Avec Sauter est le verbe de l’enfance l'écrivain et documentariste Jean Berthier rend un hommage touchant et délicat à l’homme qui dépassait toujours d’une tête des adversaires plus grands et plus costauds que lui.


Robert Herbin a remporté 9 des 10 titres de champion des Verts (5 comme joueur, 4 comme entraîneur) et les 6 Coupes de France de notre palmarès (3 et 3). Cette courte phrase dit tout de l'immense héritage de celui qui nous a quittés il y a déjà 6 ans. Depuis, malgré les promesses, et alors que ses hommes ont été dignement célébrés en mai dernier, aucune statue n’a, hélas, été édifiée à sa gloire devant Geoffroy-Guichard. Les seuls témoignages de reconnaissance au Sphinx sont de papier et le dernier, paru sous la plume de Jean Berthier, compte parmi les plus réussis.

Le livre est aussi petit que l’entraîneur fut grand, le récit aussi court - une cinquantaine de pages - et précis que les (rares) réponses du Sphinx aux interviews.

Remontant l’histoire de Roby, récupéré par Garonnaire à 18 ans, Jean Berthier, auteur stéphanois ayant décroché le prix Charles Exbrayat pour son touchant Ici commence le roman, trace une ligne directe entre Nice et Sainté, entre le jeu et la discipline, entre la musique de Mahler et le ballon du bonheur, entre le succès et la déchéance. C’est une biographie subjective, forcément s’agissant d’un homme qui se confiait si peu. Un homme qui en imposait par cette froideur, qu’on pouvait tantôt considérer comme de l’indifférence ou comme une forme d’élégance. Un homme qui aurait dû être adulé par le Peuple Vert, mais qui s’est toujours tenu éloigné des débordements de la passion. La sienne le menait vers la Grande musique, ce qui dans ce monde du ballon rond a probablement contribué à entretenir cette distance. A défaut d’être vénéré il sera respecté. A vie.

Autour du Sphinx, de ses convictions, de sa méthode, de sa force de travail, Jean Berthier de sa jolie plume, évoque également Sainté : une ville qui aimait le foot plus que de raison, ville qui roule, tourneboule, travailleuse et joueuse, qui faisait rois les étrangers bienvenus, Yougoslaves, Algériens, Polonais, Africains, s’ils savaient parler la langue du ballon.

Herbin le Parisien ayant grandi à Nice n’était plus depuis longtemps un étranger à Sainté, la seule qu’il ait su faire briller, si fort, et qu’il n’a jamais quittée, même ce triste jour où, sans fracas mais avec classe, il s’est détourné définitivement de Geoffroy : Un jour qu’il allait voir un match à Geoffroy-Guichard, un stadier lui demanda son badge, qu’il n’avait pas, et refusa l’entrée à l’inconnu. Il ne dit pas : « je suis Robert Herbin », n’insista pas, ne vitupéra pas, et remonta dans sa voiture… 

Refermant ce livre qui dessine par petites touches le destin glorieux d’un homme qui a toujours fui la gloire et ses apparats, on ressent comme une impression étrange et tenace, à mi-chemin de la gratitude et de la mélancolie.