L’été est là. La saison des possibles. La machine est tout de même sacrément bien foutue.
C’est vrai. D’où vient qu’on finit toujours par envisager la suite avec gourmandise ? Pourtant c’est pas si vieux, Nice. Les espoirs et le feu du Chaudron puis la faillite et le triste silence 3 jours plus tard. Comme (trop) souvent, on a bouclé la saison dans un nuancier moral qui va de la lassitude à l’humiliation, de la colère à la dépression. Et pourtant, l’effet des beaux jours un peu, la perspective des vacances aussi, ce goût de renaissance qu’offre la perspective d’une nouvelle saison, plus sûrement, et nous voilà prêts à gober toutes les promesses.
Par quel réflexe salutaire finit-on toujours par s’enthousiasmer pour des noms jusqu’ici inconnus des plus fins observateurs ? Les forums n’étaient alors que de pierre et en ruine, mais les plus anciens se rappellent avoir salivé quand Benny Nielsen s’engageait à l’été 81 après avoir secoué toutes les défenses belges. D’autres ont fantasmé sur le soulier d’or de Georgi Slavkov en juillet 86, et leurs descendants imaginaient 15 ans plus tard continuer à danser la samba alexienne avec Rodrigao.
La liste est longue, et puisqu’on en est à namedropper à tout va, on se remet vite les pieds sur terre en se souvenant qu’on s’apprête dès août à rendre visite à Francis, Gaston, Auguste, Gérard, Paul, Marcel cette saison. Oui les stades de Ligue 2 ont parfois des tribunes, et souvent des noms, évoquant le paternalisme du foot du début du siècle dernier. Ils ont au moins ce bon goût de nous offrir une madeleine, rassie certes, mais madeleine tout de même, un souvenir de multiplex pour les uns, un déplacement d’antan pour les autres.
Au-delà de la madeleine, ces noms qui fleurent bon la 3ème République traduisent cruellement notre déclassement. Les mauvaises langues ajouteront que le logo sur le ventre des joueurs en est la touche finale. Les autres, plus romantiques, se nourriront de ce mélange de fierté et de nostalgie, éternel carburant favori du peuple vert.
Où me situe-je en cet étouffant mois de juillet ? J’ouvre les yeux, et réalise que les Verts entrent dans leur 4ème saison en Ligue 2 sur les 5 dernières. Je les referme en imaginant que Breum sera le leader technique d’une armada qui imposera sa loi jusqu’en mai 2027. Je les rouvre en imaginant que Stassin et Davi traineront les pieds jusqu’à ce qu’enfin la porte leur soit ouverte fin août tandis que leur successeurs, chargés de ramener les Verts dans la 1ère moitié du classement, découvriront la pression d’un Chaudron retrouvant ses kops en colère début septembre. Je les referme encore, fantasmant cette fois à la perspective de ne plus avoir à faire le (Joshua) tri entre les fulgurances et les absences de Duffus.
Jour nuit, jour nuit. Au fond je n'ai qu'une certitude, celle qu'on a tout déjà vu, et qu'on n’a pas toujours vaincu, mais que de tout on est revenu.
Parce que l’incertitude est la nature même de la compétition et qu’elle est par essence excitante. Parce qu'elle est souvent surprenante au point de décommander crique et champagne pour lui préférer en mai dernier rillette et andouillette, parce qu’il serait bien impoli d’en faire pour autant des tartines de pessimisme alors qu’on n’a pas encore paumé un match, parce que la fameuse routourne va bien se décider à tourner enfin, et puis d’abord et avant tout parce qu’on sera toujours là,
Voilà l’été et allez les Verts !
Potins