l’instant. C'est un investisseur qui est plutôt dans le sport, qui n'a pas une mauvaise réputation, qui est là par passion pour le sport et pas par une pure motivation financière. Donc, comme ça, sur la photo, il y a pire comme investisseur. On verra bien, mais de là à prédire ce qui va se passer et la réussite sportive ou pas, franchement, j’en serais bien incapable.
Et à plus court terme, sur cette saison, es-tu confiant pour une remontée immédiate ?
Ni confiant, ni pas confiant. Je pense que Troyes me paraît très bien parti pour terminer premier. Et puis derrière, c'est assez ouvert. C'est sûr qu'il y a un manque de régularité des Verts. Mais finalement, les autres aussi, donc je pense que ça va être serré jusqu'au bout. Et puis il faut être dans le bon wagon. Donc oui, c'est possible, mais ce n'est pas fait.
Monter, c'est compliqué puisqu'il y a peu d'élus. Soit tu es vraiment très supérieur et tu domines la saison dès le début. Mais là, tu te retrouves avec Troyes qui n'était pas prévu dans le programme, quand même. Personne ne pouvait imaginer que Troyes avait une équipe aussi forte. Bon, ce n'est pas encore joué non plus. Ils n'ont pas encore une avance gigantesque. Mais potentiellement, ça te fait une place de moins. Il n'en reste plus qu'une pour monter direct.
On croise les doigts ! Et que penses-tu de Clermont, ton club de coeur, tu les vois remonter en L1 un jour ?
Je ne suis pas sûr de voir ça de mon vivant non plus ! Tu évoques la question du club de coeur, mais moi, je me bats contre le supporterisme dans la profession ! Souvent, des journalistes se présentent en deux mots et disent « Je suis journaliste de sport et supporter de tel club. » Je ne comprends pas cette manière de se présenter ! Est-ce que tu vois un journaliste politique se présenter en disant : « Bonjour, je suis journaliste politique, militant LR ou militant PS … ? »
Nous, les journalistes sportifs, nous sommes des observateurs. Et donc, quand on commente l'actualité négative sur un club, on commente de l'actualité. Quand, trois mois après, on commente du positif, les gens nous disent « Ah, vous avez retourné votre veste» Non, on n'a pas retourné notre veste. C'est juste que ça prouve bien qu'on n'a pas de veste, justement.
Quand c'est bien, on dit que c'est bien. Quand c'est mal, on dit que c'est mal. Et quand un club est en crise, on commente la crise. Et quand un club est en réussite, on commente la réussite. Pour moi, franchement, il y a zéro difficulté à garder la tête froide par rapport à une action.
J'ai du mal avec l'aveuglement des gens. Ceux qui, sur une action de jeu, seront totalement persuadés que la décision a été noire mais si tu leur demandes en inversant les maillots, ils vont te dire exactement l'inverse. Il suffit de s'affranchir des couleurs de maillot, c'est ce que font les arbitres, en plus.
Tu discutes un peu avec les arbitres quelques fois ?
Oui, ça m'arrive, bien sûr. Ceux qui disent que ce n'est pas facile de parler avec les arbitres, ce sont ceux qui leur gueulent dessus, une ou deux minutes après une action. « On ne peut pas discuter avec eux, je voulais leur parler » : ok mais regarde un peu comment tu veux leur parler ! c'est pas ça parler ! Il doivent juste juger ce qu'ils voient, avec leur âme et conscience, c'est la meilleure manière de ne pas avoir de soucis.
Et toi, tu as toujours voulu être journaliste sportif ? A quel âge as-tu eu ce désir ?
Oui, je voulais être journaliste très jeune. Et sportif, certainement, parce que cette envie d'être journaliste s’est finalement concrétisée par des productions que je faisais. À mon petit niveau d'enfant, on va dire. Et force est de constater que c'était 9 fois sur 10 sur le foot. Donc sur Saint-Etienne notamment, dans les années 70, sur Bastia aussi, quand ils ont eu une épopée européenne. Sur Nantes... Donc en fait, oui, je crois que j'ai eu cette envie à l'âge de 7 ou 8 ans, je pense.
Très jeune, donc. Et tu avais des modèles de journaliste sportif ?
Non, je n'ai jamais fonctionné comme ça. Je n'ai pas de modèle. Je regardais. Je pense que ce n'est jamais bon d'avoir un modèle et de vouloir absolument le copier, l’imiter. Je pense qu'il faut simplement observer, voir la manière dont les personnes font dans les situations et dire, tiens, lui, j'aime bien ça, ce qu’il a fait. Il faut rester soi-même, et vivre la situation sans se poser de questions.
Et quels sont les moments forts que tu retiens de ta carrière de journaliste sportif ?
Là, franchement, je ne peux pas... Heureusement que je ne peux pas te résumer ça en 5 minutes. J'ai commencé en 90. Il y en a beaucoup trop ! Ça va faire 35 ans. Franchement, je ne peux pas.
Je n'ai jamais trop été à me faire des palmarès. Je ne suis pas du tout le genre de gars qui fait aussi des listes dans un cahier de matchs qu'il a commentés. Je suis incapable de te dire combien de matchs j'ai commenté, combien d'émissions j'ai faites. Je ne fais pas ce genre de choses.
Quand je regarde tes émissions sur les matchs de Coupe d'Europe, c'est agréable parce que ça paraît fluide, les discussions sont plutôt bienveillantes … Mais j'imagine qu'il doit y avoir un gros travail de préparation pour ce type d'émissions ?
Oui, bien sûr. Notre métier, c'est de faire croire qu'on ne travaille pas. On est dans du divertissement. Quand tu te divertis, quand tu te détends devant ta télé, tu n'as pas envie de voir des gens qui suent et qui en chient et qui travaillent dur. En tout cas, c'est sûr qu'il y a plein de travail invisible. C'est comme un joueur. Quand il joue un match, tu ne vois pas tout le travail qu’il a dû faire à l’entrainement. Nous, c'est un peu pareil.
Pour revenir sur le foot, quel est ton jugement sur la VAR ?
J’étais pour au départ … et aujourd’hui, je suis contre la manière dont elle est utilisée. Au début, je n’avais pas compris la position de Michel Platini qui était contre et maintenant, je me dis qu’il avait raison parce que les gens s’y sont pris comme des manches dans l’utilisation de cette VAR ! On a déplacé le centre de décision du terrain vers un centre VAR. La décision vient neuf fois sur dix de la VAR, qui détecte des choses que personne n'a détectées !
Quand tu as une action anodine sur un corner et que personne ne demande rien, même si les joueurs se comprennent, qu'il suffit de réclamer tout et n'importe quoi, personne n'a rien vu. Aucun acteur ne réclame rien. Le jeu continue et tu as quelqu'un qui dit « Moi j'ai vu un truc ». Il est donc évident, par définition, que ce n'est pas une erreur manifeste puisque personne n'a rien vu ! Les matchs qui sont arbitrés à 900 km de distance, je trouve ça catastrophique.
En restant sur le foot international, la Coupe de Monde arrive à grands pas , quel est ton sentiment sur le passage de cette formule à 48 équipes ? Tu penses que c'est plutôt positif ou au contraire que ça va un peu enliser la compétition dans des matchs sans grand intérêt au début ?
Il faudra qu'on voie les matchs pour voir ce que ça donne. Sur le papier, contrairement à ce qu'on avait dit, je n'ai pas le sentiment qu'il y ait des groupes sans intérêt. Entre être premier, deuxième ou être meilleur troisième, ce n'est pas tout à fait la même chose. Je ne trouve pas qu'il y ait une phase qui soit extrêmement longue. Bien sûr que ça va faire une Coupe du Monde plus longue mais je trouve que c'est pas mal que ce soit une fête mondiale et qu'un certain nombre de pays qui n'auraient jamais participé puissent connaître ce bonheur de faire la Coupe du Monde. Quand tu es français, allemand ... tu as l'habitude de participer à chaque fois à la Coupe du Monde. Mais quand tu es dans une nation moins puissante, tu es trop content que ton équipe te fasse rêver. Je pense que cette période d'avant Coupe du Monde, ce que ça amène en rêve chez les gens du Cap Vert, par exemple, ou bien chez les gens du Curaçao, chez les gens des pays de Jordanie, ça n'a pas de prix. Il y a des gens, il y a des enfants qui se disent que c'est formidable, mon pays va faire la Coupe du Monde.
Peut-être qu'ils vont pas être très bons, mais c'est du bonheur de se dire qu'ils vont faire partie de la fête et que pour une fois ils seront invités plutôt que d'aller dehors. Je trouve que finalement c'est pas mal. Je ne suis pas contre. Bien sûr qu'il y a des matchs qui ne seront pas les meilleurs affiches, mais les meilleurs affiches, au bout du compte, on les aura, à partir des quarts, des demies, des finales. Je trouve ça sympa, des affiches un petit peu inédites, un petit peu inattendues.
Et juste la dernière question, je voulais savoir quel était ton regard sur la Ligue 1 et sur son évolution, notamment ce système tout business ?
Il n'y a pas que la Ligue 1. C'est le monde qui bouge. Je pense qu'il faut faire attention de ne pas s'enfermer dans un discours « c'était mieux avant ». On est tous nostalgiques de notre jeunesse, donc on aura toujours tendance à trouver que c'était mieux avant. Il y avait des choses qui étaient mieux, des choses qui sont moins bien. Globalement, je trouve que l’évolution du football, en essayant de se préserver de ces espèces de discours un peu passéistes, malgré tout, apporte plein de choses qui sont un peu attristantes. Et quand on ne les a pas connues, on ne peut pas regretter cette évolution. C'est logique puisqu'on ne les a pas connues. Mais bon, malgré tout, un championnat, ça reste intéressant.
C'est la force du foot et du sport en général : en début de saison, tout est redistribué. Il y en a qui ont plus de cartes que d'autres, c’est certain ; le problème, je trouve, c'est qu'il y a des nouveaux acteurs dans le foot qui sont plutôt des industriels. Globalement, le foot est devenu un business. Les gens qui vont investir dans le foot attendent du foot qu'il ait une forme de logique industrielle. C'est-à-dire que quand tu es dans une boîte, tu mets les meilleurs ingénieurs, tu mets plus de moyens, tu vas certainement sortir le meilleur produit. Au foot, non ! Et ça, ils ne l'acceptent pas. Et si tu n'acceptes pas ça, il ne faut pas que tu ailles dans le foot. Les supporters, c'est un peu pareil. Ils ne supportent pas l'idée que leurs joueurs ne fassent pas les prestations qu'ils attendent.
Et pour terminer, Hervé, as-tu une dernière anecdote à nous donner …pour les lecteurs de Poteaux Carrés ?
Je ne sais pas si c’est une anecdote, je ne pense pas mais je trouve ça génial qu'il y ait encore à Saint-Etienne un bar qui s'appelle le Glasgow. Je trouve ça génial que Poteaux Carrés, ça parle à tout le monde. C'est la force ! C'est une question de génération. En tout cas, Poteaux Carrés, tu sais d'où ça vient.
On pourrait reprocher aux Stéphanois d'avoir fait leur beurre et d'être encore à fond sur une finale perdue, finalement. Mais je ne suis pas de ceux qui leur font ce reproche. Ce qui compte plus que le palmarès, c'est les émotions. Ce que les Verts ont fait vivre aux gens, à tout un pays, même s'il n'y a pas eu la coupe au bout, ça a une valeur telle qu’il suffit de deux mots pour que presque 50 ans plus tard, on sache de quoi on parle.
Merci à Hervé pour sa disponibilité
Potins