Ayant joué sous les ordres de Philippe Montanier au TFC, Yanis Begraoui vient de passer deux ans concluants avec Ian Cathro à Estoril. Ancien coéquipier d'Aïmen Moueffek en équipe de Maroc Espoirs, le 3e meilleur buteur de la dernière saison de L1 portugaise nous présente le nouvel entraîneur des Verts.


Es-tu surpris que Ian Cathro ait quitté le Portugal pour Sainté ? Tu savais qu’il était sur la grille de départ à Estoril ?

Honnêtement, je ne suis pas surpris parce qu’il s'est forgé une certaine réputation au Portugal. C'est un entraîneur jeune qui a su faire de bons résultats et surtout qui a su créer une identité de jeu à son équipe. Il a réussi à changer un peu la mentalité du club dans lequel il était. On savait qu'il allait forcément avoir des sollicitations donc je ne suis pas étonné qu'il soit parti. Après deux bonnes années de travail, c'était tout à fait normal qu'il soit convoité par d’autres clubs. Franchement, pour moi, c'est un très bon step pour lui dans sa carrière d'entraîneur. Arriver dans un très grand club comme Saint-Etienne qui est connu dans le monde entier, c'est une belle étape pour lui, une belle suite. Je ne doute pas qu'il fera des très belles choses chez les Verts.

Toi qui as joué 70 matches officiels sous ses ordres lors des 2 dernières saisons, comment nous présenterais-tu Ian Cathro ?

Je dirais que c’est un jeune coach, mais avec une très grande expérience du très haut niveau. On sent qu'il a travaillé avec des entraîneurs qui ont connu le haut niveau, et surtout dans différentes Ligues, comme la Premier League et la Liga. C’est un atout pour lui d'avoir travaillé dans différents championnats de très haut niveau, et surtout avec de très bons joueurs. Il a une connaissance footballistique qui est très élevée. C'est un entraîneur qui a ses idées de jeu, ses principes de jeu.

Comme tu as pu le voir, offensivement, on faisait partie de l'une des meilleures équipes de l’élite portugaise. C'est dû au travail qui est mis en place au quotidien. C'est un entraîneur qui n'a pas peur de l'adversaire, qui ne renie pas son identité de jeu quel que soit le niveau de l’adversité. Il n'a pas peur quand il joue contre des grosses équipes. Il a ses idées, il a confiance en ses idées et en son équipe. C'est un entraîneur qui regarde droit dans les yeux n'importe quel adversaire.

Ian Cathro est très exigeant, que ce soit sur des choses simples, comme sur des choses un peu plus compliquées. Il cherche à mettre beaucoup d'intensité dans son jeu, que ce soit à l’entraînement ou en match. Ses séances d'entraînement sont assez intenses, bien préparées avec son staff. Franchement, je pense que c'est un entraîneur qui peut avoir une très grande carrière. C'est tout ce que je lui souhaite d’autant plus qu’humainement, c'est vraiment une belle personne.

Son bureau est toujours ouvert, le coach est toujours ouvert au dialogue, c’est vraiment appréciable. Certains joueurs ont tendance à aller parler aux entraîneurs quand ça va mal, pour avoir des explications. Mais il est vraiment ouvert à la discussion, même d'un point de vue tactique pour l'équipe ou technique. C'est franchement un entraîneur très ouvert. Au-delà du football, tu peux avoir une discussion avec lui sur ta vie privée, sur n'importe quel sujet.

Bref, c’est un coach qui a énormément de qualités. Je ne serais pas surpris qu'il fasse du très grand travail avec Saint-Etienne et qu'il arrive à faire refaire remonter les Verts. Une de ses forces, c'est de savoir s'adapter au joueur qu'il a et à l'effectif dont il dispose. S'il sent que son équipe a vraiment un fort potentiel offensif, il va l'exploiter au maximum. Pareil s’il sent que c'est plus défensif, il va l'exploiter au maximum. Franchement, il a les qualités pour vraiment exploiter le potentiel maximum d'un joueur et le faire progresser.

Pour moi il a vraiment la qualité forte que j’apprécie et que je recherche chez un entraîneur, cette capacité à faire progresser ses joueurs, à les faire joueur en équipe. Que ce soit moi avec qui ça s'est super bien passé ou avec plusieurs autres joueurs que j'ai en tête, on est nombreux à avoir franchi un palier grâce à lui. Ian Cathro cherche à tirer la quintessence de ses joueurs. Il n'est pas fermé, il ne nous bride pas, il donne assez de liberté à ses joueurs. Il attend de son équipe qu’elle soit entreprenante et conquérante.

D’un point de vue offensif, il aime qu'il y ait du mouvement, de la permutation, qu'il y ait cette liberté offensive tout en respectant la phase défensive quand il y a une perte de balle ou autre. Mais c'est un entraineur qui aime beaucoup d'intensité. Il aime presser haut, il aime aller chercher ses adversaires, il aime les étouffer. Son principe de jeu marquant, c’est sa faculté à aller chercher haut, à montrer, c'est lui qui mène le tempo du match, qu’on joue à domicile ou à l’extérieur.

Dans quel(s) domaine(s) as-tu progressé grâce à Ian Cathro ?

La vérité, j’ai progressé dans tous les domaines, que ce soit défensivement ou offensivement. Grâce à ses conseils, je me suis amélioré sur les replis défensifs, les duels, la capacité à garder des ballons, la lecture du jeu. C’est un entraîneur vraiment très précis et très assidu sur ces choses-là. Il arrive à faire comprendre à un joueur offensif que la partie défensive est aussi importante.

Offensivement, il est toujours exigeant sur les moindres petits détails, sur la première touche notamment. Il sait trouver les mots et les attitudes pour que l’on garde confiance même dans les périodes délicates, quand ça ne va pas forcément, quand le ballon ne rentre pas. Il a toujours essayé de mettre en confiance son attaquant, entre autres. C’est un entraîneur à la fois exigeant et bienveillant, qui nous incite constamment à nous améliorer.

Sa première saison à Estoril, vous avez joué les 12 premiers matches en 4-3-3 avant de passer à une défense à 3 le restant de la saison. La seconde saison c’est l’inverse, vous avez évolué avec une défense à 3 les 12 premiers matches avant de basculer sur une défense à 4. Pour quelles raisons a-t-il modifié son schéma tactique ? A-t-il un dispositif préférentiel ?

Il a cette faculté à s'adapter à l'effectif qu'il a, aux joueurs qu'il a. Quand on est passé à 3, c'est qu'on avait besoin d'avoir un peu plus de solidité défensive. Mais la deuxième saison, on avait moins de défenseurs centraux. C'est pour ça qu'on est repassé à 4. Donc l'équipe a bien tourné. Tactiquement, si je devais donner ses dispositifs préférentiels, même si ça varie beaucoup au cours d'un match, je dirais le 3-4-3. Soit avec un 10 et deux avant-centres, soit avec un 9 et deux numéros 10. Ou sinon le 4-3-3. Ce sont essentiellement ces schémas-là.

En janvier dernier, quand t’as enchaîné un triplé contre Estrela Amadora et un doublé contre le Vitoria Guimaraes, t’as aussi joué en 4-4-2, associé devant à Alejandro Marqués.

Si le coach a les joueurs offensifs pour, et qu'il a un effectif assez étoffé, je sais que le coach aime bien aussi jouer à deux avant-centres, ça correspond aussi à son style de jeu. Il s’adapte vraiment aux joueurs qu’il a à disposition. Mais oui, durant les deux ans, on a joué de nombreuses fois à deux avant-centres, même si ça varie. Le 4-3-3, il l'affectionne quand même. Il met beaucoup d'animation dans son jeu. En fait, son dispositif peut changer quand il a le ballon, quand il n'a pas le ballon. Mais je dirais que nous, on a beaucoup joué à deux avant-centres. Après, peut-être qu'il va mettre quelque chose de différent en place à Sainté.

Pas mal de supporters stéphanois ont accueilli sa nomination avec curiosité, avec intérêt mais aussi avec une pointe d’inquiétude. Comme Eirik Horneland, Ian Cathro n’a jamais entraîné en L2 et n’a jamais officié en France. Comme lui il prône un jeu très offensif et intense. Les Verts se feront-ils moins punir en transition avec leur nouveau coach écossais qu’avec leur ancien entraîneur norvégien ?

Ian Cathro prône certes un jeu offensif, mais il est très, très exigeant sur la phase défensive. On n'a pas forcément eu de réussite défensive en raison de différentes blessures, des joueurs en moins. Des choses ont fait qu'on a pris certains buts. Mais pour moi, chaque saison est différente, chaque club est différent, chaque joueur est différent. Ce n'est pas parce qu'on a pris beaucoup de buts et qu’on en aussi concédé pas mal que ça va se reproduire lors de ses prochaines expériences. Je peux comprendre qu'il y ait de l’inquiétude mais il met autant d'importance sur la phase défensive que sur la phase offensive. Pour moi, il n'y a pas forcément d'inquiétude à avoir. Tout dépend des joueurs.

Comment décrirais-tu la personnalité de Ian Cathro ?

C'est un entraîneur enthousiaste, dynamique, proche de ses joueurs aussi. C'est quelqu'un qui défendra toujours ses joueurs, son équipe et son club. Il cherche toujours à protéger les gens qui l'entourent. Et c'est quelqu'un dans le quotidien qui est souriant, qui aime rigoler. Et quand c'est la partie entraînement, il est dans son rôle qu’il affectionne, il se montre alors exigeant, travailleur, méticuleux.

Tu nous as dit que Ian Cathro s’adaptait à son effectif. Mais sait-il aussi s’adapter à ses adversaires ? Les analyse-t-il attentivement avant de les affronter ?

Son staff étudie énormément les forces et les faiblesses de l'adversaire. Ensuite, on le travaille à l'entraînement. Mais le coach a confiance en son projet de jeu, en ses joueurs et en ce qu'il met en place. Il n'a pas peur de l'adversaire. Il va prendre en compte les forces de l'adversaire, va essayer d’exploiter ses faiblesses aussi. Mais sur la partie offensive, qu'il affronte le dernier ou le premier, il reste fidèle à ses idées, à son plan de jeu. Il a confiance en son groupe. Le coach fait de la vidéo mais il affectionne beaucoup plus la partie terrain.

Peux-tu nous dire quelques mots de Bryant Lazaro, pressenti pour le rejoindre à l’ASSE ?

A Estoril, Ian Cathro a pu s’appuyer sur un staff compétent, très travailleur, qui étudie tout. Un staff très enthousiaste, ouvert à la discussion. Briant était l’adjoint numéro un de Ian Cathro. Ils s’entendent très bien, sont peu ou prou de la même génération, ça fait deux ans qu’ils bossent ensemble. Bryant prend une part active dans l’animation des séances. Il discute régulièrement avec les joueurs, est très impliqué. Avec le coach, il donne de la voix sur le terrain. Bryant peut un peu plus parler et l'entraîneur regarde un peu plus précisément chaque joueur. Les deux sont très actifs durant la séance. Bryant est un adjoint très ouvert à la discussion, qui encourage, qui est aussi exigeant et qui sait ce que l'entraîneur veut et aime. Bryant parle français, ça lui sera utile s’il suit Ian à Sainté.

Ce dernier ne parle pas encore français mais j’ai l’impression qu’il parle mieux que toi en portugais. Je me trompe ?

(Rires) Non mais ça fait pas mal d’années qu'il y travaille. Il s’y est mis il y a près de 15 ans, quand il était à Rio Ave. Ça ne m'étonnerait pas que dans quelques mois, il vous sorte quelques mots en français en conférence de presse et que dans un an, il parle couramment notre langue. Il va faire l’effort de s’exprimer en français car c’est quelqu’un de très ouvert, qui a vécu plusieurs expériences dans différents pays. C’est un atout pour lui, ça joue en sa faveur parce que ça lui permet de connaître différentes cultures et de gérer certaines situations différemment.

Tu connais bien la Ligue 2 pour y avoir joué 94 matches avec l’AJA (ton club formateur), 24 avec le TFC (sous les ordres d’un certain Philippe Montanier) et 37 avec le Pau FC (sous les ordres de Didier Tholot puis de Nicolas Usaï). Ian Cathro peut-il s’imposer dans ce championnat loin d’être facile et qu’il va découvrir ?

La Ligue 2 est un championnat compliqué, difficile. C’est vrai. Tu sais mieux que moi que c’est difficile de monter. Mais Ian Cathro a cette faculté à s'adapter. Ça ne m'étonnerait pas qu'à l'heure actuelle, il soit en train de regarder et de re-regarder des matchs de cette saison qui vient de s’écouler de Saint-Etienne, d’en apprendre davantage sur ce championnat de L2. Je ne serais vraiment pas surpris si je vois les Verts monter avec lui. Je pense qu’il a la personnalité et le caractère pour gérer la pression d’un club comme l’ASSE. D’un point de vue football, connaissant ce qu’il veut mettre en place et connaissant la structure de Saint-Etienne, ça peut être une belle association pour atteindre vos objectifs. C’est tout ce que vous souhaite !

Quelles différences notables as-tu relevé entre la Ligue 2 et l’élite portugaise ?

Je dirais que le championnat de Ligue 2 est athlétique, les différences peuvent beaucoup se faire individuellement. En Ligue portugaise, le championnat est physique mais aussi très basé sur la tactique et la technique. C'est souvent collectivement que la différence se fait. Il n'y a pas beaucoup d'écarts entre les équipes. C'est souvent collectivement que les équipes arrivent à gagner ou non un match.

Tu viens de finir sur le podium des meilleurs buteurs de la saison de L1 portugaise avec 20 buts. Actuellement sous contrat avec Estoril jusqu’en 2028, tu es certainement convoité par d’autres clubs. Ian Cathro a-t-il a prévu de t'emmener avec lui dans ses bagages ?

(Rires) Il faut le demander à lui. La partie mercato je n’en parle pas, moi je suis en vacances. Pour l’instant je n’ai reçu aucun coup de fil, je suis vraiment en vacances.

En attendant ce coup de fil, as-tu une anecdote à nous raconter concernant Ian Cathro ?

Je dirais le jour où j’ai repris l’entraînement avant d’attaquer ma 2e saison à Estoril. J'avais une réunion avec lui. Il m'avait fixé l'objectif de mettre 20 buts. Il m'a dit qu'il avait confiance. Que ça pouvait paraître fou, que peut-être peu de gens pouvaient y croire mais que lui y croyait vraiment car il avait confiance en moi. Il m’a dit qu’il allait être exigeant avec moi pour que j’atteigne cet objectif. J’ai réussi à atteindre cet objectif, je l’ai remercié. On s’est félicité, tous simplement (sourire).

L’ASSE a quant à elle échoué dans son objectif de remontée, notamment à cause du manque de tauliers au niveau, de joueurs cadres à même de tirer le groupe vers le haut. Ian Cathro s’est-il appuyé sur de tels joueurs pour performer à Estoril ?

C’est un entraîneur qui a déjà mine de rien une belle expérience pour son jeune âge. Il est aussi à l’aise pour manager un joueur expérimenté qu’un très jeune qui sort du centre de formation. A Estoril, il avait une sorte de « conseil des sages ». Il s’est appuyé sur 5 tauliers du vestiaire, des joueurs avec une grande expérience qui lui servaient de relais. Il avait 5 capitaines qui transmettaient les messages et qui faisaient le relais.

Que ce soit pour rester et performer dans l’élite ou pour la retrouver, pour moi c'est important d'avoir quelques tauliers dans un vestiaire, des joueurs fiables, exemplaires et expérimentés qui savent faire le relais et qui savent s'occuper de différentes situations qui se passent dans un vestiaire sans que le coach n’ait besoin d’intervenir. C’est précieux d’avoir de tels guides dans un effectif car on sait que les saisons sont très longues.

 

Merci à Yanis pour sa disponibilité