Fan des Verts et des Boulonnais, le préparateur physique de l'USBCO Antoine Decaix est revenu pour nous des étoiles dans les yeux sur sa soirée d'avant-hier à Geoffroy-Guichard.


Je suis originaire de Boulogne-sur-Mer mais c'est à l'âge de mes 8 ans, en 2006, que j'ai assisté à mon premier match à Geoffroy-Guichard. J'étais en vacances dans la Drôme chez mes cousins, à Valence. Mon père est venu à table et m'a dit : « Antoine, tu veux aller voir quel match avec tes cousins aujourd'hui ? » Il y avait le choix entre Saint-Etienne ou Lyon. Je lui ai demandé là où il y avait le plus d'ambiance. Il m'a dit qu'il fallait aller à Geoffroy-Guichard. Après, tu es dans le Chaudron, il suffit d'avoir une petite écharpe autour du cou et c’est parti, tu es pris par l'ambiance. Mon père a connu l’épopée des Verts, l’équipe de 1976. Je me souviens que quand j’étais petit, alors que je ne connaissais pas encore Saint-Etienne, il me faisait écouter la chanson de Mickey 3D Johnny Rep. J’étais bercé là-dedans.

Antoine Decaix, à gauche sur la photo

Chaque année, je retournais dans le Chaudron sur la période du mois de mai, en fin de saison. Et je m'arrangeais à caler mes vacances avec mes parents dans le Sud pour faire un crochet par Saint-Etienne afin d’assister au premier match à domicile des Verts. Chaque année, je faisais ça. Mon premier match à Geoffroy-Guichard, c’était un Sainté-Sochaux. On avait perdu 2-1. Mais l’été d’après j’ai assisté à la victoire contre Valenciennes. Je me souviens qu’on avait gagné grâce à un doublé de Pascal Feindouno et que Bafé Gomis avait aussi marqué un but. En tant que Boulonnais, je suis aussi allé voir plusieurs fois les Verts à Lens, forcément ! Je me souviens d’être reparti d’un match à Bollaert en pleurant car on Lens nous avait remonté 3 buts. Je me demandais comment c’était possible.

A 14 ans, mes parents m'ont dit que je ne partirais pas en vacances avec eux mais que je partirais en stage tout seul comme un grand à l’ASSE. C’était super ! Le stage était à une trentaine de kilomètres de la gare de Châteaucreux. La direction du stage est venue me chercher la veille de mon départ. Elle m'a dit que comme j'avais un train tôt pour rentrer à Boulogne-sur-Mer, j'allais dormir au centre d’entraînement à L’Etrat. Le président de l’époque, Roland Romeyer, m'a fait rentrer dans son bureau. Il m'a donné un drapeau et un maillot, etc. J'ai croisé les joueurs pros qui étaient au repas. Ils partaient pour Rennes le lendemain.

Je suis un grand fan de Saint-Etienne. J'ai assisté à la finale de la Coupe en 2013, contre le Stade Rennais justement. Inoubliable ! Deux jours avant la finale, j’ai réussi à trouver deux places en me connectant sur Leboncoin. C’est une dame de Calais, situé à 30 km de chez nous à Boulogne, qui vendait ses places. L’ASSE, c'est un club qui a été important. Travaillant maintenant dans le foot, je porte un regard différent. Les Verts, c'est le club qui a bercé toute mon enfance. Par contre, je ne me considère pas comme supporter aujourd'hui. Un supporter, pour moi, c'est quelqu'un qui va au moins de temps en temps au stade pour soutenir son équipe. Aujourd'hui, le foot, c'est mon boulot. Je bosse pour Boulogne dont j’étais également supporter. Mais l’ASSE, ça reste un club qui m'est très cher aussi.

Quand j’étais plus jeune, j’avais deux clubs de cœur en fait : Boulogne et Sainté. Comme je suis de Boulogne, je suivais l’équipe de ma ville mais à l’époque on était en CFA. J'allais voir les entraînements des joueurs. Je faisais même les épopées en Coupe de France avec mon père, il m’emmenait voir des matches au stade de la Libération. J'ai fait une licence de STAPS, un master en préparation physique. J'ai cherché des stages. Je me suis dit « pourquoi pas taper à la porte de Boulogne ». Ils m'ont pris en stage la première année. Après, j'ai commencé avec l'équipe réserve. C’est d’ailleurs-là que j’ai commencé à travailler avec Fabien Dagneaux.

En National 3, j'ai fait une saison en préparation physique. L'année suivante, je suis monté en 2019. Chez les pros directement en National. Ça fait aujourd'hui 8 ans que je suis préparateur physique de mon club. Ce qui s'est passé samedi dernier, c'était grandiose pour moi. J'avais l'impression que c'était mon anniversaire. J’ai reçu une tonne de messages. Les gens savent mon attachement à Saint-Etienne et mon attachement pour Boulogne. Vivre de l’intérieur ce match entre l’ASSE et l’USBCO… Je n'ai pas peur de le dire, j’ai vécu l’un des plus beaux jours de ma vie. L'émotion a été... waouh ! J’ai bien su gérer cette vive émotion.

Pour faire abstraction du contexte, j’ai demandé à l'intendant du club de l'aider. Lui, il vient 4h30 avant le match. Nous, avec le staff et les joueurs, on arrive à 1h30 avant le match. Au lieu de faire ma sieste à l'hôtel, je me suis dit, il faut que j'aille à Geoffroy. Il faut que j'aille me poser là-bas. Pour ne pas être dans l'émotion avec les joueurs. Du coup, ça m'a fait un bien fou. J'ai retrouvé mon « jardin ». J’avais trop hâte d’arriver à Geoffroy ! Je me suis posé sur le banc. Et là, je me suis dit « c'est quelque chose ». J’avais besoin d’arriver au stade très tôt. J'avais cette excitation en moi. Ça m'a fait du bien de venir en amont à Geoffroy pour prendre mes marques.

Quand je suis arrivé avec l’intendant dans le vestiaire visiteurs du Chaudron, il n’y avait que des supporters stéphanois dedans car il y avait une visite du stade qui était organisée. C’était sympa, j’ai échangé avec pas mal de fans des Verts. Ils ont dit : « oh putain, c’est Boulogne, ce soir il faut que vous perdiez, on a besoin de points !» On a rigolé, on leur a dit que nous aussi on avait besoin de points. Je leur ai dit : « vous savez, je suis supporter de Sainté mais je suis le préparateur physique de Boulogne. Je reste focus sur mon équipe car le petit gamin que j’étais était supporter de Boulogne aussi. »

Evidemment à l’approche du match je me suis focalisé sur mes missions au sein du staff boulonnais. Cela fait maintenant deux ans et demi que Fabien et Anthony ont repris l'équipe et ça fonctionne super bien. On s'est sauvés de la N2. L'année suivante, on monte de N2 à N1. L'année suivante, on remonte de N1 à Ligue 2. C'est un club très familial, Boulogne. C'est un club qui ne se prend pas pour un autre. Il n'y a pas de stars chez nous. Par contre, ça avance main dans la main. C'est très fiable comme club. Tous les gens du club sont très soudés.

Notre staff est beaucoup moins étoffé que des gros clubs pros mais très uni. Il y a bien sûr le coach Fabien Dagneaux, son adjoint Anthony Lecointe qu’on appelle « Ti’Mousse ». Hugo Stevenard, l’entraîneur des gardiens. Amaury Watine, notre analyste vidéo et moi, en charge de la préparation physique. Il y a aussi le kiné et le doc qui nous accompagnent. On était tous impatients de venir dans le Chaudron. Et que dire des joueurs ! Ils étaient excités à l’idée de venir jouer à Geoffroy. Qui ne le serait pas ? C’est Disneyland pour eux. Cela nous galvanise des ambiances comme ça. C'est pour ça que tu fais ce métier-là. C'est pour ce genre de moment.

Moi, j'avais ma famille qui était là. Ça m'a forcément fait quelque chose. Cet aspect-là est assez émotionnel. Forcément, les chants, l'ambiance, c'était incroyable. Mais par contre, on a ouvert le score assez rapidement. Ça a un petit peu éteint l'ambiance. L'ambiance à l'échauffement, c'était magnifique. Quand tu es en tribune, tu n'as pas la même sensation que quand tu es sur le terrain. Quand tu es sur le terrain, tu ressens une atmosphère. Tu es porté en fait ! Il y a quelque chose. Le contexte de ce match était très particulier car on savait que c’était le dernier match d’Eirik Horneland. Mais le public a quand même poussé, parfois avec un humour teinté d’ironie au fur et à mesure que le match avançait et que notre succès se dessinait. « Saint-Etienne Coupe d’Europe », « Ce soir on va gagner grâce à Monnet-Paquet ». Je les connais ces chants-là, c’était sympa ! (sourire)

Je suis quand même resté focus sur le match, dans ma bulle tout en profitant sur quelques instants. Sur une touche, par exemple, tu regardes le kop, tu regardes ce qu'il se passe, etc. Sur un changement, des choses comme ça. Par contre, après, tu vis le match à 100%. Tu ne peux pas rester spectateur parce que derrière, je dois échauffer les gars. Je dois gérer aussi tout ce qui est relation avec le staff pour savoir si on va faire des changements, etc. Je répète comme un musicien mes gammes, ma partition. C'est quelque chose d'automatique. Je suis assez fier de moi dans le sens où j'ai bien géré ce côté émotionnel.

Plus globalement, on a bien abordé la rencontre. Je me suis assuré qu’on soit prêt physiquement car c’est mon job mais on a bien préparé ce match aussi tactiquement et mentalement. On sait que le mental est un paramètre important dans le sport de haut niveau et vu les dynamiques des deux équipes et le contexte particulier de cette rencontre, on voulait prendre l’ascendant, faire mal aux Verts d’entrée. C’est ce qu’on a su réaliser en ouvrant le score assez rapidement.

On s’était dit : « les gars, il faut les faire douter le plus vite possible. Et si on les fait douter, ils vont s'embrouiller entre eux ». Parce que ça, tu le vois. Il y a des joueurs qui s'embrouillent entre eux. On a fait le plan parfait, j'ai l'impression. On les a fait douter. Et indirectement, le public les a suivis un petit peu. Mais à un moment donné, ils en ont eu ras le bol et ça s'est senti dans le stade. C'est pour ça que l’ambiance est un peu redescendue. Quand t’es supporter, ce n’est jamais plaisant de voir ton équipe concéder rapidement l’ouverture du score et courir après en infériorité numérique.

Mais je pense que Sainté est tout à fait à même de rebondir après cette défaite. Le classement reste assez serré là-haut, il n’y a pas de gros écarts. Par contre, je pense que le nouveau coach aura un gros travail mental à faire avec les joueurs, dans le sens où tu sentais des mecs abattus. Pour aller chercher la montée, il faudra avoir un autre état d'esprit. Après, je ne leur donne pas de leçons, hein ! Mais de ce que j'ai vu, de ce qui se dégage, même en échangeant avec des joueurs de Saint-Etienne à l’issue du match... Il faut que leur état d'esprit se mette en mode commando pour monter !

Je pense que ce changement de coach peut servir d’électrochoc. Je pense que les joueurs vont entamer un nouveau cycle, que ça va repartir de plus belle, dès samedi contre Montpellier qui aura joué trois jours avant en Coupe de France à Nice. Le clin d’œil sympathique c’est de voir que Philippe Montanier a été nommé entraîneur des Verts. Il nous a fait monter à Boulogne, je m’en souviens bien. J’étais comme un fou à la Libé avec mon père aussi. Parce que suis supporter de Boulogne aussi !

Philippe Montanier a eu a des bons résultats par où il est passé. Il n'y a pas de raison que Saint-Etienne ne monte pas en Ligue 1. Ma priorité, ça reste que Boulogne se maintienne. Concernant les Verts, il y a une part de moi qui me dit que j'aimerais bien qu'ils restent en Ligue 2 comme ça si on se maintient, j’aurai encore l’immense plaisir de revenir à Geoffroy. Mais par contre, ça, c'est le côté égoïste. Et comme je ne suis pas égoïste, je souhaite bien sûr aux Verts tout le bonheur du monde. Un club comme Saint-Etienne, ça doit être dans le top 5 de la Ligue 1. Les revoir en Ligue 1 dès la saison prochaine, ce serait magnifique. L'année où on monte de N2 à National, Saint-Etienne est monté de Ligue 2 à Ligue 1 après ce stressant barrage retour à Metz. L'année où on descend de National à N2, Saint-Etienne descend dans la même année. Donc j'ai l'impression qu'on a été connectés avec ce club (sourire).

Moi, je pense sincèrement que Saint-Etienne, ça devrait être un club comme Lens, avec la même intensité. Nous à Boulogne, on n’est pas riche, on n’est pas Lyon ou Lille mais on se bat avec nos armes. Saint-Etienne, j'ai l'impression qu'ils ont perdu un petit peu ça. Ils ont perdu un petit peu cet aspect bagarre. Normalement, ça doit être très dur de venir s'imposer à Geoffroy-Guichard quand t’es un adversaire des Verts. Samedi soir, on n'a pas senti ça. On n'a pas senti ça du tout. Il faudrait que les Verts retrouvent une âme. C'est un club qui mérite de retrouver la Ligue 1 mais par contre, il faut qu'il s'en donne les moyens. Parce que la montée, ça ne viendra pas tout seul.

 

Merci à Antoine pour sa disponibilité