Conservateur du Musée des Verts, Philippe Gastal rend hommage à Kevin Keegan, buteur à Anfield contre les Verts lors d'un quart de finale de Coupe d'Europe des Clubs Champions resté dans toutes les mémoires. 


"Le football britannique, est en deuil. Kevin Keegan restera un des plus grands joueurs anglais de l'histoire, c'est une certitude. Bien évidemment, pour nous, il reste associé à cette double confrontation en quart de finale de Coupe des Clubs Champions en mars 1977. Lors du match aller à Geoffroy-Guichard le 2 mars, l'ASSE est en position difficile en championnat. On avait perdu cette finale à Glasgow quelques mois auparavant. L'ASSE voulait absolument faire un beau parcours en Coupe d'Europe et pourquoi pas gagner cette édition 1977. Les Verts avaient déjà affronté des Ecossais mais c’était la première confrontation en Coupe d’Europe avec des Anglais.

Kevin Keegan, normalement, aurait dû jouer le match aller dans le Chaudron resté dans les mémoires, c’est la plus grosse demande pour un match de Coupe d'Europe à Saint-Etienne. Il y a eu près de 200 000 demandes et il n'y a eu que 38 000 à 40 000 privilégiés ce soir-là à Geoffroy-Guichard. Kevin Keegan avait fait le déplacement, on l’avait vu débarquer à l'aéroport de Bouthéon avec ses coéquipiers. Mais quelques heures avant la rencontre, blessé à une cuisse, il ne s’est pas senti apte à jouer. C’est sans lui que les Reds se sont inclinés face à nos Verts, Dominique Bathenay ayant inscrit l’unique but du match.

Mais le petit prince d’Anfield était rétabli pour le match retour le match. Robert Herbin avait décidé que Dominique Bathenay serait en charge de contrer Kevin Keegan. Mais ce dernier a surpris les Verts en ouvrant le score dès la 2e minute de ce match retour. J'en ai parlé souvent avec Ivan Curkovic, qui s’attendait à une tête de John Toshack. Il ne s’attendait pas à cette trajectoire. Il y a eu comme un coup de vent, le ballon était fuyant, Ivan était un peu avancé et il a été lobé. Ce but d’entrée nous a fait très mal. Même si Dominique Bathenay a égalisé d’une frappe somptueuse, on a pris deux buts après et malheureusement, nous avons été éliminés.

Au Musée des Verts, on a le maillot que portait Kevin Keegan contre les Verts lors de ce fameux match du 16 mars 1977.  Il l’avait échangé avec Dominique Rocheteau. C'est une pièce de musée exceptionnelle. On a également le maillot de Tommy Smith qui l’avait échangé avec Jean-Michel Larqué à l’issue de cette rencontre à Anfield. On a eu l’occasion de recevoir des supporters des Reds au Musée, ils étaient émerveillés de voir ces maillots, notamment celui de Kevin Keegan. Au musée du Liverpool FC, il y a toute une vitrine consacrée à cette double confrontation entre les Reds et les Verts. On y voit d’ailleurs le maillot que portait Jean-Michel Larqué à Anfield.

Kévin Keegan était un attaquant redoutable et déroutant. Il était milieu de terrain à la base, c’est Bill Shankly qui l'avait repositionné quand Kevin Keeagan est arrivé chez les Reds en 1971 à l‘âge de 20 ans. Avec le Gallois John Toshack et l’Irlandais Steve Heighway, ils formaient une attaque exceptionnelle. Pour eux, c'était le début d'une épopée. Pour nous, c'était la fin d'une épopée. Après avoir éliminé les Verts, les Reds ont facilement éliminé le FC Zurich en demi-finale avant de gagner la finale 3-1 contre Mönchengladbach à Rome. Quelque part, pour nous, le quart de finale contre Liverpool était une finale avant l'heure parce que c'était certainement la meilleure équipe d'Europe à l'époque.

Kevin Keegan est associé à Liverpool mais c’est sous le maillot de Hambourg qu’il a décroché ses 2 Ballons d’Or, en 1978 et en 1979. En 1977, il a fini 2e au Ballon d’Or juste derrière le Danois de Mönchengladbach Allan Simonsen et juste devant un certain Michel Platini… A l’issue de la saison 1976-1977, Kevin Keegan avait quitté le Royaume-Uni pour l’Allemagne. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de le voir à l’œuvre sous ses nouvelles couleurs l’été 1977. Je m’en souviens car j’avais assisté 5 jours plus tôt avec mon père à la défaite des Verts contre Nice à Geoffroy-Guichard. C’était le 19 août, cela faisait 4 ans et demi qu’on était invaincus à domicile. Le 24 août, après avoir un peu visité Paris, nous avons assisté au Parc des Princes à un match de l’équipe de France contre l’équipe de Hambourg dont la grande star était Kevin Keegan.

Kevin Keegan a pris part à ce match mais il n’a pas marqué.  Les Bleus ont remporté cette rencontre 4-2 grâce à un triplé de Michel Patini. Michel jouait encore à Nancy à l’époque et il sera le bourreau de ce même club du HSV 3 ans plus tard en Coupe de l’UEFA avec les Verts lors du 5-0 au Volksparkstadion resté dans toutes les mémoires. Pour revenir à ce match de l’équipe de France contre Hambourg, tous les observateurs avaient les yeux braqués sur Kevin Keegan mais il y avait beaucoup de Verts chez les Bleus ce jour-là : Gérard Janvion, Dominique Bathenay, Christian Synaeghel, Christian Sarramagna, Dominique Rocheteau…

Kevin Keegan était un joueur virevoltant, qui semait la panique dans les surfaces adverses. Petit par la taille, mais avec un talent immense. Il a gagné deux Ballons d’Or, ce n’est pas donné à tout le monde. Il déstabilisait toutes les défenses. C’était un joueur d'exception. Liverpool avait une équipe exceptionnelle dans les années 70, à la fin de ces années 70. La double confrontation entre les Verts et les Reds est restée à jamais, restera dans l'histoire à la fois de Liverpool et de Saint-Etienne. J’ai la carte de membre des fans de Liverpool. Chaque fois que je vais là-bas et que je dis que je viens de Saint-Etienne… Ils t’invitent chez eux.

Je crois que ce match du 16 mars 1977 a été classé le 2e plus grand match de l’histoire à Anfield. Il y avait une ambiance extraordinaire. Il y avait plus de 10 000 supporters des Verts qui avaient fait le déplacement. Les matchs qui ont suivi en avril et mai 77, à Anfield, on entendait des « Allez les Rouges, allez les Rouges ! » [Philippe prend l’accent anglais ndp2]. Ils avaient été tellement marqués par les « Allez les Verts » des supporters stéphanois. C’était exceptionnel.

Liverpool et Saint-Etienne sont deux clubs et deux villes qui ont beaucoup de points communs. Liverpool est une ville qui a énormément souffert économiquement. C'est une ville qui ressemble à Saint-Étienne par ses habitants, par cette passion du football, par l'environnement, par la passion du public, par un stade mythique. Il y a beaucoup de similitudes. Quand tu parles de Saint-Étienne à Liverpool, c'est certainement le club français le plus populaire là-bas !"

Merci à Philippe pour sa disponibilité