Entre Poteaux, c'est un format qui est à la fois un hommage et le descendant spirituel du légendaire Mastres & Compagnie! Retrouvez à chaque épisode un membre de notre communauté qui partagera ses anecdotes et son histoire au travers d'un entretien intimiste. Pour ce huitième volet, nous recevons Biboutitou, qui parlera notamment football, enfance et éducation, mais aussi météo et randonnée. Bonne lecture !
P2 : Salut Biboutitou ! Qui est la personne derrière ce pseudo ?
Biboutitou : Salut ! Derrière Biboutitou, il y a Marc, bientôt 51 ans. Je suis originaire d’Ardèche, né dans le Sud et j’ai grandi en banlieue de Valence côté ardéchois. Ça fait maintenant plus de 30 ans que j’habite dans l’Hérault, proche de Montpellier. Mon pseudo vient du surnom de mes deux garçons, tous les deux footeux à qui j’ ai transmis la fibre verte. En général, sur les réseaux, je m’appelle “Lubo”, mais sur P2, ça aurait fait doublon. Je n’avais pas envie d’un pseudo directement lié à mon prénom, donc j’ai cherché quelque chose autour d’eux, de la filiation, de la passion des Verts, et c’est devenu Biboutitou. Je travaille dans le social, plus précisément comme éducateur de jeunes enfants. Il ne faut pas confondre avec éducateur spécialisé : moi, je suis spécialisé dans la petite enfance. Je travaille dans un cadre très social, avec des familles en grande difficulté, souvent proche de la protection de l’enfance.
P2 : C’est un métier qui doit avoir de grands enjeux pour les enfants. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?
Biboutitou : Je travaille au quotidien avec de jeunes enfants et leurs familles, souvent dans des situations de grandes difficultés. Mon rôle, c’est d’accompagner ces familles et ces enfants dans leur quotidien. J’ai aussi travaillé dans une structure avec internat, qui ressemblait un peu à un foyer sans en être exactement un. On y accueillait des enfants dont les parents traversaient des difficultés passagères : hospitalisation, accouchement, burn-out parental, grande précarité, situations migratoires compliquées, difficultés sociales fortes… Mon travail est très ancré dans le quotidien. Il s’agit d’être présent auprès des enfants, de les accompagner, mais aussi d’aider les familles à retrouver un équilibre.
P2 : Quel regard portes-tu sur la place des enfants dans notre monde ?
Biboutitou : Le monde est de plus en plus dur, donc forcément, la situation des enfants l’est aussi. En revanche, je remets un peu en cause certains discours tout faits, notamment celui de “l’enfant roi”. Dans mon métier, on voit surtout beaucoup de parents abîmés. Et quand la parentalité est abîmée, les enfants peuvent se retrouver perdus. Il faut aussi rappeler que chaque parent est lui-même l’enfant de quelqu’un. Les difficultés peuvent remonter loin. Mais tout n’est pas négatif. Aujourd’hui, on réfléchit beaucoup plus à l’enfant, aux émotions, à la verbalisation, avec les apports des neurosciences, etc. Il y a de bonnes choses qui se mettent en place. Les approches type “éducations positives” peuvent être moquées, mais quand elles sont bien appliquées, elles vont dans le bon sens. Je trouve que les enfants savent davantage exprimer leurs émotions. Et les adultes aussi commencent à le faire. Dans notre société occidentale, les émotions ont longtemps été cachées, trop longtemps même. Le fait de pouvoir mettre des mots dessus est une vraie avancée.
P2 : Tes enfants à toi jouent au foot, à un plutôt bon niveau. Comment te positionnes-tu vis-à-vis de leur carrière en tant que père ?
Biboutitou : Déjà, le mot “carrière”, je le prends avec beaucoup de prudence. Ce sont des enfants avant tout. Je suis très impliqué, oui… Je les accompagne beaucoup, je suis derrière eux, mais j’essaie de ne pas m’emballer. Mon métier d’éducateur joue forcément : j’essaie de leur laisser de l’autonomie, de discuter avec eux, de ne pas tout projeter à leur place. Quand ils étaient petits, j’étais aussi dans l’encadrement du club, souvent auprès de l’équipe 2 pendant qu’eux jouaient en équipe 1. C’était une manière d’être présent, mais sans être directement sur leur dos. Je voulais aussi leur montrer l’importance de la vie associative. Footballistiquement, ils voient beaucoup plus de choses que moi. Quand on regarde un match ensemble, ils repèrent des détails que je ne vois pas forcément. Moi, je suis surtout là pour les soutenir, être présent surtout. Et puis dans le foot, on apprend vite qu’il faut rester humble. Tout peut aller très vite, dans un sens comme dans l’autre.
P2 : As-tu eu une petite carrière de joueur toi-même ?
Biboutitou : Pas vraiment. Ma première licence, je l’ai prise vers 25 ans. Je n’ai pas grandi dans une famille de foot, au contraire, le foot était même mal vu. J’ai toujours joué, mais surtout à la récré, avec les copains, dans des équipes de potes. Je suis un joueur du dimanche. Je continue encore un peu à jouer, mais c’est dur ! Je suis plutôt un coureur de fond. Techniquement, je ne suis pas très bon. Le ballon est surtout un prétexte pour courir et dépenser de l’énergie. Je mise davantage sur le kilométrage que sur la qualité technique ! (rires)
P2 : Quels comportements constates-tu chez les autres parents de footballeurs ?
Biboutitou : On voit un peu de tout. Il y a évidemment les parents très énervés, ceux qui projettent beaucoup sur leurs enfants. Ils existent, et parfois c’est assez hallucinant. Dans certains clubs très orientés sélection, on voit des parents qui pensent presque déjà à la carrière de leur gamin alors qu’ils sont encore de jeunes enfants. Mais je vois aussi beaucoup de parents pour qui le foot est surtout une garderie. Ils déposent leurs enfants, puis les enfants se retrouvent un peu livrés à eux-mêmes. Donc il y a deux extrêmes : d’un côté l’hyper-focalisation sur l’enfant, parfois avec l’idée qu’il pourrait devenir une source de réussite ou de revenus importants ; de l’autre, des parents beaucoup plus absents. Et puis il y a aussi des parents très équilibrés. J’ai connu des anciens sportifs de haut niveau, des parents qui ont été pros , et leur rapport à leurs enfants est souvent assez détaché. Ils ont un discours de performance, mais sans obsession. Peut-être parce qu’ils savent à quel point c’est difficile d’être footballeur professionnel…
P2 : Et au niveau des clubs, comment sens-tu leur comportement vis-à-vis des joueurs ?
Biboutitou : Ça dépend énormément des clubs. Il y a des clubs qui ne pensent presque qu’à la sélection. Ils développent les enfants uniquement par le prisme du football. On a hésité à envoyer nos enfants dans un club voisin comme ça, mais je suis content de ne pas l’avoir fait. Peut-être qu’ils seraient devenus meilleurs, sûrement même, mais ils auraient peut-être aussi été dégoûtés. Le club où jouent mes enfants est plus familial. Il y a de l’ambition, mais aussi une vraie attention au collectif. On connaît les dirigeants, on est présents, on essaie de construire quelque chose autour du groupe. Le club sait très bien que si un enfant est vraiment trop fort, il partira ailleurs. C’est la réalité. Mais certains reviennent aussi, parce qu’ils veulent jouer avec leurs copains et retrouver du plaisir. Pour moi, c’est essentiel : le foot n’est pas qu’une affaire d’individus. Sans équipe, ça ne marche pas.
P2 : Il me semble que tu es également un grand passionné de randonnée. Des sentiers à conseiller aux potonautes ?
Biboutitou : Oui, j’aime beaucoup marcher. Comme je cours moins pour préserver mes articulations, la marche prend beaucoup de place. J’ai un grand rêve : faire le GR7 depuis Saint-Étienne jusqu'à l’Aigoual. C’est la ligne de partage des eaux entre le versant atlantique et le versant méditerranéen. Partir de Saint-Étienne, passer entre le Gier et le Furan, direction les Cévennes, entre la Haute-Loire, l’Ardèche, la Lozère, le Gard… C’est quelque chose qui me parle énormément. Une rando à faire: les 4000 marches du Mont Aigoual, avec un départ à 300m et une arrivée à 1500m, un raidillon continu avec le paysage traversé qui change au gré de l’altitude. J’ai pas mal marché dans les Pyrénées-Orientales aussi : le Canigou, le Carlit, les Pyrénées en général… On monte vite très haut, on est coupé du monde, c’est magnifique. Globalement, je suis très Massif central. J’aime marcher un peu partout dès que je suis en vacances.
P2 : Tu es également passionné de météo. C’est peu commun ! Peux-tu nous en dire plus ?
Biboutitou : C’est météo, climat et géographie, en fait. Tout est lié. La géographie façonne le climat, et ça me passionne. Dans l’Hérault, on est dans une région très intéressante à ce niveau-là. On peut avoir des extrêmes assez impressionnants : des trombes d’eau inimaginables, des chaleurs à 46°C, et parfois même 40 centimètres de neige. Je m’intéresse plutôt au climat qu’à la météo pure, parce que la météo demande des connaissances physiques très poussées que je n’ai pas forcément. Mais au quotidien, ça me sert aussi : pour préparer une randonnée, comprendre un territoire, éviter de me faire surprendre. Même si c’est aussi ce qui est beau avec la météo : on ne la maîtrisera jamais complètement. C’est une passion personnelle. Je discute régulièrement sur un forum de climat avec d’autres passionnés sur le site www.infoclimat.fr, que je cite car un peu d’auto-promo n’a jamais fait de mal (rires). Et puis ça rejoint d’autres sujets qui m’intéressent : l’histoire, les langues (l’Occitan), les paysages, les gens. Tout ce qui relie la géographie à l’humain, finalement.
P2 : Parlons à présent de l’ASSE si tu le veux bien, en quelques mots. Quel est ton avis sur l’équipe actuelle ?
Biboutitou : Ca va prendre un peu plus que quelques mots (rires). Je suis dépité. Plus que colère, je dirais déçu. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Le foot, c’est une mayonnaise : parfois elle prend, parfois non. Là, elle ne prend pas. Il y a sûrement des responsabilités un peu partout, mais pas forcément un seul coupable évident. La dernière fois que quelque chose a vraiment fonctionné, c’était il y a deux ans. J’aimerais d’ailleurs rendre hommage à Dall’Oglio, qui avait réussi à faire prendre cette mayonnaise. Aujourd’hui, on sent qu’il manque ce petit truc. Pourtant, qualitativement, l’équipe a de quoi faire. Beaucoup de clubs aimeraient avoir nos joueurs. Mais ça ne marche pas. Et c’est frustrant, parce qu’on avait de l’espoir avec les nouveaux repreneurs.
P2 : Concernant KSV justement, que penses-tu de leur stratégie depuis leur arrivée ?
Biboutitou : Je suis partagé, presque perdu. D’un côté, je pense qu’ils travaillent bien. Ils ont remis de l’ordre, nettoyé certaines choses, renouvelé les équipes autour du club. On sent qu’ils posent des fondations. Mais pour l’instant, ça ne paye pas sportivement. Leur logique semble être de faire respecter les contrats, comme pour Stassin, Davitashvili ou Ekwah, de construire proprement, de structurer. C’est bien sur le papier. Mais peut-être que c’est justement ce qui empêche parfois de créer ce petit supplément d’âme dont une équipe a besoin. On vient de tellement loin que c’est difficile de juger. Peut-être qu’il faut plus de temps, mais c’est dur à vivre, surtout quand on se dit qu’on va peut-être devoir vendre certains joueurs. Qualitativement, l’effectif est là. Mais pour l’instant, il manque quelque chose.
P2 : As-tu une anecdote à partager ?
Oui, une anecdote toute simple, liée à mon travail. Un jour, au boulot, je vois un gamin avec un maillot de l’ASSE. Dans mon environnement professionnel, très social et très féminin, personne ne l’avait remarqué. Lui-même ne savait probablement pas ce qu’il portait. Je crois que c’était un enfant arrivé récemment en France, peut-être d’Angola si je me souviens bien. Il avait dû recevoir ce maillot via une association ou une collecte de vêtements. Moi, forcément, j’étais heureux de voir ce maillot des Verts ! Il n’a dû rien comprendre à ma remarque, ni à mes yeux brillants, ce décalage était rigolo. C’était mignon. Un maillot de Sainté qui voyage jusque-là, sur les épaules d’un gamin qui ne connaît peut-être même pas le club, c’est assez beau.
P2 : As-tu un mot de la fin pour conclure ?
Biboutitou : Merci à Poteaux-Carrés. Comme tous les réseaux sociaux, le forum peut parfois être envahi par le n’importe quoi, surtout les soirs de match. Mais ça reste une sacrée communauté, très qualitative et très solidaire. J’ai pu aller à des matchs grâce au réseau Poteaux-Carrés. C’est une petite maison. On y est bien, il y fait bon vivre. Elle est ouverte, et c’est très bien comme ça. Tout n’est pas rose, parfois c’est un peu lourd, mais c’est aussi le reflet de la société actuelle !
QUESTIONS EN VRAC
Joueur préféré ?
Je ne sais pas si c’est mon joueur préféré, mais c’est celui qui m’a le plus marqué: Lubo. C’est lié à la jeunesse, à mes 18 ans, aux matchs, à la construction de mon supportérisme avec les copains. Il y avait quelque chose de beau, de magique.
Entraîneur préféré ?
J’ai envie de citer Olivier Dall’Oglio. Je lui ai déjà rendu hommage, mais il a su créer quelque chose en très peu de temps. En trois mois, avec une équipe qui n’était pas si forte que ça, il a réussi à aller au bout. Le groupe s’est essoufflé, il s’est parfois cassé la figure, mais il y avait un supplément d’âme. Et puis il y a ce but de Wadji, évidemment. Tout ça reste très fort.
Maillot préféré ?
Je ne suis pas un grand spécialiste des maillots, mais j’aime beaucoup celui de l’année de la descente, que j’avais offert à mes gamins. Il était vraiment joli. Petite anecdote : mes garçons étaient jeunes à ce moment-là et s’identifiaient beaucoup aux jeunes joueurs qui arrivaient. Résultat : à la maison, on a deux maillots floqués Aouchiche. C’est collector ! Mon frère a aussi un maillot N’Daw, acheté au Sénégal. Et ça aussi, c’est un sacré collector. J’aime bien en parler, parce que ceux qui savent qui est Guirane N’Daw, ce sont les vrais hipsters de l’ASSE !
But préféré ?
Je pourrais citer le seul but de N’Daw, mais je vais plutôt parler de celui de Ryad Boudebouz en demi-finale de Coupe de France contre Rennes. J’étais à Geoffroy-Guichard ce soir-là. C’était improbable, magnifique, juste avant le Covid. On sentait qu’il fallait y être. J’avais pu monter à Geoffroy en pleine semaine, et c’était un moment assez incroyable. L’équipe n’était pas extraordinaire, mais ce but, dans ce contexte, reste très fort.
Match préféré ?
Je pense aussi à un vieux match contre Troyes en 97, en L2, avec Jérémie Janot qui nous sauve du National avec deux arrêts décisifs. J’étais monté à Geoffroy On n’était pas très nombreux, la tension était immense, J’avais l’impression qu’on sauvait le club, qu’il pouvait disparaître si ça tournait mal. Janot, je l’ai vraiment découvert ce jour-là. Merci à lui.
Stade préféré ?
Forcément, Geoffroy-Guichard.
Tribune préférée ?
Le Kop Nord, évidemment. C’est l’endroit qui pète le plus. Mais j’ai aussi une vraie affection pour le Kop Sud. Le Kop Nord, j’y suis allé avec mes gamins grâce à la solidarité de Poteaux-Carrés, pour le dernier match contre Troyes. On s’est un peu infiltrés même si on n’avait pas vraiment le droit ! Mes enfants ont vécu l’ambiance à fond : les chants l’énergie, le côté un peu fou. Ils ont posé leur cerveau pendant une heure et demi. C’est aussi pour ça qu’on aime Geoffroy-Guichard : pour cette vibe-là, pour l’échange, pour ce que ça transmet.
Autre équipe préférée ?
J’ai des sympathies au gré du vent. J’ai une petite affection pour le Milan AC, notamment parce que j’ai un cousin Milaniste. Dans les années 90, la finale contre l’OM, les ennemis de mes ennemis étant mes amis… Et puis maintenant, il y a aussi le club de mes gamins, à Saint-Gély-du-Fesc !
Potonaute préféré ?
Je vais en citer plusieurs. D’abord José, toujours positif, factuel et drôle, un côté so British ! Toujours stoïque même dans la tempête (ah, la métaphore du marathon il y’a deux ans !). Il ne lâche rien. Et puis il y en a deux qu’on voit peu, mais que j’aime beaucoup : Kishizo et Sylvain92. Kishizo intervient rarement, mais que ce soit sur le juridique, le football ou le sociologique, c’est toujours très intéressant. Sylvain92, pareil : il parle peu, mais quand il écrit, je le lis avec attention. Il connaît vraiment le jeu. Ce sont des interventions rares, mais d’un très haut niveau.
Potins