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Aussi appelé le "Zidane africain", Pascal Feindouno est aussi élégant aujourd'hui à la ville, qu'il ne l'était à l'époque sur un terrain de football...


Surnommé Le Maestro, ou encore La Gazelle de Guinée, Pascal Feindouno est né le 27 février 1981 à Conakry, en Guinée. Il est l'aîné d’une fratrie de trois frères et une sœur. Il perd sa mère très jeune et est  élevé par son père enseignant qui pousse ses trois fils Pascal, Benjamin et Simon à jouer au football pour "s'en sortir". Les trois deviendront footballeurs professionnels.
Dès l’âge de 8 ans, Pascal frappe dans son premier ballon mais c’est à 12 ans, alors qu'il joue au foot avec les jeunes du quartier Bonfi à Conakry, qu’il est repéré par Amadou Diaby, lequel par la suite deviendra son conseiller et manager.
Il fait ses débuts dans le club des Hirondelles de Guinée lors de la saison 1994-95, puis au CIK (Club Industriel de Kansas) à Conakry de 1995 à 1997.


Pascal, Benjamin et Simon, trois frères avec de l'or dans les pieds

A 16 ans, Pascal quitte la Guinée pour la France avec son frère Benjamin. Il est attendu dans le Pas-de-Calais pour un essai au RC Lens, lequel s'avérera concluant. Mais Féfé ne supporte pas la rudesse du climat local et préfère rejoindre les Girondins de Bordeaux avec qui il remporte le championnat de France U17.
Forcément, une entrée en matière aussi tonitruante ne passe pas inaperçue aux yeux de l'entraîneur principal des Girondins, Elie Baup, qui le remarque et le prend rapidement sous son aile. Pascal s'entraîne alors régulièrement avec Ulrich Ramé, Ali Benarbia, Johan Micoud, Michel Pavon, Lilian Laslandes, Sylvain Wiltord et les autres pros, tout en jouant le week-end avec l’équipe U17.
De tous ces illustres footballeurs, l'un d'eux marquera particulièrement le jeune Feindouno: "Je venais d'arriver et quand j'ai vu Jean-Pierre Papin, j'étais surpris parce que c'était le même que je voyais à la télé en Guinée et il était en face de moi. Après les entraînements, je restais avec lui pour travailler mes centres. Il faisait reprises de volée, bicyclette... Sur 10, il réussissait 8 fois. C'était de très bons moments"

Mais Papin quitte Bordeaux à l'été 98, ce qui n'empêche pas Feindouno de taper à la porte de l'équipe première. Jusqu'au 12 décembre 1998, où Elie Baup lui offre sa première apparition en match pro. C'est un Bordeaux-Le Havre au Parc Lescure au cours duquel il entre à l'heure de jeu et qui se solde par une victoire 3-0. A 17 ans, Pascal Feindouno intègre définitivement un groupe professionnel dont il est alors de loin le plus jeune joueur.


Le jeune Pascal débute en pro durant la saison 1998-99

Il faut toutefois attendre l'ultime journée du championnat pour que le jeune Guinéen fasse vraiment parler de lui. Et de quelle façon !
En ce 29 mai 1999, le Parc des Princes est rempli de plus de 45000 personnes pour la réception des Girondins. Ces derniers luttent à distance avec l'Olympique de Marseille pour le titre de champion. A la 85e, l'OM mène 1-0 à Nantes et Bordeaux est tenu en échec 2-2 face au PSG.
Elie Baup n'a plus le choix: il doit tout tenter pour l'emporter etêtre sacré. Il sort LAssina Diabaté et lance son protégé Feindouno dans la mêlée. Quatre minutes plus tard, ce dernier est lancé en profondeur par Lilian Laslandes et s'en va inscrire le but de la victoire... et du titre !
Jamais dans l'histoire de la Première Division, le champion n'aura été décidé aussi tardivement. A 18 ans, Pascal Feindouno explose aux yeux de la France du football. Les Bordelais ne le remercieront jamais assez, les Marseillais le maudiront pour l'éternité.


Premier but, premier titre, on a connu pire début de carrière !

Pour autant, malgré ses qualités évidentes, Féfé a du mal à s'imposer sur le long terme dans l'effectif des Girondins de Bordeaux. Son jeu n'est pas encore assez musclé pour qu'il prétende à une place de titulaire dans ce qui est désormais l'équipe à battre, y compris sur la scène européenne. Après une saison blanche, Élie Baup décide de l’envoyer en prêt au FC Lorient à l'été 2001.
Ce qui peut ressembler à un désaveu va finalement être sa grande chance: à Lorient, aux côtés de Jean-Claude Darcheville, un grand frère avec lequel il sera complémentaire sur le terrain, Feindouno joue beaucoup (39 matches), marque souvent (8 buts) et surtout remporte la Coupe de France, en battant Bastia 1-0 en finale. De quoi largement atténuer la déception de la relégation du FC Lorient en D2 et de la défaite en finale dans l'autre Coupe nationale, celle de la Ligue face à... Bordeaux (défaite 3-0).
A l'issue de la saison, toujours flanqué de son copain Darcheville, Feindouno revient en vainqueur à Bordeaux, Elie Baup ayant bien l'intention de profiter des automatismes entre les deux joueurs sur le terrain.


Feindouno est un acteur majeur de la Coupe de France décrochée par Lorient

Toutefois, alors que Féfé a toujours joué attaquant, le technicien à la casquette a une autre idée en tête: avec Christophe Dugarry, Jean-Claude Darcheville et le Portugais Pauleta, l'attaque girondine est déjà trop bien garnie. Aussi, la technique impressionnante de Feindouno en ferait un excellent pourvoyeur de ballons pour ses deux amis buteurs. Lors des deux saisons suivantes, le Guinéen recule donc d'un cran et devient ainsi meneur de jeu attitré des Girondins, régalant ses buteurs de centres et de passes millimétrées. Malgré le limogeage d'Elie Baup, remplacé par Michel Pavon,  Féfé conserve sa place de titulaire tout en inscrivant une vingtaine de buts.


Féfé-Darcheville: un duo au stade comme à la ville

Mais l'heure de Bordeaux est passée et celle de l'OL est venue. Incapable d'empêcher le club lyonnais de décrocher ses premiers titres, Pascal Feindouno sent qu'il arrive en fin de cycle avec les Girondins. Il se cherche un nouveau challenge et, ô surprise, son mentor Elie Baup le sollicite à Saint-Étienne, où il vient tout juste de débarquer en lieu et place de Frédéric Antonetti.
En plein mois d'août 2004, Pascal Feindouno est prêté au club stéphanois avec une option  d’achat de 3M€. Les Verts, champions de L2 et tout juste promus en L1, ne savent pas encore qu'ils viennent de signer le recrutement de l'année.
Car le Guinéen va faire les beaux jours des Verts durant 4 saisons accomplies, marquant de son empreinte l’histoire de l'AS Saint-Étienne grâce à un talent exceptionnel balle au pied, une vision de jeu hors-pair, une facilité déconcertante à enflammer Le Chaudron et... une désinvolture désarmante !


Dès sa première saison dans le Forez, Feindouno inscrit des buts
superbes comme ici à Marseille

Saison 2004-05: Sa première  apparition dans l’équipe a lieu à Geoffroy Guichard le 21 août 2004 contre le RC Strasbourg mais il inscrit son premier but le 18 septembre à Ajaccio (1-1). Le 6 novembre 2004, il réalise son premier doublé pour l'ASSE, face à l'OGC Nice lors d'une rencontre qui voit commencer une série d'invincibilité des Verts à domicile de 1534 minutes. Durant les 40 matches qu'ils dispute au cours de la saison, Féfé inscrit 14 buts, dont quelques authentiques bijoux, et il participe activement à la belle 6e  place du club en fin de saison.

Saison 2005-06: Cette deuxième saison sera beaucoup moins prolifique puisque Feindouno l'achève avec seulement 4 buts au compteur. L'hiver forézien gèle son enthousiasme et le courant passe mal entre Pascal et les Ultras, ces derniers commençant à lui reprocher trop de temps passé en boite de nuit: "Je me souviens d’une banderole déployée par les supporters: ‘Pascal, les bars de Sainté te regretteront, pas nous !’ Je l’ai découverte en sortant du vestiaire. Je ne pouvais pas la rater. Je l’avais juste en face de moi dès que je levais la tête. Je me suis dit: ‘Là , c’est foutu !’ C’était la guerre avec eux. La haine même. mais ça m’a donné de la force.


On pardonnera l'attaque ciblée mais pas la petite faute de conjugaison

Saison 2006-07: Élie Baup a été remplacé par Ivan Hasek et le jeu des Verts s'en ressent. Pascal Feindouno retrouve alors son excellent niveau dans une équipe plus portée sur l’attaque. Malgré le départ de Frédéric Piquionne au mercato d'hiver, son entente avec le Brésilien Ilan fait des étincelle et il marque 9 buts en 37 rencontres. En fin de saison, il prolonge son contrat jusqu’en 2011, après avoir toutefois envisagé de signer dans un club saoudien. 

Saison 2007-08: Après un début de saison difficile, Feindouno dispute la CAN durant l'hiver et atteint alors les quarts de finale. Il en revient transformé et termine la saison en boulet de canon avec 8 buts inscrits en 34 rencontres, permettant à l'ASSE de décrocher la 5e place  et de retrouver l'Europe après 26 ans d’absence.

Mais contre toute attente, c'est à ce moment là que le fantasque Guinéen va jouer la fille de l'air, tournant le dos à son destin européen. Il participe à toute la préparation, dispute 6 rencontres et inscrit même deux buts en début de saison mais bien après la clôture du mercato estival, il signe à Al Sadd, un club de Doha au Qatar. A une époque où ce petit pétrolier n'a pas encore pignon sur rue en France et où les clubs qui le courtisent se nomment Barcelone, Liverpool ou la Juventus Turin, ce choix interroge. Ne serait-il motivé que par l'argent ? Feindouno ne s'en cache pas: "Mon choix est principalement financier. On travaille tous pour l’argent, non ?"
Tandis que le club stéphanois empoche une somme rondelette de 8M€ (tout en rajoutant le Brésilien Nivaldo dans la transaction pour éviter de payer une commission aux Girondins de Bordeaux), le public stéphanois commence à regretter l'inconstant Guinéen qui, malgré plusieurs semaines d'hibernation, pouvait faire basculer une rencontre d'un geste génial et imprévisible dont lui seul avait le secret.
En 4 saisons et des poussières, la gazelle de Guinée aura disputé 150 rencontres et inscrit 37 buts toutes compétions confondues.

Féfé inscrit son tout dernier but en Vert à Tel-Aviv en C3

Départ pour le Golfe donc ! A Doha où il retrouve son ancien coéquipier Matt Moussilou, Féfé a la vie facile: il est largement au dessus de ses adversaires et n'a pas à forcer son talent. Il inscrit 12 buts en 26 matches mais échoue à décrocher un nouveau titre, Al-Sadd terminant second du championnat. La saison suivante, il est prêté au club concurrent d'Al-Rayyan où il dispute 14 matchs et marque 5 buts .Le club termine cinquième du championnat.

En janvier 2010, Feindouno part de son club pour celui d’Arabie Saoudite Al Nassr où il maintient son rythem d'un but tous les deux matches mais il n'y reste que 6 mois. Féfé est gourmand, pas toujours irréprochable sur son hygiène de vie et son club le prête à nouveau, mais cette fois à Riyad en Arabie Saoudite, dans le club d'Al-Nasr. Il résilie son contrat avec Al Rayyan en novembre 2010 après s'être très mal acclimaté à l'austère mode de vie saoudien.


Feindouno joue pour l'argent mais celui du Golfe ne fait pas le bonheur

Nous sommes donc en janvier 2011 et comme de nombreux professionnels partis vivre le rêve arabique, c'est le retour en Europe. Mais qui voudra d'un joueur ayant pantouflé dans le Golfe durant plus de deux ans, même génial balle au pied, sinon un club fortuné n'ayant pas peur de relancer de vieilles gloires ?
La réponse est toute trouvée: à la dernière minute du mercato d'hiver, Pascal Feindouno s'engage pour 6 mois à l'AS Monaco. Sans grande surprise, l'aventure est un fiasco: rapidement jugé hors de forme par le staff technique monégasque, Féfé ne dispute que 5 matchs sur le Rocher sans marquer de but. Cerise sur le gâteau, l'AS Monaco est relégué en  L2 en fin de saison...

Ne voulant pas jouer en L2 et avec un salaire de toutes façons trop élevé pour le club, Feindouno fait à nouveau ses valides et les pose dans le Valais, après un essai concluant au FC Sion. En Suisse, Féfé retrouve Laurent Roussey dont la séparation 3 ans plus tôt avaiut provoqué leur chute commune. Et les choses ne vont guère s'arranger: après 6 mois seulement, Feindouno voit son équipe être sanctionnée d'un retrait de 36 points par la fédération suisse pour une histoire de contournement de réglementation. Plus que frustré par la poisse qui le pourduit, Feindouno résilie son contrat avec Sion.


Feindouno à Sion lors d'un match amical contre... le PSG

La suite sera rock‘n roll: en août 2012, il signe un contrat avec le club turc d'Elazigspor où il joue 11 matchs pour 2 buts marqués. Puis contre toute attente, il revient en Suisse la saison suivante, au Lausanne-Sport pour 18 rencontres. Le 18 mai 2014, en plein match face au FC Bâle, Féfé est victime d'un malaise cardiaque et est admis à l’hôpital de Lausanne où il est opéré. Les médecins lui installent un stent biodégradable afin d'élargir l’artère bouchée par des années d'excès en tous genres.
Mais celà n'arrête pas le fantasque Guinéen et après deux ans de repos, Feindouno tente un come-back à Sedan, promu en National 5, mais le CSSA renonce à le faire signer, les examens cardiaques n’offrant pas toutes les garanties pour son intégrité physique. Des scrupules que n'aura pas le FK Atlantas, en Lituanie, qui signe le joueur de 35 ans en 2016. A Klaipéda, Féfé dispute les 3 dernières rencontres de sa carrière avant de se faire une raison et de raccrocher les crampons.
Durant toute sa longue et houleuse carrière en club, le "Zidane Black" aura disputé 416 rencontres et marqué 99 buts.

La carrière de Feindouno en un clin d'oeil

Je dis bien en club car Pascal Feindouno fut également un joueur-clé en tant que capitaine du Syli Nationale de GuinÄ—e, et ce dès ses débuts professionnels en 1998. Considéré comme une légende dans son pays, il est à la fois le deuxième meilleur buteur (30 réalisations) et le deuxième joueur le plus capé (85 sélections) de la sélection guinéenne. Avec le Syli national, il participe à 4 CAN, n'y parvenant toutefois jamais à dépasser le plafond de verre des quarts de finale.
En parallèle, alors qu'il est à peine âgé de 24 ans, il fonde son propre club de football à Konakry, le FC Feindouno, dont il sera longtemps le président.


Feindouno lors du Ghana-Guinée de la CAN 2008

Revenu vivre à Saint-Étienne à l'issue de sa carrière, il multiplie les apparitions dans les petits tournois locaux ou lors des évènements rassemblant les Anciens Verts. Si son frère Simon n'aura jamais pu évoluer au plus haut niveau (essentiellement à Lens et Istres) et aura surtout fait carrière dans le Golfe, son autre frère Benjamin aura surtout marqué le football vendéen, entre le Poirée-sur-Vie, Luçon et La-Roche-sur-Yon où il perdra la vie en 2025.

Converti à la religion musulmane sous le nom de Mohamed Lamine Feindouno par amour pour sa femme, Pascal Feindouno n'aura jamais renié sa philosophie: le football, c'est avant tout prendre du plaisir.
Hérita Ilunga, son ancien coéquipier racontait que Pascal Feindouno "avait reçu un petit flacon de rhum de Martinique. Il l’avait mis dans son casier et avant chaque entraînement, il prenait une gorgée, tranquille". Un moyen comme un autre de lutter contre les rudesses de l’hiver dans le Forez.


Encore aujourd'hui, Féfé est toujours sapé comme jamais

Grand amoureux de la fête et plus encore de la danse, comme un certain Alex avant lui, Féfé ne se posait guère de question quand venait le soir, quitte à prendre un avion pour apparaître en boîte de nuit deux heures après un coup de sifflet final de l'autre côté de la France. Certains établissements du Parc Giron à Saint-Étienne se rappellent surement encore de lui: "Je n'avais pas un pas de danse en particulier, mais je sais que j'étais un bon danseur, d’ailleurs je suis meilleur sur une piste de danse que sur un terrain de foot, on ne  dirait pas comme ça, hein. J'étais très très fort ! Quand je fais mes dribbles déhanchés, mes dribbles chaloupés, ça c'est la danse. Contrôle orienté, tout ça c'est la souplesse".

Toute une philosophie de vie pour celui qui fit vibrer le Chaudron durant 4 saisons et que le Peuple Vert n'est pas prêt d'oublier. Après tout: "C'est le football !"