Entre Poteaux, c'est un format qui est à la fois un hommage et le descendant spirituel du légendaire Mastres & Compagnie! Retrouvez à chaque épisode un membre de notre communauté qui partagera ses anecdotes et son histoire au travers d'un entretien intimiste. Pour cet épisode Hors Série, nous recevons YACINE pour un entretien XXL, avec qui on décortique en détails la saison qui vient de s'écouler, et qui nous livre sa vision sur l'avenir. Bonne lecture !
Poteaux-Carrés : Salut Yacine ! Quelle saison on a vécu… Prêt à nous livrer ton analyse toujours pertinente sur cette dernière année, et un peu plus ?
YACINE : Salut ! Oui, c’est parti. Au préalable, mes propos seront mon ressenti personnel en essayant de mettre un maximum de recul. Je ne veux pas être dans une posture de donneur de leçons mais plutôt retranscrire ma vision de ce que doit être un club de foot et surtout celui que je supporte. (sourire)
Partie 1 – Les entraîneurs
Poteaux-Carrés : C’est parfait ainsi ! Commençons par évoquer les coachs : quel bilan tires-tu de la saison d’Eirik Horneland ?
YACINE : Quand Horneland arrive, l’idée est claire : installer un football identifiable, intense, avec un pressing fort et une philosophie moderne. Sur le papier, ça pouvait séduire. Mais très vite, j’ai eu des doutes. Je trouvais son approche très dogmatique. On sentait qu’il avait un logiciel très rigide : son 4-3-3, ses principes de jeu, son pressing… mais peu d’alternatives. Le problème, c’est qu’en Ligue 2, ça ne suffit pas. Son football était très énergivore et finalement assez simple à contourner tactiquement une fois que les adversaires avaient compris les mécanismes.
J’ai aussi eu la sensation qu’il ne maîtrisait pas totalement le contexte dans lequel il arrivait. Il semblait penser qu’avec une bonne préparation physique et quelques automatismes, ça allait naturellement fonctionner. Mais la Ligue 2, c’est un championnat particulier : des blocs bas, des équipes revanchardes, beaucoup d’intensité mentale. Et surtout, je pense que son management humain n’a pas été sa grande force. Il s’est vite concentré sur un petit groupe de 13-14 joueurs, qu’il a d’un côté mis dans un fauteuil, et de l’autre beaucoup exploité physiquement. Et il a perdu les autres en route.
Poteaux-Carrés : Était-ce selon toi une bonne ou une mauvaise décision de le garder après la descente ?
YACINE : Je peux comprendre la logique de KSV. Ils avaient installé un entraîneur en cours de saison, avec l’idée d’un projet à moyen terme. Le virer immédiatement après la descente aurait été reconnaître un échec très rapide, et ils ne semblaient pas enclins à le faire.
Mais personnellement, j’étais déjà dubitatif sur sa capacité à faire progresser le groupe. Ses limites tactiques sont apparues très vite, et surtout ses limites managériales. Pour moi, le vrai problème vient aussi du fait que KSV semblait davantage séduite par la forme du projet que par le fond. Il y avait un côté très “marketing” : un entraîneur étranger, une identité de jeu forte, une communication moderne… Mais derrière, j’ai parfois eu l’impression qu’on considérait presque la Ligue 2 comme un championnat secondaire, un laboratoire, en pensant que l’argent et quelques individualités suffiraient. J’ai le sentiment qu’on n'a pas recruté selon le type de jeu de l’équipe et des spécificités de la Ligue 2. On a oublié que chaque match de L2 était le match de l’année pour l’équipe adverse. On a vu le résultat.
Poteaux-Carrés : Le timing de son remplacement, en février, était-il bon ?
YACINE : Non, je pense qu’on a trop attendu. À ce moment-là, il avait déjà montré beaucoup trop de limites. Son équipe ne progressait plus, les automatismes censés régler tous les problèmes ne fonctionnaient pas, et même lui semblait avoir perdu ses convictions. Selon moi, il aurait dû partir après la défaite 4-0 à Annecy.
J’ai surtout eu l’impression que les dirigeants ont refusé trop longtemps de reconnaître leur erreur. Ils ont continué à croire qu’il allait finir par relancer la machine, mais le rebond n’est jamais arrivé. L’autre point qui m’interpelle, c’est d’avoir fait coacher Horneland sur ce dernier match contre Boulogne alors qu’il était déjà partant. C’est une gestion que je ne comprends pas, on aurait pu mettre un autre entraineur ou un adjoint sur le banc, ça n’aurait pas été pire.
Poteaux-Carrés : Horneland est-il le seul fautif de son échec ?
YACINE : Non, clairement pas. L’effectif avait aussi énormément de limites. Mais surtout, je pense qu’il n’y avait pas d’esprit de corps dans cette équipe. On avait une somme d’individualités, pas une vraie équipe. Les fameux “trois fantastiques” devant ont parfois gagné des matchs sur leur talent, mais collectivement il ne se passait pas grand-chose. Quand le bateau tanguait, personne ne parvenait à remettre le groupe dans le bon sens. Et puis il y avait aussi une forme de suffisance globale au club. Certains joueurs semblaient persuadés d’avoir déjà le niveau Ligue 1, comme on l’a notamment entendu chez certains joueurs comme Jaber il me semble, après le match de CDF à Nice ou Bernauer expliquant que le gap Ligue 1 / Ligue 2 n’avait pas été vu au match aller du barrage contre Nice.
Cet état d’esprit a fait beaucoup de mal, il faut quand même rappeler qu’on a perdu ce match en Coupe de France face à une équipe sous l’eau qui avait 14 absents ce soir-là et au retour battu de nouveau par une équipe épuisée par une saison à plus de 50 matchs. Mais je pense que c’est très révélateur de l’état d’esprit de certains joueurs qui se voient plus beaux qu’ils ne le sont réellement. La formule « suffisant et insuffisant » correspond à l’ensemble des strates du club.
Poteaux-Carrés : Philippe Montanier était-il le bon choix pour le remplacer ?
YACINE : Moi je l’aurais pris. Parce qu’à ce moment-là, il fallait quelqu’un qui connaisse parfaitement la Ligue 2, qui avait travaillé avec la data au TFC, capable de remettre du cadre, de recréer du collectif et de simplifier les choses. De plus, il connaissait l’environnement stéphanois. Horneland était dans une logique très théorique. Montanier, lui, ramenait quelque chose de plus pragmatique, c’était un choix qui me paraissait cohérent.
Poteaux-Carrés : Quel regard portes-tu sur ses quatre mois au club ?
YACINE : Il a essayé de remettre de l’ordre dans beaucoup de choses. Mais il récupérait une équipe mentalement atteinte, sans cohésion réelle, avec des joueurs qui avaient perdu confiance, des automatismes très fragiles, et un physique largement entamé par la préparation et le jeu très énergivore déployé sur les 6 premiers mois. Pas très convaincu par le travail de la cellule de performance, nous semblions bien plus fatiguées que nos adversaires niçois malgré une quinzaine de matchs en moins au match retour.
Je pense que Montanier a surtout permis de remettre un peu de bon sens footballistique et humain dans le quotidien, mais ça n’a pas suffi. Ce qui m’interpelle surtout dans son bilan, c’est qu’il est quasiment similaire quantitativement à celui d’Horneland quand on prend du recul : une série de 9 matchs sans défaite, beaucoup de victoires mais pas toujours facilement, avant qu’un grain de sable ne vienne enrayer la machine et que l’équipe enchaine les contre-performances. C’est quand même révélateur d’un groupe au mental défaillant, dénué d’une forte capacité à rebondir et d’une profondeur banc capable de changer les fins de match.
Poteaux-Carrés : Malgré la non montée, tu aurais conservé Montanier ?
YACINE : Pourquoi pas. Il connaît désormais le groupe, la Ligue 2, et me semble plutôt adapté au contexte stéphanois. Mais pour moi, le problème n’est pas au niveau du coach, il est plus haut. La direction de l’ASSE devra mettre en place une vraie politique sportive, identifiée et établie. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on est davantage dans une logique marketing, plutôt que sportive, et c’est un vrai problème. Si tu continues avec Montanier, c’est pour un style de jeu précis et les joueurs adaptés.
Poteaux-Carrés : On va aborder la saison prochaine avec un nouveau coach, Ian Cathro, qui semble relativement peu connu. Que sais-tu de cet entraineur ?
YACINE : Je souhaite tout d’abord le meilleur au nouveau coach Cathro, mais c’est un peu la surprise du chef…
D’après les quelques matchs que j’ai pu voir et ce que j’ai lu sur lui, la philosophie de jeu offensive semble être au cœur de son projet. Sur ce que j’ai observé, il ne s’agit pas d’une analyse approfondie mais plutôt d’impressions. On se rapproche de ce que Horneland cherchait déjà à mettre en place : un jeu de possession plus « latin », du contre-pressing et un bloc haut. Cela reste bien sûr à confirmer sur une analyse sur une saison complète.
J’ai toutefois l’impression que Cathro possède un bagage tactique plus développé qu’Horneland, avec davantage de variété dans les animations et les ajustements en cours de match. C’est en tout cas l’image qui ressort de son parcours et des témoignages de ceux qui ont travaillé avec lui.
En revanche, défensivement à la perte du ballon, l’équipe m’a semblé assez désorganisée. Les questions que je me posais déjà sous Horneland restent les mêmes : la gestion des espaces dans le dos des latéraux en transition, la capacité à contourner les blocs bas, le manque de cohésion collective, ainsi que la faiblesse de la profondeur de banc qui devra être corrigée.
Le coach aura besoin de temps pour installer son système, et probablement de renforts. Je ne vois pas comment ce groupe, surtout sans Lucas Stassin et Zuriko Davitashvili, pourrait devenir nettement plus compétitif au vu des lacunes de l'an dernier, notamment sur les côtés, dans l’animation offensive comme défensive.
Il faut aussi souligner que, même s’il occupait principalement des fonctions d’adjoint, Cathro a travaillé dans des environnements de très haut niveau et côtoyé de grands joueurs. Il est notamment passé par Tottenham où évoluaient Harry Kane et Son Heung-min, par Wolverhampton Wanderers avec Pedro Neto et Vitinha, ainsi que par Newcastle United. Plus récemment, son expérience en Arabie saoudite lui a permis de travailler aux côtés de joueurs comme Karim Benzema ou N'Golo Kanté. Même si cela ne garantit rien, cette exposition au très haut niveau peut constituer un atout dans la construction de son projet.
Il n’aura sans doute ni période de grâce ni droit à l’erreur après la saison difficile qui vient de s’écouler, alors que le chantier reste immense. Cela nécessitera probablement de nombreux renforts pour mettre en place le jeu voulu par KSV et défendu par Cathro. La réussite du projet dépendra autant de sa capacité à transmettre ses idées que de celle de la direction à lui donner les moyens de les appliquer.
En bref, à voir ce que ça donne pour lui à l’ASSE.
Partie 2 – L’organigramme de l’ASSE
Poteaux-Carrés : Que penses-tu de la structure actuelle de l’ASSE ?
YACINE : J’ai l’impression que KSV travaille très bien sur la structuration financière, le marketing, l’image du club ... Un travail en profondeur sur les structures du club… mais beaucoup moins bien sur le cœur du métier : le sportif. Le problème, c’est qu’ils ont voulu aller très vite vers une identité de jeu ambitieuse mais creuse, sans avoir d’éléments concrets proposés, et sans avoir posé les bases nécessaires avant. Une fois encore, leur discours est très marketing mais pas assez concret selon moi. Et on a cette structuration en double triumvirat, avec d’un côté Gazidis, Fahmy et Rosenfeld qui semblent peu présents au quotidien mais décisionnaires, et sur place, Perrin, Soucasse et Rustem qui sont bien là mais dont le levier d’action semble assez limité. C’est d’ailleurs amusant de voir qu’on est passé d’une structure avec une présidence bicéphale pendant 20 ans à deux triumvirats qui cohabitent par la suite.
Poteaux-Carrés : Qu’est-ce qui pose problème selon toi ?
YACINE : Il manque quelqu’un qui fasse le lien au quotidien ! Un vrai directeur sportif présent tous les jours, qui impose une exigence constante, qui structure la progression du club, qui fasse comprendre les spécificités de la Ligue 2. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, beaucoup de décisions sont prises de manière assez distante, presque théorique. Il faut mettre en place une vraie politique sportive.
Une politique sportive adaptée ne se limite pas à recruter de jeunes joueurs ou à utiliser davantage la data. Elle doit définir un cadre cohérent qui relie la formation, le recrutement, l'équipe première et les objectifs du club, ta manière de jouer, le système mis en place ... Tu ne joues pas de la même manière, en transition ou en possession, avec un pressing tout terrain, à 3 ou 4 défenseurs, en 4/3/2/1 ou en 3/4/3. Aujourd'hui, l'ASSE semble davantage portée par une intention stratégique que par une véritable politique sportive formalisée et identifiable. Et bien évidemment le directeur sportif doit choisir l’entraineur pour l’incarner. Alors qu’avec Horneland on a choisi un style de jeu et puis essayé d’adapter les joueurs de l’effectif à ce style sans savoir si ceux-ci allaient s’y adapter.
Depuis l'arrivée de Kilmer Sports Ventures, plusieurs axes ont été annoncés : rajeunissement de l'effectif, modernisation de la performance, restructuration du recrutement avec la nouvelle cellule de recrutement, valorisation du centre de formation et vision à long terme. Cependant, il reste difficile d'identifier un véritable ADN footballistique. Quels profils de joueurs correspondent au projet ? Quel style de jeu doit être développé des équipes de jeunes jusqu'aux professionnels ? Qu'est-ce qui définit aujourd'hui un « joueur ASSE » ? Ces questions demeurent sans réponse claire.
Le recrutement donne encore parfois l'impression d'être guidé par les opportunités du marché plutôt que par un modèle sportif clairement défini. On a des joueurs data comme Miladinovic avec des qualités mais qu’on a du mal à intégrer à la L2, par l’âpreté des duels. Une politique sportive forte devrait permettre de comprendre immédiatement pourquoi un joueur est recruté et en quoi il s'inscrit dans un projet global et s’il est adapté au championnat concerné (L1 ou L2).
De la même manière, le centre de formation, pourtant au cœur de l'identité historique du club, n'apparaît pas encore comme la colonne vertébrale visible du projet. Or, l'ASSE a souvent connu ses plus grandes réussites lorsqu'elle s'appuyait sur ses propres talents et sur une identité forte. On doit pouvoir concurrencer les meilleures équipes françaises et ne plus être dans le 2eme cercle de la formation.
Enfin, la gouvernance sportive manque encore d'un véritable directeur sportif identifié comme garant de la ligne sportive du club. Dans les organisations les plus performantes, le président fixe la vision, le directeur sportif la met en œuvre et l'entraîneur se concentre sur le terrain. Cette répartition des rôles permet d'assurer la continuité du projet au-delà des résultats immédiats.
Pour retrouver durablement la Ligue 1, l'ASSE doit donc construire une politique sportive lisible, cohérente et fidèle à son identité : un club de formation, d'engagement, de travail collectif et d'ancrage territorial. À Saint-Étienne, les supporters acceptent les périodes difficiles lorsqu'ils reconnaissent une direction claire. Ce qu'ils tolèrent beaucoup moins, c'est l'absence d'identité. C’est ce qui manque. Actuellement, on se reconnait plus en Pedro, El Jamali, Gadegbeku qu’en Annan ou Ferreira.
Poteaux-Carrés : Quel est ton avis sur Loïc Perrin en tant que Directeur Sportif ?
YACINE : Je suis assez mesuré sur Loïc Perrin, parce qu’au final, on ne sait pas exactement quel est son périmètre réel. Après, concrètement, cette saison, on ne l’a quasiment jamais entendu. La seule vraie prise de parole, c’était pour le match de Coupe de France contre Ecotay, pas forcément là où on l’attend même si c’était un moment sympa.
Quand un joueur arrive, on le voit sur les photos, mais j’ai surtout l’impression qu’il accompagne davantage les décisions qu’il ne les impulse réellement. Pour moi, il faudrait un directeur sportif beaucoup plus présent, beaucoup plus identifié, avec un meilleur champ d’actions et de compétences
Poteaux-Carrés : Concrètement, selon toi, est-il un homme de paille ou tient-il un vrai rôle ?
YACINE : Je pense qu’il a un rôle, évidemment. En revanche, sans être à l’intérieur du club car on ne voit tout ça que de l’extérieur, j’ai du mal à croire qu’il soit le véritable décideur sportif. Et c’est aussi pour ça que je suis prudent dans les critiques à son égard : j’ai surtout l’impression qu’il évolue dans un périmètre très limité.
Poteaux-Carrés : La cellule recrutement est-elle au niveau ?
YACINE : Non, pas suffisamment. La cellule de recrutement moderne qu’on essaie de construire aujourd’hui, avec des scouts, on aurait dû l’avoir depuis 2017-2018, après le départ de Galtier. On a pris énormément de retard sur ces sujets-là, quasiment 10 ans.
Celle mise en place ne l’a été qu’en juillet 2025 donc 6 mois trop tard et je ne sais pas comment elle est animée, coordonnée, si une vraie analyse des besoins a été mise en place et si elle suit la feuille de route de la politique sportive. Lousberg semble être ce lien a priori mais j'ai du mal à me faire une idée précise, ne connaissant réellement pas ses prérogatives.
Poteaux-Carrés : Qu’en est-il d’après toi de la cellule performance?
YACINE : Je pense qu’il y a encore énormément de travail. Quand tu regardes les blessures, l’intégration des joueurs étrangers, la profondeur de banc, les transformations physiques de certains joueurs… Tu sens qu’il manque encore beaucoup de choses. C’est de loin l’aspect de notre club qui m’interpelle le plus, pour être très transparent. Je trouve que cette équipe s’est rapidement usée et qu’elle manquait d’explosivité de changement de rythme. Contre Nice, l’équipe a fini la plus fatiguée des 2 et dans les derniers matchs de la saison, elle était totalement carbonisée à la fois physiquement et moralement et cela aurait dû être le contraire avec le CV des personnes qui la compose.
Partie 3 – Le mercato / Les joueurs
Poteaux-Carrés : Quel bilan tires-tu du mercato d’été ?
YACINE : J’ai trouvé ce mercato globalement raté. Tout d’abord, on n’a pas réglé les problèmes de latéraux, en prenant des profils de championnat étrangers mais en échec dans leur club et qui ne se sont pas vraiment imposés. Ferreira et Annan, leur profil data ne pose pas de problème, mais cela restait des joueurs qui avaient fini remplaçants dans leur club respectif. J’ai un doute sur l’état d’esprit du premier, qui semble avoir du mal à gérer ses émotions en faisant souvent preuve de colère ou en explosant carrément comme après son carton rouge ou il se fracture la main en cognant dans un mur. Il annonce vouloir intégrer la sélection du Portugal alors qu’il y a quand même Nuno Mendes et Joao Cancelo sur les côtés… Concernant Annan, il a du coffre mais c’est à peu près tout. Il fait preuve de graves lacunes tactiques. Jaber et Lamba semblent être de bonnes recrues mais bien trop fragiles physiquement. Cardona et Bernauer sont également des recrues du mercato sur le papier mais n’ont pas eu le rendement escompté en Ligue 2. Dans l’ensemble, c’est quand même très faible en termes d’ajouts au groupe.
Poteaux-Carrés : Et concernant le mercato d’hiver ?
YACINE : Je l’ai trouvé intéressant… mais incomplet. On s’est rendu compte qu’il manquait encore au moins un attaquant supplémentaire et probablement un milieu offensif capable d’apporter de la créativité, mais on ne les a pas eus. En revanche, l’arrivée de Julien Le Cardinal a clairement fait du bien derrière par son caractère, sa force mentale et son énergie, celle de Kanté en prêt également qui a permis d’avoir un vrai 6 après le fiasco Ekwah. Mais on n’a pas résolu le problème principal, qui est d’après moi le manque de profondeur de banc, et principalement en attaque pour challenger les 3 titulaires.
Poteaux-Carrés : Qui sont selon toi les tauliers du groupe, et ont-ils été à la hauteur ?
YACINE : Vu d’ici, je dirais que Larsonneur, Maubleu, Appiah, Bernauer, Le Cardinal, Tardieu, Cardona sont ceux censés être les cadres de ce groupe. Et à part Le Cardinal qui a fait énormément de bien à ce niveau également dès sa venue, on voit que les autres n’ont pas vraiment été à la hauteur. Globalement, sans même parler de sportif, je trouve qu’il manquait de vrais cadres mentaux dans cette équipe cette saison pour espérer mieux, être capable de rebondir, avoir un esprit de groupe et une influence sur les autres joueurs.
Poteaux-Carrés : Gautier Larsonneur a fait l’objet de vives critiques cette saison. Quel est ton regard sur lui ?
YACINE : C’est compliqué. Je pense qu’il reste un bon gardien de Ligue 2, mais on l’a installé dans un confort trop important : capitaine, titulaire indiscutable et surtout sans réelle concurrence alors que Maubleu aurait peut-être pu faire du bien. On sait que Larsonneur est un profil un peu nerveux, il peut parfois perdre son calme, là ou Maubleu semble plus être une force tranquille, qui aurait pu être bénéfique par moments. Mais Larsonneur est également le capitaine, je ne suis d’ailleurs à titre personnel pas convaincu que ce soit une bonne chose de mettre son gardien capitaine dans la mesure où il est loin de l’action, doit traverser le terrain quand on a besoin de lui, je ne pense pas que ce soit optimal. Mais du coup, ça le rend encore plus indéboulonnable, et je pense que ça lui a causé du tort, au fond.
Poteaux-Carrés : Doit-on garder Larsonneur ?
YACINE : Pour moi, la question ne se posera pas dans la mesure où il a un contrat très solide, notamment avec cette forte revalorisation en cas de montée en L1. Je ne vois personne lui offrir mieux que ça, donc il sera selon moi joueur de l’ASSE quoi qu’il arrive la saison prochaine. A voir s’il sera toujours titulaire et capitaine. Concernant le brassard, je pense qu’il est compliqué de lui enlever en cours de saison sans créer de frustration, mais entre deux saisons, c’est davantage envisageable.
Poteaux-Carrés : La défense est-elle responsable de l’échec ?
YACINE : Elle a une part de responsabilité, évidemment. Mais le problème est global. La défense a souvent servi de bouc émissaire parce que ses erreurs étaient très visibles. Mais les problèmes étaient collectifs : manque de cohésion, manque d’humilité, manque de maîtrise émotionnelle, joueurs inadaptés au système voulu par l’entraineur, d’où le problème de politique sportive. L’état d’esprit qui se dégage de ce groupe au sens large n’est selon moi pas le bon. Et si on parle des joueurs, on a vu que sans Lamba ou Le Cardinal, c’est très compliqué. Nadé et Bernauer ne fonctionnent pas ensemble. Et les latéraux ont été un gros point noir toute la saison. Quand on doit replacer Old, un attaquant, à gauche de la défense et Pedro à droite qui est un défenseur central de formation, c’est assez révélateur selon moi.
Poteaux-Carrés : Parlons justement de Ben Old, qui divise beaucoup. Tu le vois comme valeureux ou limité ?
YACINE : Les deux ! (rires) Le point le plus important le concernant est qu’il prend à mon sens une place de joueur extra-communautaire qui pourrait servir à un autre joueur au prochain mercato. Il est plein de bonne volonté, a du coffre mais c’est tout, j’attendais de lui la dimension offensive, des prises de couloir, des centres, des buts et finalement je suis resté sur ma faim. Il n’a selon moi pas le niveau actuel pour rester. L’idéal serait qu’il fasse une grosse Coupe du Monde, ce que je lui souhaite, ce qui lui permettrait d’être sollicité au mercato et d’avoir des offres intéressantes pour le laisser partir.
Poteaux-Carrés : Le milieu a-t-il été à la hauteur ?
YACINE : Pas complètement non plus. Tardieu a été statistiquement bon, il court, mais n’a pas eu le rendement escompté pour autant. Jaber a aussi montré des choses intéressantes mais a été trop fragile. La saison de Moueffek est un échec, en témoigne son faible temps de jeu final. Le replacement de Boakye n’est pas non plus selon moi un succès total. L'arrive de Kanté a été intéressante mais il a pioché physiquement suite à sa saison en pointillé. Miladinovic est aussi une grosse déception, un joueur fort techniquement mais fragile mentalement, il n’a pas réussi à s’imposer en L2. Ceux qui m’ont le moins déçu sont les jeunes. C'est finalement ce qui a été intéressant cette saison, c’est qu’on a lancé de bons jeunes : El Jamali et Gadegbeku ont fait une saison tout à fait correcte malgré les blessures et Eymard a commencé a pointé le bout de son nez.
Poteaux-Carrés : Concernant Aïmen Moueffek, tu gardes ou pas ?
YACINE : Non, tout comme Nadé, je pense qu’il a fait le tour de la question chez nous. Il est temps pour lui d’aller découvrir un cadre différent dans un autre club. Outre sa saison décevante, il est selon moi en fin de cycle.
Poteaux-Carrés : L’attaque a-t-elle été le secteur le plus décevant ?
YACINE : Statistiquement, certains joueurs ont fait des choses intéressantes ou bonnes. Mais dans les moments chauds, nos trois artificiers ont souvent disparu surtout en fin de saison. Davitashvili a été assez inconstant malgré de bonnes statistiques, cela reste un soliste. Stassin n’a été réellement impliqué que pendant trois mois, et Cardona a été le premier à couler dans la difficulté. Mais ils ont quand même des statistiques tout à fait correctes, c’est tout le paradoxe. A côté de ça, Duffus aurait selon moi mérité davantage de temps de jeu, en mettant Stassin sur le banc quand il le méritait.
Poteaux-Carrés : Lucas Stassin et Zuriko Davitashvili doivent-ils rester ?
YACINE : Sportivement, on pourrait penser que oui. Mais humainement et collectivement, je me pose des questions. Je pense que Davitashvili est extrêmement talentueux, mais parfois un peu autocentré. Concernant Stassin, outre ses hauts et ses bas, son entourage me questionne aussi. Je pense que ces deux joueurs prennent peut-être trop de place et peuvent être une barrière à la création d’un groupe équilibré et plus efficace. Empiler des talents n’est pas forcément la solution, on le voit notamment avec Paris, qui tourne bien mieux depuis qu’ils ont changé leur approche à ce sujet. Après, il faudra bien les remplacer et trouver aussi les remplaçants aux futurs titulaires avec autant de qualités, ce n’est pas gagné on verra donc si notre cellule de recrutement fonctionne de manière optimale.
Partie 4 – Le championnat et nos adversaires
Poteaux-Carrés : Quel est le niveau global de cette Ligue 2 qui vient de se clôturer ?
YACINE : La Ligue 2 est beaucoup plus compliquée que ce que certains imaginent. C’est un championnat très physique, pas une compétition facile qu’on domine simplement avec de l’argent et des noms, et j’ai l’impression que c’est une des erreurs du board. Il faut du mental, de la cohésion, de l’humilité pour y réussir, et ce sera d’autant plus le cas l’année prochaine ou on sera clairement sur une Ligue 1 ½ au vu des forces qui s’y présenteront. Et tactiquement les coachs arrivent à s’adapter et pour certaines équipes proposent un jeu collectif sympa et cohérent.
Poteaux-Carrés : Quelles équipes t’ont marqué cette saison ?
YACINE : Tout d’abord, je note que le niveau global des coachs a largement augmenté en Ligue 2. Les entraineurs ont globalement vraiment progressé. Concernant les équipes, Rodez a fait une très belle saison, le Red Star a été très intéressant aussi. Le Mans bien évidemment, où Videira a créé un fort esprit de groupe. Dunkerque avait de bons joueurs, comme Enzo Bardelli qui va partir en Espagne, ou Anto Sekongo, que je prends à l’ASSE quand il veut (rires)
Poteaux-Carrés : Je note que tu ne cites pas Troyes. L’ESTAC est-il un champion logique ?
YACINE : Oui, car même si nos individualités sont au-dessus, à part au milieu, ils avaient un collectif plus cohérent. Même lorsqu’ils traversaient des périodes compliquées, ils conservaient une vraie structure d’équipe, ils sont leaders depuis septembre de mémoire, il n’y a pas vraiment de débat. Ils auraient pu être prenable mais on s’est écroulés à chaque occasion de leur passer devant. C’est très révélateur.
Poteaux-Carrés : Qui est selon toi le meilleur joueur de Ligue 2 ?
YACINE : Pas Davitashvili malgré son trophée, mais Adeline de Troyes, avec 10 buts et 10 passes décisives, ou Nakamura de Reims en talent pur. Le Japonais a vécu la même intersaison que Stassin, il a joué un match sur deux en boudant plus ou moins, et a quand même fait une bonne saison avec 14 buts et 2 passes décisives en 29 matchs. Il a un très bel avenir devant lui.
Partie 5 – La prochaine saison
Poteaux-Carrés : Comment vois-tu la prochaine saison ?
YACINE : Elle sera encore plus difficile. Les équipes qui descendent auront des moyens importants et la Ligue 2 sera très relevée. Ce sera vraiment une Ligue 1 ½. Si on repart avec les mêmes erreurs structurelles, ça peut devenir très compliqué. Il faudra une approche physique totalement différente pour commencer.
Poteaux-Carrés : Comment réussir la prochaine saison ?
YACINE : En reconstruisant une vraie identité collective accompagnée d’une politique sportive claire et structurée.
Il faut arrêter de penser uniquement en termes de profils “clinquants” et recruter des joueurs de groupe, adaptés à la Ligue 2, capables mentalement de supporter ce contexte particulier qu’est notre club et de réussir à s’imposer en Ligue 1.
Poteaux-Carrés : Quel est ton avis sur la gestion de KSV ?
YACINE : Je pense qu’ils ont de bonnes intentions, ils veulent construire sur le long terme, mais ils ont probablement sous-estimé énormément de choses dans le football français et dans la Ligue 2. Ils sont arrivés avec beaucoup de certitudes. Peut-être trop. Ils ont eu du succès à Arsenal, à Milan, ça leur a peut-être donné trop de confiance, c’est en tout cas l’image que j’ai depuis leur arrivée. Ce sont des gestionnaires, il leur manque une part de vision sportive.
Poteaux-Carrés : Qui gardes-tu dans le groupe actuel pour la mission remontée en Ligue 1 ? Et qui prendrais-tu pour compléter ce groupe ?
YACINE : Je garderais ceux qui sont d’accord ! (rires). Si on ne tient pas compte des contraintes contractuelles bien sûr, je pense tout d’abord qu’il faut garder les joueurs qui ont réellement envie de rester.
Derrière, malgré tout, je garderais Larsonneur mais pas N°1, il faut le challenger. J’aime beaucoup le gardien de Montpellier (Simon Ngapandouetnbu), Mathis Niflore de Dunkerque appelé à remplacer Restes au TFC ou Quentin Braat de Rodez. Celui de Grenoble aussi, Mamadou Diop. Ce sont des profils qui pourraient compléter notre groupe et challenger Larsonneur, voire le mettre sur le banc. J’avais des profils plus jeunes et avec du potentiel pour la L1 comme Mathieu Epolo du Standard de Liège, mais en L2, compliqué d’attirer un tel garçon.
En défense, Le Cardinal, Lamba, Pedro, je garde. Bernauer aussi, s’il joue avec quelqu’un qui lui permette d’exploiter ses qualités. Nadé a fait son temps. J’aimerais beaucoup recruter Dylan Durivaux, pour un retour à Sainté, pour compléter le groupe avec un garçon revanchard, il peut tenir l’axe ou les côtés. En latéraux, Pedro ferait bien sur partie de l’aventure si on arrive à le garder. Ferreira est invendable selon moi avec sa gestion des émotions problématique malgré de réelles qualités techniques. Appiah a fait son temps et il est en fin de contrat. Annan, je le laisse partir si possible, comme Ferreira, mais je doute qu’on ait de belles offres pour lui. Concernant Old, j’espère qu’il fera une bonne Coupe du Monde et pourra partir contre une belle somme. Il a du coffre mais ça ne suffit pas pour une mission Ligue 1. Stojkovic est à prêter, il n’est clairement pas prêt, mais quitte à l’avoir, autant l’envoyer faire ses armes dans un club de ou Ligue 3 ou en Serbie. Et je recruterais Nolan Galves de Rodez pour sûr, ainsi que son coéquipier Evans Jean-Lambert ou Zakaria Ariss à gauche qui sont des profils très intéressants. Peut-être tenter le profil de Yanis Zouaoui (28 ans) du HAC, un piston très technique doté d’un superbe volume et d’une qualité de centre. La priorité serait donc encore deux latéraux, un à gauche et un à droite, et un axial en fonction du système voulu, selon si on joue à 3 dans l’axe, et en tenant compte de la fragilité de Lamba. Si on part sur des latéraux d’autres pays plutôt pensés initialement pour la L1, tu avais Chissumba de Alverca, en latéral gauche très dynamique, assez propre techniquement. Il y a également un jeune allemand, Hennes Behrens, 21 ans, de Heidenheim, un coté Milos Kerkez en plus petit, 1m75 contre 1m80 pour le joueur de Liverpool. Tu as aussi Samukele Kabini, joueur de Molde, un latéral gauche très intéressant un peu moins cher que les 2 joueurs précédents, qui va très vite, juste techniquement et capable de très bons centres. Peut-être redescendrait-il en Ligue 2 ? A voir. Il y a aussi Michal Gurgul de Lech Poznan, joueur très véloce de 20 ans capable de jouer latéral gauche ou axial, et vu en Conférence League. En latéral droit, j’adore le profil de Fredrik Sjøvold, latéral droit super technique et doté d’un gros volume de jeu, propriété de Bodo Glimt, mais qui est tout à fait injouable en L2. Tu avais aussi Kyriani Sabbe de Bruges super jeune latéral droit qui aurait été très difficile pour l’ASSE en L1 mais super profil technique, véloce et fort en 1 contre 1, un top profil.
Comme axial en supplément avec des profils polyvalents comme celui de Durivaux ou Gurgul, tu n’as pas spécialement besoin d’un axial avec une défense à 4, mais il est clair que dans le système de Cathro, tu peux jouer à 3 axiaux, et cela peut changer la donne derrière. Mais si ces 2 profils ne sont pas pris, il t’en faudra en cas de départ d’un des axiaux Bernauer ou Nade. Deux défenseurs centraux qui m’ont tapé dans l’œil mais sont devenus horriblement chers : Bastien Meupiyou, jeune formé à Nantes de Alverca et Ibrahima Ba sénégalais de Famalicao, respectivement 20 ans et 21 ans, deux beaux bébés de 1m90, le premier a été vendu 18 millions à Dortmund, le second est estimé à 12 millions d’euros. Si Bernauer part, tu peux aller chercher un profil comme Gauthier Lloris, 31 ans qui est libre, une sorte de Vincent Hognon, bien placé, capitaine, bon relanceur, qui connait la L1 et la L2. Sur des profils vus en L2, j’adore Issac Cossier, 19 ans, et Noa Boissier, 20 ans, du Mans. Tu as aussi Lipinski qui est capitaine de Rodez et a un gros QI foot, fort dans une défense à 3. Enfin, Clement Akpa, gaucher polyvalent, a connu une saison très difficile à l’AJA. J’aime ce profil mais je le vois difficilement redescendre en L2… En bref, il y a énormément de profils à suivre.
Au milieu, je garde les jeunes Gadegbeku, Eymard et El Jamali. Tardieu est partant, je garderais Kanté selon la somme. A 2-3M€, pourquoi pas, mais pas plus, plus cher, tu peux avoir meilleur. Certains potonautes parlaient de 6 millions d’euros pour son option d’achat. Selon moi, c’est très cher, trop cher. La question Ekwah se posera aussi, car il va peut-être revenir, il n’est parti qu’en prêt. Techniquement il est au-dessus. A voir l’état d’esprit, l’accueil du public serait compliqué. Bien sûr, avec quelques bons matchs, il pourrait retrouver les bonnes grâces du stade, mais je pense qu’il reste préférable de passer à autre chose. Jaber, je garde, mais voudra-t-il rester ? Une fois encore, il faut des joueurs volontaires, investis. Moueffek, comme Nadé, a fait son temps, et est selon moi à laisser partir en cas d’offre cohérente. Boakye, comme Jaber, s’il est chaud, je le garde ! Il a le niveau Ligue 2 selon moi. Enfin, concernant Miladinovic, c’est un cas très compliqué à trancher. J’aime le profil, mais il est tellement décevant cette saison. Pour l’avoir beaucoup vu à l’entrainement, il est loin au-dessus des autres techniquement, mais n’a pas su le confirmer en match malgré un but magnifique en début de saison. A revendre en Serbie, ou potentiellement dans un championnat moins physique tel que la Belgique ou les Pays Bas, en sachant qu’il peut tout à fait exploser là-bas, ça ne m’étonnerait pas vraiment. Au milieu en fonction des départs, tu peux avoir des profils à trouver, dans le système Cathro. Le 6 est ta rampe de lancement, Ekwah aurait le profil mais le divorce entre l’ASSE et lui est selon moi consommé. Tu as son joueur à Estoril, Holsgrove, 26 ans, un 6 relanceur, qui connait déjà sa manière de jouer, à voir si c’est possible. Un profil que j’adore, c’est LE joueur que j’imaginais nous rejoindre en L1 : Christian Casseres. Un Lemoine sous coté, très juste techniquement, hargneux, infatigable, hélas la L2 empêche très probablement tout cela. Nice et l’état esprit de l’équipe sont passés par là. Si on est sur un profil plus expérimenté, j’essaierai bien Laurent Abergel, le capitaine de Lorient mais voudra t-il redescendre en L2 ? J’ai de gros doutes aussi. Sur les profils plus jeunes, en Belgique j’aime beaucoup Arthur Piedfort et Etienne Camara. Plus physique pour le second, juste techniquement, mais je les imaginai plutôt en L1 également… Pour la L2, il faut tabler sur des profils moins connus, sur des pays comme l’Autriche. Deux noms me paraissent intéressants. Le premier est en Autriche, c’est Melayro Bogarde de Lask, il a évolué en équipe de jeunes des Pays-Bas, doté d’un profil qui ressemble à Lucas Gourna. C’est un joueur physique 1m85, juste techniquement, qui a mis du temps à percer. Ensuite, aux Pays-Bas, tu as Gibson Bah, un beau bébé d’1m90 qui joue à Volendam en Eridivisie. Puissant, technique, 6 ou 8, je l’imaginais plus pour la L1 également, mais on peut tenter de refaire un coup à la Chico Lamba. Pour revenir sur notre groupe actuel, concernant Kante, à 6 millions c’est cher pour un joueur qui a fini carbonisé faute de préparation. Il a joué en étant à 60% physiquement, je n’ai pas retrouvé le joueur explosif et infatigable que je connais. Il a un profil de pur 6, on en a pas vraiment, donc à 3 millions cela se tente, mais une fois encore, pas plus.
En milieu relayeur ou polyvalent, j’adore le profil d’Hugo Magnetti, pas un profil jeune, mais un joueur de caractère, hargneux, sanguin, ce qui manque un peu au milieu. Il a 28 ans mais vraiment un gros caractère et juste techniquement, je pense qu’il pourrait redescendre en L2 pour le challenge ASSE. Ensuite, il y a mon chouchou Anto Sekongo dont on parlait tout a l’heure (rires). Un box to box, il me semble Cathro compatible, un énorme volume, très puissant, et capable de faire rebondir le jeu. Il sort d’une saison à 9 buts et 4 passes décisives, c’est pas mal à 21 ans, mais compliqué aussi de le faire venir en L2. Des clubs de L1 le suivent de près.
En milieu offensif, tu as Gauthier Hein. Pourrait-il être intéressé par le challenge remontée de l’ASSE en L1 ? Je l’ignore. J’adore le profil d’Anthony Bermont, capable de jouer dans l’axe ou sur un côté, véloce, créatif. Il n’a pas pu trop s’exprimer en L1 à Lens mais il a tout pour exploser, a connu la L2, sait ce qu’est la ferveur. J’aime beaucoup ce profil. Tu as aussi Myron Van Brederode, un hollandais de 22 ans, joueur de Malines, créatif, pouvant jouer dans l’axe et sur un coté. Mais pareil plutôt pour la L1. En Suisse, il y a un joueur que j’adore mais aurait quasi impossible à faire venir sans être en L1 : Alvyn Sanchez, joueur des Young Boys de Berne. Il est un peu délié comme Olise même si ce n’est pas un joueur de côté, il vraiment axial, un box to box créatif. Après il reste des profils plus âgés qui peuvent être tentés comme Boufal ou Cabella, voir Joao Carvalho d’Estoril, dribbleur, capable de coups de génie.
En attaque, comme on le disait, Zuriko Davitashvili a largement le niveau individuel, mais collectivement, je ne suis pas sûr qu’il soit forcément un bon élément. Je le laisse partir pour 15M€. Stassin, c’est à peu près pareil. Je le vois faire une bonne carrière, mais il est actuellement trop immature et autocentré. Ses parents sont un peu trop présents. Il peut partir à 20M€ en Angleterre ou en Allemagne. Concernant Cardona, je suis très mitigé. Il m’agace profondément (rires). Il a de grosses lacunes sur les blocs bas, mais je le garde un peu par défaut. Duffus, je le garde totalement. Je lui trouve des qualités évidentes, il est tonique, électrique. J’aimerais le voir jouer davantage la saison prochaine. Nguessan arrive en fin de contrat en 2027, n’a pas prolongé et partira surement. Paalberg ou Mayilla pourront meubler devant. J’aime beaucoup Enzo Mayilla, que je chercherais à prolonger sans aucun doute. Il a un énorme potentiel à mes yeux, grand mais rapide, peut jouer en pointe ou sur un côté, et sort d’un prêt à Aubagne tout à fait correct. Il ne part pas titulaire bien sûr, mais pourra prendre sa place au fil de la saison. Parmi les autres jeunes, j’aime beaucoup Mehdy Lutin Zidee, qui a un bel avenir à mes yeux. Mylan Toty est un joueur déstabilisant, ambidextre, très bon dribbleur, il a ses chances, et sa première apparition dans le groupe cette année lui augure de belles choses s’il continue à travailler et à ne pas s’enflammer.
En ailier, le nom de Versini revient, joli profil, vif, explosif, adroit, qui a fini la saison blessé, à voir s’il ne sera pas happé par la Bundesliga. Il serait bien mieux qu’un remplaçant en L2 sur le côté droit. En Belgique j’aime beaucoup les profils de Parfait Guiagon, 25ans valeur sure du championnat belge, pouvant évoluer à gauche, et celui de Joseph Opoku, 20 ans. Ils ont respectivement scoré 9 et 10 buts la saison précédente, ce plutôt des joueurs de transitions mais capable de s’insérer dans un jeu de possession. Deux joueurs très véloces et avec des dribbles percutants ce que semble apprécier Ian Cathro. Tu as aussi Oscar Kabwit de Lucerne qui commence à avoir une belle réputation, une dizaine de buts en championnat Suisse. Il y a également Gaoussou Diakite 20 ans, qui est vraiment un joueur déroutant, et en pleine explosion, très bon dribbleur, et adroit mais je l’imaginai pour la L1, il évolue à Lausanne. Enfin, tu as des profils intéressants au Portugal mais hélas très cher, vu la concurrence des grands clubs portugais…
Pour remplacer Stassin, et selon le style voulu par Cathro, j’ai repéré des profils plus physiques. Balde est un profil intéressant capable de prendre la profondeur, il pèse sur une défense, encore jeune, un profil qui peut encore progresser. Une rumeur parlait de Steve NGoura, un beau bébé d’1m93 du Cercle de Bruges, 21 ans , mais j’ai un autre profil qui retient mon attention : c’est Keisuki Goto, 20 ans, japonais de Saint-Trond, grand gabarit 1m91, bonne technique, a marqué 11 buts cette saison, il a largement contribué à la très bonne saison de son équipe. Un joueur capable de remiser pour des joueurs autour de lui. J’aime aussi beaucoup le profil du jeune attaquant d’Anderlecht Cvetkovic, 19 ans, capable de remiser, un gros sens du but, mais c’est selon moi très compliqué de l’imaginer redescendre en L2 et à mon avis, Anderlecht n’est pas vendeur. En Suisse, un joueur qui était annoncé comme un crack et qui est parti dans les équipes de jeunes de la Bundesliga : Winsley Boteli, bientôt 20 ans, 1m87, profil puissant vrai joueur de surface.
Enfin, de tous les attaquants axiaux vu, celui pour qui j’ai un vrai coup de cœur, c’est Omar Janneh. Vu en Coupe d’Europe, formé à l’Atletico, moins pivot que ceux précités, mais grand aussi, c’est un joueur hyper complet, hyper clinique, il joue à Lausanne, c’est celui pour qui j’aurais mis 10 millions comme pour Stassin il y a deux ans. A mon avis, la future stratégie de recrutement c’est de chercher des jeunes avants-centres qui ne jouent pas dans les grands clubs barrés par des attaquants de très bon niveau, un peu comme on a pu le faire pour Duffus. Il faut ensuite leur permettre de jouer et progresser en L2.
Sur des profils plus expérimentés, tu as Krasso, en deuxième attaquant, qui ne semble plus appelé à jouer au PFC, et il connait la maison. Après il faut trouver des profils L1 compatibles, Mohamed Bamba a peu joué à Lorient, serait-il motivé pour la L2 ? Mais il a le profil.
Ouverture – Bilan des deux ans de KSV
Poteaux-Carrés : Wow, tu es vraiment une base de données du football européen ! Je te propose de cloturer avec un point plus général concernant KSV : quel bilan tires-tu de leurs deux premières années ?
YACINE : C’est un bilan contrasté. Ils ont remis de l’ordre dans beaucoup de secteurs du club, notamment économiquement et structurellement. Mais sportivement, il y a encore énormément de lacunes dans la compréhension du football français, de la Ligue 2 et de ce qu’est réellement Saint-Étienne. J’ai parfois l’impression qu’ils ont voulu aller trop vite vers un projet “moderne” sans comprendre les étapes nécessaires pour reconstruire un club français sportivement. Et surtout, il manque encore aujourd’hui cette humilité indispensable pour réussir dans ce championnat et ils n’ont pas su imposer une identité ou s’adapter à celle que les supporters veulent, une équipe qui ne lâche rien et capable de retourner des situations, une équipe solidaire, avec un fort mental. Mais je ne les condamne pas pour autant, ils ont fait des choses positives et ont encore largement le temps de faire mieux, à condition de rectifier la trajectoire rapidement, notamment sur le plan de la stratégie sportive.
Merci à YACINE pour avoir pris autant de temps pour nous partager ses connaissances et analyses !

Potins