Licencié suite à des propos injurieux en février dernier, l'ancien coach de l'équipe féminine de l'ASSE tenait à livrer sa vérité avant de s'envoler pour le Maroc en tant que sélectionneur national des U20. Dans cette première partie, Sébastien Joseph revient pour Poteaux-Carrés sur son parcours, sa saison tronquée avec les Amazones, les raisons de son échec et les évènements survenus à Décines lors du derby contre l'OLL.
Bonjour Sébastien et merci d'avoir accepté cette interview exclusive. Avant de rentrer en détail sur ton expérience stéphanoise, peux-tu revenir rapidement sur ton parcours d'entraîneur et ce qui t'a amené à devenir entraîneur de football féminin ?
Après une courte carrière de joueur en tant qu’arrière latéral au Grenoble Foot 38, j’ai entraîné à Seyssinet (Isère) jusqu'en 2010. A partir de là, j’ai rejoint la Fédération Française de Football comme cadre technique et en 2015. Puis j’ai reçu un appel de Nicolas Bach, l’entraîneur de l’équipe féminine de Rodez, que j'avais connu au centre de formation du GF38. Il m’a proposé de me mettre en relation avec la direction du club pour prendre sa suite, si un poste en D1 féminine était susceptible de m’intéresser. J’ai dit oui.
Même si le foot féminin était alors beaucoup moins professionnel qu'aujourd'hui, les choses se sont bien passées et j’ai fait 2 saisons à Rodez (de 2015 à 2017) où on finit notamment 5e et on dispute une demi-finale de Coupe de France. Une saison historique pour un club censé jouer le maintien en D1. Je suis ensuite contacté par Soyaux, qui est à l'époque un club phare du foot féminin français, car ils souhaitent passer le cap de la professionnalisation, ce qui était aussi ma volonté. Rodez n’avait alors pas la même structure ni la même ambition donc j’ai rejoint Soyaux dont le projet me plaisait plus et j'y suis resté presque 4 saisons, avec là également une 5e place, une 6e place, une demi-finale de Coupe de France, etc.
Ca s’arrête brutalement en 2020, à cause du Covid et d’un changement de direction. Avec ma famille, on était rentrés dans le sud et la FFF m’a proposé un poste de cadre technique sur la Ligue Méditerranée, qui me permettait un rapprochement familial.
Je pensais occuper ce poste un certain temps mais fin 2022, Dijon vient me chercher pour redresser une situation difficile. De mon côté, le côté compétition me manquait donc j’ai accepté le challenge et on fait trois très belles saisons.
En effet, d’abord Dijon se maintient puis progresse de saison en saison…
Oui, le maintien arrive à la dernière journée, sur un scenario improbable car on avait très très peu de chances d’y parvenir face à Montpellier. Mais on y parvient et la saison d'après, on avait pour objectif de faire top 8, on termine 8e. Et enfin, la saison dernière, l’objectif c’était top 6 et on termine en playoff avec la 4e place.
Du coup, on peut se demander pourquoi avoir quitté la Bourgogne pour le Forez ?
En fait, lors de ma dernière saison avec Dijon, le club a changé de direction. Moi, j'avais été recruté par Olivier Delcourt, qui avait un projet vraiment ambitieux pour son équipe féminine. Mais le club est alors repris par Pierre-Henri Deballon qui est beaucoup moins intéressé par le foot féminin. Attention, il est honnête, il le dit dès le départ !
Il me dit: "L'équipe féminine, c'est pas mon truc, j'ai pas le temps de m'y consacrer". Et on vit du coup une saison très particulière car Dijon possède un très bel effectif, constitué sous la présidence précédente, et qui décroche de bons résultats sportifs mais sans perspective d’avenir. Or avec Sylvain Carric, mon directeur sportif, on n'avait pas trop envie d'un retour en arrière, de régresser et de revenir à une équipe de maintien. Donc, mon contrat arrivant à terme, j'ai préféré m'orienter vers un autre challenge et on voit malheureusement ce qui se passe pour Dijon actuellement (ndp² : le DFCO féminin est en cessation de paiement et risque la rétrogradation administrative). C’est la suite logique et je n’avais pas envie de vivre ça. Au même moment, Saint-Etienne me contacte et propose beaucoup plus de moyens.
Avant de parler de ta saison stéphanoise, je voulais savoir, selon toi, qu'est-ce qui est différent entre le coaching d'une équipe féminine et celui d'une équipe masculine, que ce soit au niveau formation, ou même professionnel d’ailleurs ?
Je dirais aujourd'hui, sur l'aspect formation, que la principale différence, c'est que les centres de formation commencent tout juste à arriver dans le foot féminin. Et du coup, pour ce qui est de la préparation au haut niveau, de s’ancrer dans un système en lien avec le haut niveau, pour les joueuses, c'est quelque chose de relativement récent. Il y a toute une logique de formation sur la préparation mentale et l'accès au haut niveau, qui n'arrive que très tard dans le foot féminin, là où les garçons sont habitués à une forte concurrence dès les U13.
En revanche, sur le milieu pro, je dirais que la différence se situe plus au niveau du management d'un groupe que sur l’aspect footballistique. Bien sûr, les performances athlétiques des filles ne sont pas les mêmes. Ça, c'est une réalité mais ca reste du football.
Alors du coup, quelle est la différence sur l'aspect management ?
Là où c’est différent, c'est qu'il y a une reconnaissance des filles qui est véritablement liée à la compétence de leur encadrement. A partir du moment où elles sentent qu’elles progressent et qu’elles sont performantes à votre contact, elles adhèrent. Chez les garçons, le vécu, le prestige, si vous avez déjà été professionnel, si vous avez gagné des trophées, ça donne du crédit et une aura d’emblée. Ça, les filles, elles s'en foutent.
Je dirais également que le sentiment de groupe est plus important chez les filles. Elles partagent plus de choses, sur les clauses de leur contrat, leurs salaires. Il y a moins d’individualisme. C'est aussi plus difficile d'avoir une conversation individuelle qui ne soit pas diffusée à une partie ou la totalité du vestiaire.Et du coup, quand un entraîneur ou une direction se met un groupe à dos, comme par exemple à Dijon, le retour en arrière n'est plus possible. Quand on arrive à ces relations-là avec les filles, c'est très compliqué.
Est-ce qu'il y a des entraîneurs ou des expériences qui ont influencé ta philosophie de jeu ? Est-ce que tu as un style dont tu te revendiques en termes de coaching ?
Dans le management, j'aime bien ce que fait Jürgen Klöpp. Sur cet aspect mental, culture de la gagne, etc. Après, c'est vrai que j'étais défenseur et j'adore, même si ce n'est pas spectaculaire, l'Atletico Madrid de Simeone. Ce n'est pas juste une équipe qui défend: c’est une équipe qui aime défendre. Moi j’aime m’exprimer sur l'efficacité. J'ai toujours dit que je préfère gagner un match 1-0 que 4-3. Parce que quand on gagne 1-0, c'est qu'on a été efficace dans les deux surfaces.
Alors, à Saint-Etienne, on te connaissait un peu suite à ton altercation avec Laurent Mortel en 2023, lors d’un ASSE-Dijon (ce dernier sera suspendu 8 matches ndp²). Mais après la quatrième place surprise de Dijon l'année dernière, ta nomination à Sainté a été plutôt une très bonne surprise. Tu arrives et tu procèdes à un énorme renouvellement d'effectif avec 12 recrues et le départ de quelques cadres comme Caputo, Bogi ou la capitaine Champagnac. Pourquoi un tel ménage ?
En fait, quand le club vient me chercher au début de l’été, son ambition est d'aller chercher le top 6 en deux ans. J’ai une discussion avec les Canadiens de Kilmer Sports, le projet est ambitieux et le club se donne les moyens de cette ambition. Alors partant de là, la réflexion qu'on a est simple, c'est de se dire: si on veut atteindre cet objectif, on prend chaque joueuse individuellement, on se demande si elle jouerait dans un club du top 6. Et on conserve celles pour qui la réponse est oui.
Je vois mais du coup, Cindy Caputo par exemple, on pourrait s’attendre à ce qu’elle en fasse partie non ?
Tout à fait. Sauf que suite à la procédure en cours avec Laurent Mortel, mon recrutement a pris un peu de temps. Caputo, c’est la première joueuse que j’ai appelé. Je lui ai dit : "Écoute, j’ai entendu que tu étais en contact avancé avec Fleury. Est-ce que ça vaut le coup qu'on discute?" Elle me répond : "Non, j'ai déjà signé". Après, il n'y a pas de problème. J'ai toujours une très bonne relation avec Cindy mais c'était déjà fait au moment où j’arrive.
Bien sûr, avec le reste de l'effectif, il fallait aussi prendre en compte les contrats en cours mais pour chaque joueuse, on a estimé lesquelles pourraient faire partie d’un effectif du top 6. Je ne parle pas de l’OL ou du PSG mais plutôt des clubs poursuivants comme le Paris FC ou Fleury: qui de l’effectif 2024-25 aurait pu jouer dans ces clubs-là ?
Il y en avait si peu dans l’effectif ?
Bien sûr. Très peu. Et si le club galérait sportivement, ce n'est pas par hasard non plus. Heureusement, il y avait des joueuses comme Sarah Cambot que je connaissais de Soyaux et que j'avais envie de garder ainsi que quelques autres joueuses performantes.
Et puis, je pense qu'il y avait un certain renouvellement à faire. C'était aussi nécessaire parce qu’il y avait aussi pas mal de joueuses qui avaient envie de partir, usées par deux saisons très compliquées sur le plan mental et sportif. Certaines, que j’aurais souhaité garder étaient même dans une situation de fragilité mentale. Et je peux comprendre qu'elles aient eu besoin d’aller voir ailleurs.
Avec seulement 4 recrues sur 12 issues d'Arkema Première Ligue (Alice Pinguet, Kédie Johnson, Héloïse Mansuy et Rachel Corboz), ton recrutement se tourne essentiellement vers l’international. Est-ce que toutes ces étrangères avaient le niveau d’un top 6 ?
Certaines oui comme Sofie Hornemann par exemple. Elle faisait partie des joueuses que je souhaitais recruter sur le plan offensif. Elle arrivait de Brondby et avait l'habitude de jouer le haut de tableau. C'était important d’aller chercher des joueuses qui sont capables de jouer le haut de tableau et d’apporter un côté athlétique qui manquait clairement à l’équipe. C'est pour ça aussi qu'on est allé chercher des joueuses comme Kédie Johnson ou Aleksandra Gajic.
Après, il faut savoir qu’à l’ASSE, le fonctionnement de l’association n’est pas le même que celui de la SAS. La section féminine, elle dépend de l'association : ce n’est pas la même cellule de recrutement et il n’y a pas de directeur sportif. Lors de mon recrutement, j’avais exprimé une demande très importante aux Canadiens de Kilmer Sport, c'était l'arrivée d'un directeur sportif. Il n’a jamais été recruté. Je me suis retrouvé bloqué par des freins en interne qui n’en voulaient pas, qui n'en veulent toujours pas d’ailleurs. Et je m’aperçois alors que le recrutement va être compliqué.
Pourquoi ça ?
Pour plusieurs raisons. Déjà, parce que le club sort d'une saison galère. Les filles se sont maintenues in extremis et c’est compliqué d'être attractif pour des joueuses françaises performantes. Celles qui ont fini 5e, 6e ou 7e n'ont pas envie de partir dans un club qui s'est sauvé à l'arrache.
Ensuite, il faut être honnête, le club a très mauvaise réputation dans le monde du football féminin professionnel, notamment, auprès de certaines joueuses et auprès de nombreux agents. Les joueuses qui sont passées par là, les incidents du passé, ont eu des échos négatifs et ca rend le recrutement plus difficile.
Enfin, ce qui complique encore les choses, c’est qu’il y a très peu d'agents français avec qui le club veut fonctionner et beaucoup d’agents français qui ne veulent pas fonctionner avec le club. D’ailleurs, si on regarde les mouvements de joueuses sur les sept-huit dernières années, on doit être à plus de 130 mouvements. C'est énorme.
Oui, l’effectif change très souvent avec des joueuses déjà connues des entraîneurs. Et beaucoup d'étrangères, c'est vrai.
Énormément d'étrangères. Et ce n'est pas un hasard : quand il y a autant de mouvements, à l'entrée et à la sortie, c'est qu'il y a un problème quelque part. Parce que c'est récurrent, ça fait beaucoup d'années et ca perdure quels que soient les coachs. Du coup, sur le marché français, c’était très compliqué. Alors par la force des choses, il a fallu se tourner vers l'international. J’avais ciblé des joueuses mais les portes se sont fermées les unes après les autres.
Bien sûr, j’ai emmené avec moi Alice Pinguet de Dijon mais il y en avait d'autres avec qui on avait des discussions avancées avant que la situation dont je parlais ferme certaines portes. Je pense à Océane Picard et Klaudia Jedlińska parties au PFC, à Lena Goetsch qui est partie à Fleury. Des clubs qui avaient aussi des moyens, des ambitions, des réussites sportives. Le marché français s’est assez vite fermé alors on a dû se tourner des 2e, 3e, 4e choix. Voire sur certains postes, on a reculé dans la liste jusqu'à des 9e, 10e choix !
La préparation estivale ne se passe pas trop mal. Mais dès le début de la saison, on sent que quelque chose cloche, notamment parce que l'équipe ne parvient pas à marquer et qu'il suffit de prendre un petit but pour perdre les matches. Quelles sont selon toi les principales raisons qui expliquent pourquoi l'équipe a connu ces difficultés durant l'automne ?
Je pense que la préparation a été trompeuse. On a disputé 5 matchs amicaux, avec un bilan de 3 nuls et 2 victoires. On a marqué à chaque fois face à des équipes de Champions League comme Liège ou le Servette. On bat Dijon, on tient tête à Montpellier. Et ces résultats n’ont pas mis en évidence les carences qu'on pouvait avoir au niveau offensif.
On a identifié des carences bien sûr mais ailleurs. L’inefficacité offensive, c’est un élément qu'on a mal perçu et effectivement, derrière, on n'a pas su trouver les clés. Que ce soit dans les systèmes, les animations possibles où à l'entraînement.
Et cette difficulté, elle a grandi avec le temps. On a commencé à percevoir que même à l'entraînement, on manquait des choses immanquables, que la confiance était en train de baisser. Or la confiance, moins on en a, moins on marque. Et moins on marque, plus on a du déchet. Fatalement, on n'arrive pas à marquer et dès qu’on prend un but, c'est game over.
Ça se traduit par un peu la courbe de confiance de Sophie Hornemann qu'on a vu pas mal marquer pendant la préparation. Puis de moins en moins jusqu’à rater des occasions toutes faites en fin d'année 2025...
C'est vrai mais je dirais que c'est notre responsabilité, en tant que staff technique: que l'équipe soit efficace quelles que soient les joueuses qu'on a. Attention, je reste persuadé que Sophie Hornemann était un bon recrutement mais c’est vrai qu’on a fini par marquer très peu de buts, tout en étant rarement capable de retourner ou d'inverser des situations.
Un exemple criant, c’est le match contre Nantes en janvier: on a 24 centres, 18 tirs, on frappe la barre. On se demande comment on peut avoir plus d'occasions sur un match. Il n’a fallu qu’une erreur défensive pour qu’on perde 1-0.
Moi je dis toujours que l’entraîneur et son staff sont des créateurs d'opportunités. On est là pour mettre en place des choses pour que l'équipe se crée les situations de marquer des buts. Mais le geste de marquer, on ne peut pas le faire pour elles. Et ça devient inconcevable de se dire qu'il nous faut 30 situations dans un match pour en mettre une au fond.
Il y a donc une part de malchance qui permettrait d'expliquer l'inefficacité offensive et le manque de confiance qui va avec ?
Je n’aime pas parler de malchance. En tout cas, on a manqué de réussite certainement. Et on n'a peut-être pas fait à certains moments tout ce qu'il fallait pour la provoquer. Mais il n'y a pas eu que des bonnes performances mal récompensées. Ce serait trop facile de dire ça. Si on prend le match de Marseille à Geoffroy-Guichard par exemple, c'est une catastrophe d'un bout à l'autre.
Oui, c'était assez étonnant d'ailleurs, parce que tout était réuni pour que ce match se passe bien. Et ca finit en 0-4 largement mérité.
Voilà, je parlais d’une saison où ça ne tourne pas dans le bon sens, c’est un bon cas : l’OM ne va pas bien du tout, a des conflits internes, ils viennent de perdre leur entraîneur, c’est le meilleur moment pour nous de les recevoir. Mais l’annonce de l'arrivée de Corinne Diacre crée un déclic chez Marseille et nous, on fait une prestation catastrophique sans doute la plus mauvaise de la saison.
Malheureusement, on a souvent fait de bons matchs contre des équipes qui étaient compliquées, Lyon, Paris, Fleury… Mais notre saison ne se jouait pas là. Les matchs où on se devait de faire des grosses prestations, c’était contre Le Havre, Strasbourg, Marseille, Lens. Et c'est face à ces concurrents directs qu'on a eu du mal. Performer contre Lyon ou Paris, c’est bien mais en général, on perd quand même à la fin et cà fait zéro point.
Et bien justement, parlons de ce match contre Lyon, le retour à Décines. L’ASSE perd 4-0 avec un penalty en fin de match qui va déclencher ta colère. On comprend mal cet emportement à ce moment-là, car le match était déjà plié et que ce n’est pas infâmant de perdre à Lyon…
En fait, sur le coup, le pénalty m'énerve parce que sur cette action, il y a un jeu dangereux de Vicki Becho mais l’arbitre préfère siffler une main ultra-sévère. A Lyon, ca se produit souvent et c’est agaçant car les Lyonnaises n'ont pas besoin de ça. Elles sont déjà largement supérieures. Bref, je suis agacé mais çà en reste là. D’ailleurs, au coup de sifflet final, je vais voir les arbitres et je leur dis, sans animosité : "Franchement... le pénalty, c'est abusé" et la réponse de la 4e arbitre est lunaire. Elle me répond : "Monsieur Joseph, ne commencez pas. Ce n'est pas ce pénalty qui change l'issue du match"
Ce qui n'est pas faux en soi…
Bien sûr mais elle n'a pas le droit de me faire une telle réponse. Parce que ca veut dire qu’à 3 ou 4-0, on peut accepter une erreur. Nous, on essaye pendant 90 minutes de ne pas en prendre une pleine valise contre Lyon parce qu’un but, ca peut changer une saison. Il y a quelques années de ça, l’ASSE est descendue en D2 pour un but (ndp² : en 2016-17). Alors oui, un but, ça ne changera pas l’issue du match mais ça peut changer l'issue de la saison. Quand on joue le maintien, c’est quelque chose qui est très dur à entendre.
Pour autant, ça en reste là. Il n'y a rien de plus. Je retourne vers le vestiaire et Canal+ m'arrête pour une interview de bord terrain. Je fais mon interview en expliquant d’ailleurs que je ne m'exprimerai pas sur l'arbitrage pour éviter de prendre des matches de suspension. Parce que je sais que je suis agacé et je sais ce que je ne peux pas dire. Puis je rentre dans le tunnel et là il n'y a plus ni arbitre, ni joueuse. Il y a juste mon président Jean-Marc Barsotti, qui est tout aussi agacé et qui est en train de pester. Et c’est là, quand je le croise que j'ai des mots à l'encontre de l'arbitre. Mais je m'adresse à mon président.
Et il y a une caméra derrière ?
Non, il n'y a pas de caméra. Par contre, pas très loin derrière, il y a le délégué du match qui est là. Et lui, il entend mes propos. Dès que je le vois, je lui dis : "Pardon, monsieur le délégué, je suis désolé pour les propos, c'est grossier mais je m'adresse à mon président". Il me répond : "Ce que vous dites, ce n'est pas possible. Ce sera notifié dans le rapport".
Pourtant, dans le couloir, il n’y a que nous. Je ne suis pas en train d'agresser verbalement l'arbitre comme on a pu le voir encore récemment en Champions League. C’était une conversation privée. Sauf que derrière, mes propos sont très vite relayés dans la presse comme si je m'en étais pris verbalement à l'arbitre.
Ca n’a jamais été le cas ?
Pas du tout. Pas du tout. Le rapport se base sur une conversation qui a été surprise dans un couloir. Et ce n’est pas normal que ce rapport du délégué ait été communiqué aux médias. C'est censé être un document confidentiel. Bref, on rentre à Saint-Étienne. Le lundi, je n'en entends pas parler. Le mardi non plus. Vers midi, Yannick Chandioux est démis de ses fonctions à Montpellier et le soir, dans la foulée, je reçois un message du président qui m’annonce que je dois me rendre le lendemain à l'Étrat. A partir de là, je me doute de ce qui m’attend.
Je reçois mon courrier de mise à pied avec entretien préalable et dix minutes plus tard, je reçois un appel de L’Equipe qui a été informé par le club de ma mise à pied, qui a le rapport du délégué et qui veut connaître ma réaction. Je n’ai pas voulu m’étendre là-dessus mais j’ai trouvé cà très moyen de la part de la direction de passer l’info directement aux médias.
Deuxième partie à venir sur Poteaux-Carrés
Potins