Il nous cite Coluche et nous fait du De Funès. Sourires.

Il nous gagne des matchs. Joie.


Dans le foot comme dans la vie, un sourire c’est superflu et essentiel à la fois. Une joie, c’est des souvenirs pour une vie :  un petit filet rennais à l’aube du COVID, un doublé du diablotin ou encore un doigt d’Ibra pointé dans le ciel lorrain.  

Depuis le départ de Gasset on en a vite fait le tour de nos joies vertes, et il est temps que la fameuse rouetourne s’arrête sur la case Sainté. C’est pour ça que Philippe Montanier est là, et si la joie attendra le printemps, l’espoir au moins a déja fait son retour, escorté de quelques sourires parfois inattendus. Ainsi, à coups de citations bien senties, le coach a commencé en conviant l'humour en conférence de presse. Puis, à son corps et son accent défendant, il a prolongé cet allégement de l'atmosphère par ses discours distillés au groupe dans un anglais macronien, les for sure en moins.

En la matière, les extraits de la causerie de Montanier à la mi-temps du dernier Guingamp-Sainté justifient à eux seuls le principe de l’inside, qui s’était depuis trop longtemps perdu dans un exercice répété et lassant de communication sans saveur. Dans un mélange hilarant appelant à la vigilance tout en encourageant la confiance, il nous a ainsi sorti un «never is acquired (prononcé aqua rit aide) but on mène 2-0, quand même ! » que n’aurait pas renié le De Funès de la Grande Vadrouille venu au hammam pour pick up MacIntosh.

Ne soyons pas dupes, sans résultats, les insides seraient moins savoureux, les causeries moins goutues. A réaliser qu’il y a quelques semaines seulement, on quittait Geoffroy la tête basse en fredonnant le pendant que Boulogne se désespère du si bien nommé Chagrin d'Amour et qu’on en est sorti samedi dernier en sifflotant gaiement l'air de tea for two and two for tea, on en conclut à la fois que tout est plus simple quand la victoire est là mais aussi qu'il vaut toujours mieux miser sur les grands classiques pour obtenir une montée.

Par exemple rappeler comme Sir Alex le disait qu'avec une bonne attaque on gagne des matchs, et qu'avec une bonne défense on gagne des titres,

par exemple aller chercher un Le Cardinal pour pas cher, qui a la tête sur les épaules, connaît le championnat et considère Sainté comme un aboutissement et non pas un tremplin comme on le fit en janvier 2024 avec Cardona,

par exemple se dire que, dans un foot où l’éparpillement façon puzzle d’un vestiaire en 30 objectifs individuels est la menace n°1 qui pèse sur l'ambition collective, les qualités managériales d’un coach sachant embarquer ses troupes sont sans nul doute la clé de la réussite,

par exemple se dire que pour embarquer un vestiaire la langue est un lien nécessaire, car sa bonne utilisation permet parfois de toucher les âmes.

Grâce à une révélation tardive, un bon sang mais c’est bien sûr ! arrivé presque dans les cinq dernières minutes du championnat, KSV a enfin compris que l’homme du pays (land) des cornes (horne) nous avait fait cocu. Soyons franc, servies avec une franchise et une énergie louables, ses promesses à base d’intensité et d’offensives débridées pouvaient séduire… au début.

Mais la tentation fut grande, et le fut vite pour certains, de considérer que le gap culturel entre le natif d’Haugesund et Sainté était probablement trop grand à combler dans un contexte où le temps nous était compté la saison dernière.

Or, cette saison, du temps il en eut. Et pourtant, dès l’été envolé, les mêmes symptômes désespérants sont réapparus, et avec eux le sentiment puis la certitude que l'équipe ne progressait pas. Constat qu'Horneland faisait à 22h chaque samedi, dans un mélange désarmant et inquiétant de sincérité et d'impuissance, qu'il prolongeait quelques jours plus tard, déprimant enchaînement, dans sa traditionnelle conférence de presse du jeudi, en opposant aux mêmes constats d’échec les mêmes réponses, les mêmes phrases, vides de sens.

Lorsqu’ils sont arrivés avec leur communication à rendre jaloux Accenture, BCG et E&Y réunis les Kilmers semblaient pourtant cocher toutes les cases des dirigeants parfaits : de l’argent, un projet à long terme, de l’expérience. Mais Sainté n’est pas une entreprise du CAC 40, et il manquait une chose, essentielle et immatérielle, précieuse et fragile : l’âme.

Aujourd’hui, pardon pour l’emballement qui filerait presque les chocottes, désolé pour le raccourci sans doute un peu rapide, il semblerait qu’on ait, par la grâce d’un entraîneur, enfin retrouvé la dernière pièce du puzzle.

Si les victoires restent encore laborieuses, elles ont l'immense mérite de sentir la sueur plus que la suffisance, de traduire une envie collective plus que le talent intermittent de certains.

Au point déjà d'oser parier qu’en mai, au soir d’Amiens, c’est Renaud qui nous accompagnera à la sortie de Geoffroy : It is not because you are, I love you because I do. C'est pas parc' que you are me qu'I am you.