Après Battles à l’hiver 2024, ODO à l’hiver 2025, Eirik Horneland prolonge cet hiver 2026 la série de départs des entraîneurs stéphanois à mi-saison pour sauver ce qui peut l’être.
S’agissant de notre coach norvégien, on résiste avec peine à la tentation du j’vous l’avais bien dit, tant le pari d’un coach venu de loin et ne connaissant pas le championnat où il mettait les pieds semblait osé pour mener une opération en urgence, et tant il a paru assez vite, au-delà de ses deux premiers matches, que son manque de souplesse tactique serait rédhibitoire.
Au-delà de l’agacement maintes fois éprouvé à l’encontre du coach, on n’en a pas moins ressenti une peine réelle pour l’homme parce qu’on a un peu d’empathie, parce qu’on ne saurait tout lui mettre sur le dos, et surtout en considérant l’énergie et l’honnêteté avec laquelle il a cherché à accomplir sa mission.
Néanmoins, c’est la loi de ce sport, en tant qu'entraîneur ayant conduit l’équipe en L2 et étant bien parti pour échouer une seconde fois consécutivement il était le responsable n°1 de ce qui ressemble de plus en plus à un fiasco. Mais on n’exonèrera pas ceux qui ont pris le risque immense il y a un an de le choisir, ceux qui l’ont maintenu malgré la descente et l’impression très largement répandue que son acharnement tactique semblait suicidaire, ceux toujours qui ont tardé à s’en séparer, alors que les résultats comme la manière plongeaient depuis novembre. Ceux enfin qui, en 2026 comme en 2025, attendent début février pour renforcer le groupe.
Plus largement, même si chacun selon sa sensibilité y mettra des proportions différentes, on résumera le naufrage en cours d’un tous coupables que les groupes ont banderolé samedi soir, comme une forme de porte ouverte enfoncée sans vergogne, peut-être, mais qui résume assez bien tous les griefs qu’on a à l’égard de joueurs trop préoccupés par leurs destinées personnelles, d’un staff engoncé dans ses certitudes, de dirigeants figés et cachés derrière leur nébuleux projet.
Pas grand monde à sauver donc, mais une évidence tout de même : au spectacle de nos Verts errant tels des canards sans tête samedi malgré un Chaudron encore une fois au rendez-vous, il ressortait avant tout cette absence de flamme, cette incapacité à forcer le destin, à se mobiliser quand les vents sont contraires. Il est décidément très loin cet esprit du 21 avril, cette rage, cette folie qui sublima Cardo, chavira Geoffroy et emporta Bordeaux annonçant le délicieux dénouement du printemps 2024.
La défaite honteuse contre Toulouse, en mai dernier lors de la 34ème journée, lors d’un match comme une ultime occasion d’enfin renverser la table et notre funeste destin, aurait dû être un déclic pour nos dirigeants.
Car au-delà de la tactique, qu’il a trop longtemps défendue contre toute logique avant de finir par en changer, l’échec premier d’Horneland aura clairement trouvé sa source dans cette incapacité à créer un esprit d’équipe qui sublime un collectif. Par un contraste terrible, les victoires à GG du Mans et Boulogne, deux promus sans autre moyen que l’envie, l’humilité et la solidarité, sont un rappel implacable de cette chose simple et belle : le football est un sport collectif où les efforts de chacun, bien coordonnés et alignés sur une ambition commune et admise par tous, sont encore la recette n°1 de la performance.
Il ne s’est presque jamais rien dégagé du groupe d’Horneland, et ce sera à la fois son plus grand échec et la cause première de son départ. Avec un collectif vivant et soudé, il est probable qu’on ne serait pas revenu fanny du Red Star, de Dunkerque ou de Reims. Avec un collectif, porté par le Chaudron, qui doute qu’on aurait fini par renverser Bastia, Boulogne ou Le Mans ?
Pourquoi cette incapacité à mobiliser ? Lui seul le sait, et sans doute ne s’appesantira-t-il pas sur la question, par contrat ou par loyauté à ses anciens dirigeants qui, c’est à souligner, ont malgré tout choisi publiquement de le remercier pour son investissement.
Prions seulement pour que ces classieux adieux n’empêchent pas un examen de conscience, une vraie analyse des erreurs commises. Celle qu’on a attendue en vain en mai dernier après cette honteuse première saison. Celle dont on espère encore pouvoir se passer en mai prochain.
Que cette analyse vienne de l’interne serait un vrai plus. A défaut on se fiera au verdict sans appel qu’Antoine Decaix, préparateur physique de Boulogne, nous a livré en début de semaine : « Saint-Etienne, ils ont perdu un petit peu cet aspect bagarre. Normalement, ça doit être très dur de venir s'imposer à Geoffroy-Guichard quand t’es un adversaire des Verts. Samedi soir, on n'a pas senti ça. On n'a pas senti ça du tout. Il faudrait que les Verts retrouvent une âme. »
Les mots altèrent notre ego. Ils disent tout de l’immensité du chantier de nettoyage des têtes à mener. « Mission commando », a lâché un Philippe Montanier enthousiaste mais pas dupe, lundi. Par ces termes, le nouveau coach des Verts clarifiait la nature du challenge à relever. Ça sent l’urgence, la mobilisation générale et la fin nécessaire et immédiate des états d’âme.
Son arrivée, outre l’a priori positif lié à son riche CV, traduit aussi (enfin !) une capacité des dirigeants à adapter leur fameux projet. De quoi entretenir un brin d’optimisme, en se rappelant que l’équipe d’ODO ne comptait après tout que 32pts après 21 journées (soit deux de moins que cette année) !
Il reste donc une marge, étroite mais réelle, pour éviter un renouvellement de bail avec la Ligue 2, que KSV aurait vraiment beaucoup de mal à nous faire passer pour une deuxième simple péripétie dans le projet.
Potins