Habitant à Cannes où il a achevé sa carrière au moment ou Zinédine Zidane démarrait la sienne, il méritait plus qu’un potin, Félix. C’est donc via une interview que Lacuesta a replongé dans ses souvenirs verts et bleus avant le match qui opposera ce samedi l’ASSE au SCB à GG.


Félix, te souviens-tu de ton arrivée à Sainté ?

Oui, j’avais 16 ans à l’époque. Je suis arrivé avec mon ami Jean-Louis Cazes, on était des gens bons de Bayonne ! (rires) On a pris l'avion à Bordeaux, et on a été à Lyon. De là, on a pris le train, et plus on avançait vers Saint-Etienne, plus on avait une trouille pas possible, il faisait noir ! (rires) C’est Pierre Garonnaire bien sûr qui nous a repérés. D’autres clubs me convoitaient : Monaco mais aussi Nancy dont l’entraîneur de l’époque était Antoine Redin. Je l’ai eu plus tard comme coach à Bastia…

Que gardes-tu de tes vertes années ?

C’était fantastique ! L’ASSE était le club phare du football français à l’époque. On s’entraînait ardemment et j’ai vite été lancé dans le monde pro. Six mois après mon arrivée à Saint-Etienne, j’ai fait la première apparition en pro. C’était au stade Jean-Bouin, à Nîmes. Robert Herbin m’avait fait entrer en jeu en fin de match à la place de Dominique Rocheteau. J’étais au marquage de Michel Mézy. Cela ne nous rajeunit pas ! (rires)

Tu étais tout jeune. Tu as démarré ta carrière professionnelle à l’âge de 16 ans 10 mois et 2 jours. Tu le 6e joueur le plus précoce de l’histoire de l’ASSE derrière Laurent Paganelli (15 ans 10 mois et 5 jours), Laurent Roussey (16 ans 1 mois et 30 jours), Djylian N'Guessan (16 ans 4 mois et 5 jours), Allan Saint-Maximin (16 ans 5 mois et 17 jours) et Darnell Bile (16 ans 9 mois et 29 jours).

Ah je l’ignorais ! Je connais les 2 Laurent bien sûr mais les 3 autres, ça ne me parle pas trop. A vrai dire le dernier je n’en ai jamais entendu parler. Y’a des joueurs que ça peut impressionner d’être lancé très jeune dans le grand bain mais personnellement ça ne m’a pas impressionné du tout.

Il faut dire que tu étais assez solide pour ton âge. Tu n’étais pas « Félix le brin » !

(Rires) C’est vrai, physiquement j’étais déjà armé pour les joutes de l’élite. Mais j’ai quand même dû attendre près d’un an pour avoir une nouvelle opportunité de jouer en équipe première. C’était à Monaco et on avait gagné 3-0. J’avais joué plus de vingt minutes ce jour-là. J’ai joué d’autres matches ensuite.

Notamment un à Bollaert, Félix !

Entre autres ! (rires)

Cette saison-là, ponctuée par ton 2e titre consécutif de champion de France, tu as marqué le premier but de ta carrière contre… ton futur club Bastia !

Exact ! Sur une passe de Dominique Rocheteau, qui avait marqué les deux premiers buts. Je me souviens que le gardien était Gérard Gili. Il en avait pris 4 ce jour-là !



J’étais loin de me douter à cette époque que j’allais ensuite défendre les couleurs de Bastia… On avait une super équipe à Saint-Etienne. Osvaldo, Dominique… tout le monde ! Il y avait Christian Sarramagna, qui était à Bayonne avec moi. Ses parents avaient une boulangerie et me filaient le pain tous les matins ! (rires). Il y avait aussi des Béarnais dans l’équipe, à commencer par notre capitaine Jean-Michel Larqué. Son père, Jean Larqué, était un homme adorable. Le stade de la Jeanne d’Arc Le Béarn, porte désormais son nom. C’est dans ce club que Jean-Michel mais aussi Jean-François Larios ont joué avant de rejoindre l’ASSE.

Tu auras joué 16 matches en équipe première sous le maillot de l'ASSE mais aucun lors de l’épopée européenne des Verts. Est-ce un regret ?

Non, j’ai vécu cette aventure pleinement, de l’intérieur. C’était une époque où il y avait très peu de joueurs dans l’effectif professionnel. Robert Herbin avait un groupe très restreint. De nos jours, t’as des effectifs pléthoriques. Parfois c’est n’importe quoi, il arrive que 40 joueurs aient du temps de jeu en équipe première lors d’une même saison ! J’ai failli entrer en jeu lors de la finale contre le Bayern à Glasgow. A une demi-heure de la fin, Robert Herbin a dit : « Dominique, Félix, allez-vous échauffer. » Le Sphinx a fait rentrer Dominique, qui était un peu blessé, et m’a demandé de me rasseoir. Moi, je regardais Frantz Beckenbauer. Le Kaiser. Le monstre ! Je n’aurai pas joué de match européen avec les Verts mais j’aurai quand même vécu des moments fantastiques à l’ASSE.

Quelques mois après ton départ de Saint-Etienne, tu auras vécu la belle épopée bastiaise en Coupe UEFA. Sur le terrain cette fois et comme titulaire. Tu es devenu un homme fort, Félix !

Il fallait que je joue ! Quand j’ai quitté l’ASSE pour le Sporting en 1977, j’ai dit à Robert Herbin que j’avais besoin de temps de jeu. Il m’a dit : « attends un peu ». Mais moi j’éprouvais le besoin de jouer. A Bastia, de suite j’ai joué. Et j’ai vécu d’emblée une saison magnifique !

T’as joué et t’as de suite performé ! Cette saison-là, tu as battu 2-0 les Verts à Furiani et au retour Bastia a gagné 4-0 à Geoffroy ! Mais cette saison 1977-1978 reste dans toutes les mémoires pour les exploits du Sporting en Coupe UEFA. Vous avez démarré l’aventure en éliminant en le Sporting Portugal de Salif Keita !

Oui, on avait gagné à l’aller à Furiani et aussi au retour à Lisbonne !



Vous avez éliminé Newcastle le tour suivant. Lors du match retour remporté à St James' Park, tu as été décisif sur l’ouverture du score de Jean-Marie de Zerbi, qui deviendra par la suite adjoint d’un certain Frédéric Antonetti, à Sainté notamment.



Mais ta plus belle passe décisive, ça reste celle que tu as délivrée à Jean-François Larios en 8e de finale lors de la victoire 3-2 sur le terrain du Torino !

Quand je retourne en Corse, on ne me parle que de ça ! (rires) Je pense que ce match aura particulièrement marqué les esprits. C’était un match incroyable, le stade était plein. J’ai l’impression qu’il y avait 30 000 Corses à Turin. Un truc de fou !



Après avoir éliminé Le FC Carl Zeiss Iéna en quart puis le Grasshopper Zurich en demi, tu n’as pas pu faire ce que les Verts ont réalisé plusieurs fois : battre le PSV de Kees Rijveers, des frères Van de Kherkof, d’Adrie Van Kray, de Willy Van de Kuijlen… Cette finale te laisse des regrets ?

Oui. A l’aller, chez nous, je battais un peu de l’aile et j’ai été remplacé avant l’heure de jeu. J'étais un peu blessé. On a joué dans un terrain… c'était une piscine ! On n'a pas pu jouer. Le match aurait dû être reporté. C'est scandaleux ! Scandaleux !



Après, on a été là-bas, on était morts. On était morts, on était morts, on était morts…. C'était « le match de trop ». Avec tous ces matches en championnat, en Coupe de France, en Coupe d’Europe. Même la finale de Coupe d’Europe était en aller-retour à l’époque. On a fini sur les rotules.



Tu auras quand même vécu une sacrée épopée, aux côtés de joueurs qui auront comme toi porté le maillot vert : Jean-Louis Cazes et Jean-François Larios bien sûr mais aussi Johnny Rep et Merry Krimau ! Après une saison à Bordeaux où tu auras encore battu les Verts et pas qu’un peu (5-1 à Lescure !), tu es retourné à Bastia pour vivre à nouveau une saison inoubliable.

Effectivement, on a remporté la Coupe de France en battant 2-1 en finale les Verts, qui venaient de remporter le 10e titre de champions de France de leur histoire. Louis Marcialis a ouvert le score et Roger Milla a inscrit le second. Ça reste le seul grand trophée remporté par Bastia. Nos supporters étaient comme des fous ! C’était extraordinaire. Extraordinaire ! On a quand même gagné contre Michel Platini, Christian Lopez, Gérard Janvion, etc. Des phénomènes ! J’avais joué ce match libéro. En face j’ai retrouvé Johnny Rep et il y avait aussi Jacques Zimako, qui avait rejoint l’ASSE l’année où je l’avais quittée. Il était attaché à la Corse où il est décédé il y a quelques années le pauvre ! Lors de cette finale, c’est lui qui a provoqué le penalty transformé par Jacques Santini sur la réduction du score stéphanoise.



Toi aussi tu étais attaché à la Corse car tu as fait un 3e et dernier passage de quelques mois en 1985 sous le maillot bastiais après ta vilaine expérience en banlieue.

C’était catastrophique cette expérience à Lyon, qui était à l’époque en D2. J’avais rejoint l’OL après une belle expérience de 3 ans à Strasbourg. Je me suis retrouvé à Lyon alors que j’aurais dû aller au Racing Paris. A Lyon j’ai retrouvé Robert Herbin mais ça a été catastrophique.

Tu as retrouvé à cette occasion Geoffroy-Guichard lors d’un derby nul et vierge mais tu étais absent au match retour lors de l’écrasante victoire des Verts à Gerland (5-1) !

Heureusement que j’ai échappé à ça ! (rires)

On a évoqué les grandes heures de l’ASSE et du Sporting, qui vont s’affronter ce samedi soir à Geoffroy en Ligue 2. Tu continues de suivre leur parcours ?

Ces clubs ne me laissent pas indifférent, forcément ! J’ai vécu 3 ans à l’ASSE, j’y ai fait mes débuts en pro, c’est à Saint-Etienne aussi que j’ai gagné mes premiers titres. Quant à Bastia, j’y a joué 3 ans et demi, j’ai été acteur de l’épopée en Coupe UEFA, j’ai gagné la Coupe de France. Mon palmarès, c’est à ces deux clubs que je le dois. C’est sûr que les Verts et les Bastais sont très loin du niveau qu’ils avaient lors des périodes qu’on a évoquées. C’est un peu triste de voir que de tels clubs historiques du football français ne soient pas dans l’élite.

Comme beaucoup de monde, je ne suis que de loin la Ligue 2. Je ne vois que des bribes de match de ce championnat, je me contente souvent des comptes rendus des médias. La saison passée, je suis retourné à Geoffroy-Guichard pour voir le match des Verts contre Monaco. J’ai été accueilli comme un prince par Philippe Gastal. Davistashvili avait égalisé mais les Verts avaient encore perdu, ils avaient encore pris 3 buts. Ils m’avaient paru trop limités pour se maintenir, leur relégation ne m’a pas étonné plus que ça.

Le match des Verts n’était pas folichon mais j’avais été impressionné par contre par le public. Il y avait entre 35 000 et 40 000 spectateurs pour voir ça. Les supporters stéphanois, c’est vraiment quelque chose ! J’espère qu’ils retrouveront rapidement leur équipe en Ligue 1. Pas uniquement pour y faire de la figuration mais pour redevenir un club qui compte en France. Les Verts sont loin de survoler la Ligue 2 mais ils sont quand même deuxièmes, ils ont de bonnes chances de monter et ont la chance d’avoir un propriétaire milliardaire. Si l'ASSE remonte, il faudra recruter des joueurs qui ont le niveau pour s'imposer en Ligue 1 car je ne suis pas sûr qu'il y en ait beaucoup dans l'effectif actuel. 

La situation de Bastia est très préoccupante. Pas loin d’être catastrophique, avec en plus cet énergumène qui a balancé un fumigène sur un joueur du Red Star. Qu’est-ce que c’est, ça ? Il faut choper les mecs qui font ça et les interdire de stade. Ils pénalisent une équipe qui n’a vraiment pas besoin de ça en ce moment vu la crise de résultats qu’elle traverse. J’ai gardé un paquet d’amis qui vivent à Bastia et à Saint-Florent et qui restent fidèles au Sporting Club de Bastia. Ils sont tous très inquiets. J'espère que le Sporting va remonter la pente.

Ton prono pour samedi ?

Je n’ai pas de pronostic. Vu les forces en présence, les Verts seront évidemment favoris mais les Bastiais ont grandement besoin de points, ils vont se battre. Ils ont subi beaucoup de défaites mais jamais sur des gros scores. Ils galèrent mais ils n'ont pas lâché. J’espère que l’ASSE remontera en L1 mais je veux aussi que Bastia se maintienne en Ligue 2. C’est mal parti pour le Sporting mais la saison est encore très longue, il faut y croire !

Merci pour ta disponibilité ! Passe de bonnes fêtes de fin d'année ! Joyeux Noël, Félix !