Ancien de la maison verte où il aura exercé de nombreuses fonctions (directeur du centre de formation, entraîneur des U15, des U17, superviseur des adversaires de l'équipe première pour Frédéric Antonetti, adjoint de Laurent Roussey), David Guion est aussi recordman du nombre de points sur une saison de L2 (88 avec le Stade de Reims en 2017-2018). Ex-entraîneur des Girondins et de l'actuel leader troyen, le natif du Mans nous a livré ses impressions avant le choc programmé ce samedi soir à Auguste-Delaune.  


David, que deviens-tu depuis que tu as quitté l’Estac l’été 2024 ?

Comme pas mal d’entraîneurs, je suis à la recherche du club, du projet sportif qui va me convenir, tout simplement, et dans lequel je vais pouvoir m'épanouir. Au début, on est dans une période où on a besoin de récupérer, d'analyser, de prendre du recul et après, quand on est passionné, on a envie de rebondir sur un projet qu'on a envie de sentir, de partager. On souhaite commencer à préparer les entraînements, les semaines, les matchs. On rencontre des gens, on passe du temps aussi à aller voir des matchs, à analyser des matchs. Parfois, on doit prendre des décisions. J’ai eu des contacts en France comme à l’étranger depuis mon départ de l’Estac. Parfois, je n'ai pas été choisi et parfois, c'est moi qui ai refusé.

Je suppose que te suis de près la Ligue 2, d’autant plus que tu as officié dans plusieurs clubs qui se battent pour monter.

Oui, je suis allé voir quelques matches et j’en regarde pas mal à la télé. Lors de la dernière journée par exemple, j’ai vu tout le derby entre Troyes et Reims et j’ai visionné aussi une grande partie du match des Verts contre Clermont. Dans cette Ligue 2, il n'y a pas énormément de surprises, dans le sens où les trois équipes qui ont le plus de moyens, c'est-à-dire Saint-Etienne, Reims et Troyes sont dans le top 5. Un peu comme en Ligue 1, les clubs qui ont des moyens sont là-haut. C'est déjà le premier constat que l'on peut faire.

D"autres clubs bien moins fortunés se mêlent à cette lutte pour la montée, on y reviendra. Mais focalisons nous d'abord sur les rélégués qui s'affronteront ce samedi à Auguste-Delaune. Reims a mis un peu plus de temps pour digérer la descente que Saint-Etienne…

Tout à fait, Reims ne s'y était pas préparé, c'était inattendu. Avant d’attaquer la dernière journée, les Rémois étaient 14èmes, mais ils ont fini à la 16e place avant de s’incliner en barrage face au FC Metz. Les Verts ont quant à eux passé quasiment toute la saison aux 3 dernières places. Les Rémois ont eu du retard à l'allumage, comme on dit, avec un nouveau coach, Karel Geraerts, qui ne connaissait pas la Ligue 2. Eirik Horneland découvre lui aussi la Ligue 2 mais ça fait maintenant un an qu’il est au club.

Les deux clubs ont dû faire face à des joueurs qui avaient des velléités de départ mais qui n’ont pas bougé et qui sont d’ailleurs "partis pour rester" comme on dit. C’est le cas de Lucas Stassin à Saint-Etienne mais aussi de Keito Nakamura à Reims. Je pense que le président Caillot a vraiment eu raison d'insister pour le garder, parce qu'on s'aperçoit que depuis qu'il joue, l'équipe est sur une très bonne dynamique. C'est vraiment le facteur X de cette équipe. C'est vraiment un joueur qui n'a rien à faire en Ligue 2, qu'on soit d'accord.

Cette équipe de Reims devait régler son problème défensif. Elle l'a progressivement réglé. Elle est devenue plus solide, ce qui fait qu'elle a fait une dynamique de résultats intéressante. On sait qu'en Ligue 2, les dynamiques sont importantes, sont déterminantes. Reims était sur une série de 9 matches d’invincibilité, était remonté à la 2e place mais vient de perdre à Troyes. Les Rémois ont raté ce derby. Cette équipe est passée complètement à travers. Elle s'est trompée, je pense, dans le sens où elle n'a pas du tout pensé au jeu.

L’équipe de Reims est partie dans des émotions qui ne correspondaient pas du tout à ce que le match demandait. Elle a été logiquement punie sur ce match-là, puisqu'elle n'a pas joué, et puis elle est partie sur un autre terrain. C'est dommage pour eux. Il faut que ça leur serve vraiment de leçon pour le futur. Ils ont pourtant joué toute une mi-temps en supériorité numérique mais leur réduction du score a été trop tardive. Je leur ai vu faire de bien meilleurs matches, des rencontres mieux maitrisées.

Quelles sont les principales caractéristiques de cette équipe de Reims ?

Je trouve que c'est une équipe très athlétique. Elle dégage une puissance, une force au-dessus de la moyenne. Même si elle a vraiment progressé depuis le début de saison, elle doit travailler encore sur son bloc équipe et sur sa solidité. Comme Saint-Etienne, je suppose qu’on y viendra après. Le Stade de Reims a la 2e meilleure attaque du championnat, ex aequo avec Dunkerque, juste derrière Sainté qui a marqué un but de plus. Cette équipe a le talent individuel pour faire la différence, avec Nakamura bien sûr, mais aussi avec des joueurs comme Mohamed Daramy, qui a été longtemps blessé cette saison mais qui est entré en jeu à Troyes.

J’ai vu que Reims s’est fait prêter par Nantes le jeune Yassine Benhattab. Le jeune milieu offensif Martial Dia (19 ans) est intéressant, il a d’ailleurs marqué 4 buts. Mais cette équipe de Reims vient de perdre son leader, un leader de vestiaire quand même, en l'occurrence Teddy Teuma, qui avait été très bon à Geoffroy-Guichard, il avait d’ailleurs réalisé un doublé. Il faudra voir un petit peu qui va prendre le leadership dans cette équipe, parce que je pense que c'est une équipe qui risque d’en manquer.

Il y a quand même Nicolas Pallois, non ?

Certes, il y a Nico qui est un leader d'exemple, de travail et d'exemplarité. Mais ce n'est pas un aboyeur. Il a un autre leadership, mais il n'a pas le leadership de vestiaire que pouvait avoir Teddy Teuma à mon avis. Certes, ce dernier avait perdu sa place de titulaire depuis quelques journées. Il manquait de temps de jeu et vient de partir au Standard. Mais je pense qu'il assurait quand même un rôle de cadre à Reims, il veillait certainement aussi à l'engagement, à la détermination, à toutes ces valeurs qui sont importantes à rappeler.

C'est quand même une équipe qui a un peu d'expérience de la Ligue 1, parce que la plupart des garçons ont joué dans ce championnat, même les jeunes joueurs. Il faut faire attention d'ici la fin du Mercato parce que certains d’entre eux sont sollicités. On voit bien que c'est une équipe qui bouge beaucoup, elle vient d’ailleurs de se faire prêter par La Gantoise le défenseur central camerounais Samuel Kotto. Elle avait recruté trois joueurs offensifs cet été, elle les a fait repartir cet hiver. Reims va avoir besoin de stabilité.

L'effectif stéphanois est très stable en cette période de mercato hivernal. Toi qui as vu pas mal de matches des Verts cette saison en tout ou partie, à quel(s) poste(s) penses-tu que l’ASSE serait bien inspirée de se renforcer d’ici la fin du mois ?

Devant, les Verts ont clairement ce qu'il faut, que ce soit en qualité ou en nombre. Derrière, c'est vrai qu'ils ont perdu Bernauer, mais ils sont pourvus en défense centrale avec Nadé et Chico qui est revenu de blessure. Les latéraux ont été doublés. Ceux qui occupent ce poste actuellement ne sont pas forcément ceux qu’on attendait. Le petit Kévin Pédro commence à faire son trou à droite et peut aussi jouer en charnière. De l’autre côté, à gauche, cela fait quelques matches que Ben Old est titulaire, on l’a fait reculer car à la base c’était plutôt un ailier.

De ce que je vois, l’ASSE a besoin de puissance, de muscle et de force au milieu de terrain. D'un joueur comme ça avec un gros caractère, du muscle et de la force. Parce que Flo est un meneur de jeu qui joue un peu bas. Mahmoud Jaber est un joueur assez complet quand même, c’est un bon joueur. Le petit Igor Miladinovic est un technicien mais il a besoin encore d'avoir de l'expérience de match. Aïmen Moueffek est assez complet mais il doit encore monter le curseur.

Quelle analyse fais-tu de la saison des Verts ? Les plus optimistes des supporters stéphanois pensaient que l’ASSE était capable de faire aussi bien que ton équipe rémoise de la saison 2017-2018, qui détient toujours et sans doute pour longtemps le record du nombre de points d’une équipe de L2 : 88 (soit 2,32 points par match car à l'époque c'était un championnat à 20 clubs) !

Je ne vais pas être très original, mais quand on a été champion avec Reims, on était la meilleure défense. On avait encaissé 24 buts en 38 journées [notamment grâce au récent vainqueur de la CAN Edouard Mendy mais aussi à un certain Yunis Abdelhamid, ndp2] Les Verts en ont déjà pris un de plus en deux fois moins de matches. Mais il faut quand même noter qu’ils viennent d’enchaîner deux clean sheets, au Mans et contre Clermont. Quand on a fini 3e avec Bordeaux la saison 2022-2023 juste derrière Mez, on avait la 2e meilleure défense derrière Le Havre. Aujourd'hui, surtout en Ligue 2, si tu n'es pas solide, ça ne passe pas. C’est une condition indispensable.

Cette saison, je suis allé voir les Verts à Amiens au début de l’automne et ils avaient su s’imposer sans prendre de buts. Mais ils en ont encaissé beaucoup la première partie de saison, dès la première journée d’ailleurs. Ils ont en effet concédé le nul 3-3 sur le terrain d’une équipe de Laval pourtant en grande difficulté cette saison car je crois que les Tango n’ont marqué qu’une dizaine de fois depuis ce match estival contre les Verts. Saint-Etienne est une équipe qui doit obligatoirement devenir beaucoup plus solide si elle veut monter.

Il fait dire aussi que les Verts ont été aussi très contrariés avec la blessure de leur défenseur central Chico Lamba, que j’avais bien aimé au Stade de la Licorne. C’est vraiment un très bon joueur. Maintenant, c'est Maxime Bernauer qui est forfait jusqu’à la fin de saison apparemment. Je trouve qu'il n'y a pas de stabilité au niveau des joueurs derrière et ça entraîne évidemment tous ces problèmes. Je pense aussi que la première ligne de pression doit mieux travailler pour aider l'équipe au niveau du travail défensif. Il faut qu’ils réussissent à régler leurs problèmes de solidité, de bloc équipe défensif.

Cette équipe stéphanoise a un gros avantage par rapport aux autres : elle a du talent offensif à revendre. Je connais bien Zuka pour l’avoir eu chez les Girondins. Les Verts ont su garder Stassin. J'aime beaucoup le petit Augustine Boakye dans ses démarquages, dans la compréhension du jeu. Je trouve ce joueur offensif ghanéen vraiment très intéressant. De toute façon, ce n'est pas compliqué. Quelle équipe de Ligue 2 a les moyens de mettre Irvin Cardona sur le banc de touche ? Attention, le coach a certainement ses raisons de ne pas le faire jouer et elles sont bonnes, il n'y a pas de souci !

Les Stéphanois comme les Rémois n’ont pas de temps à perdre. Ils ont déjà perdu 5 matches, on en avait perdu 4 en tout la saison où on a été champions de Ligue 2 avec Reims. On sait qu'au-delà de 8 défaites, ça devient compliqué. A mon avis, il ne reste plus qu'une place pour la montée directe. Je pense que Troyes va monter. Mais l'équipe qui joue le mieux actuellement, c'est Dunkerque. C’est la meilleure équipe dans le jeu. Ça va sans doute être difficile de distancer cette équipe.

En début de saison, certains médias mais aussi un entraîneur (le Grenoblois Franck Rizzetto) et un ex dirigeant stéphanois (l’inénarrable Bernard Caïazzo) avaient dépeint l’ASSE comme le PSG de la Ligue 2, beaucoup avaient collé aux Verts la pancarte d’archi-favoris du fait de leurs moyens financiers hors norme en deuxième divison. Force est de constater que les Verts sont loin d’écraser la Ligue 2. Ça te surprend ?

Non, parce qu'il y a une chose qu'on oublie, j’ai connu ça aussi avec Bordeaux : Saint-Etienne ne fait pas le même championnat que les autres. Dès que Sainté se déplace, c’est guichets fermés. Ce n'est pas une critique, mais quand Troyes, Reims voire Dunkerque se déplacent, il y a peut-être 500 spectateurs en plus à tout casser. Pour l'avoir vécu quand les Girondins étaient très attendus par leurs adversaires, tout le monde a envie de battre Saint-Etienne. On n'a pas envie de battre que les joueurs. On a envie de battre ce club. Je le sais bien, l'adversité est beaucoup plus difficile quand on est à Saint-Etienne ou à Bordeaux.

Le coach stéphanois doit certainement insister là-dessus, ses joueurs doivent faire preuve de beaucoup plus de personnalité. Quand on est dans un club populaire comme Saint-Etienne, avec ce qui nous attend à chaque déplacement, la personnalité dans un club comme celui-ci est indispensable à avoir. Il faut que Saint-Etienne travaille là-dessus. On l'a bien vu la saison dernière, tout le travail qu'a dû faire De Zerbi avec Marseille pour que les joueurs aient plus de personnalité. Quand on est dans des clubs comme ça, c'est important de tenir compte de ça dans le recrutement.

Je pense que les gens voient les joueurs qui sont sur le papier. En effet, intrinsèquement, Saint-Etienne a les 10% de valeur en plus, c'est évident. Mais il faut les mettre sur le terrain avec beaucoup de personnalité parce qu'en face, il y a des joueurs, il y a le public, il y a tout le club en face qui veut taper Saint-Etienne. Pour relever ce challenge-là, il faut des joueurs à forte personnalité et avec beaucoup de caractère.

Ton ancien joueur girondin Zuriko Davitashvili en fait partie ? Quel regard portes-tu sur sa saison ?

A part les deux matches contre Clermont car il était blessé et celui à Troyes car il est resté sur le banc, je crois que Zuka a joué tous les matches de championnat cette saison. Zuka a déjà mis 8 buts, c’est l’un des meilleurs buteurs du championnat, le meilleur à Sainté en tout cas cette saison. Je vois qu'en efficacité, il avance. J’ai le sentiment qu’il est dans un environnement qui lui convient. Zuka, c'est quelqu'un de généreux. Il n'y a pas de raison qu'il ne montre pas l'exemple à ses camarades. Il l'a vécu avec moi à Bordeaux.

Il sait la difficulté de la tâche et il sait comment faire parce qu'on l'a vécu ensemble. Il doit être un moteur de cette équipe-là pour l'emmener vers plus de victoires. Sur ce que je vois, il le fait, mais il doit être encore plus régulier dans ses matchs, dans ses performances parce que ça va beaucoup dépendre aussi de lui. On voit bien qu’il a le talent pour faire la différence. On l’a vu notamment à Boulogne, à Montpellier voire contre Bastia. Il faut qu'il emmène cette équipe-là. Il l'a vécu, il sait que ça va se jouer sur pas grand-chose. Il doit être capable d'apporter sa personnalité, son expérience à l'équipe.

Que penses-tu de son actuel entraîneur Eirik Horneland ?

C'est très difficile de répondre à cette question. Il faut être dans le vestiaire, il faut être aux entraînements. Vu de l’extérieur, il a l'air de travailler dans le calme. Je pense que c'est important. On a vu assez rapidement comment il voulait jouer avec son 4-3-3 et son envie de mettre de la densité côté ballon. Les choses sont assez claires et lisibles. Je pense que le constat, il le tire lui-même. Je pense qu'il sait où doit se trouver le principal axe de son travail. Avec son staff, il travaille sur la personnalité des joueurs. Ce n'est pas que le coach. C'est l'alignement de tout le monde dans le club. Il faut qu'ils soient tous alignés pour travailler là-dessus.

Sur les aspects technico-tactiques, il le sait très bien, il faut que son équipe soit plus solide. Je pense qu'il n'a pas été aidé par le nombre de blessures. Son équipe a manqué de stabilité défensive depuis le début de la saison. Chico Lamba vient de faire son retour contre Clermont après une longue absence, les Verts viennent d’enchaîner deux matches sans prendre de but. Il y a des prémices, des motifs d’espoir mais il faut confirmer. Sinon, ce sera difficile de monter. Ce n'est pas compliqué : Troyes et le Red Star ont les deux meilleures défenses et je constate que ce sont les deux premiers du classement.

Pourquoi es-tu convaincu que Troyes montera directement ? L’Estac a certes 7 points d’avance sur le 3e (Sainté) actuellement mais il reste encore 15 journées… Tu ne les vois pas flancher ?

Non. C’est vraiment que le championnat est encore très long, tu as raison de le souligner. Mais au-delà de son avance comptable certes par irrattrapable, c’est l’assurance et la cohérence dégagées par cette équipe troyenne qui me marquent. Les Troyens vont à l'essentiel. C'est un bloc équipe très difficile à renverser. Ils font ce qu'ils savent faire. Ils sont à vocation technique, parce qu'ils ont leurs trois milieux de terrain et leurs trois attaquants qui sont techniques. Donc quand ils récupèrent le ballon, ils ne se trompent pas beaucoup.

J’aime beaucoup le milieu de terrain de l’Estac. Dans ce secteur de jeu, Troyes a des joueurs techniques et qui courent beaucoup. Des joueurs aérobie. C’est une équipe très pragmatique, qui va à l'essentiel, qui est très bonne sur le travail de transition. L’Estac travaille beaucoup là-dessus. Ce n'est pas une équipe qui va commencer à repartir de derrière, à mettre des supériorités. Chaque joueur est dans son rôle. Il y a très peu de permutations. Les gars restent à leur poste. Ils font très bien ce qu'ils savent faire bien à leur poste. Ils sont solides derrière. Ils ont un bon bloc équipe.

Et puis les histoires de match vont dans le bon sens. On l'a vu juste avant la trêve à Boulogne. A la 85e, ils peuvent perdre le match et ils le gagnent à la 93e. C’est en outre une équipe qui a réussi plusieurs fois à s’imposer tout en étant en infériorité numérique. Ce sont des bons signaux. Contre Reims, c'est tout à fait normal qu'ils aient gagné. A 10 contre 11, ils n'ont pas paniqué. Ils restent concentrés dans le jeu. C'est ça qui fait leur force. C'est pour toutes ces raisons que je pense que les Troyens vont monter.

Comment as-tu vécu le fait d’entrainer l’Estac, qui n’est qu’un club satellite parmi beaucoup d’autres dans la galaxie de City Group ? Comment as-tu vécu cette expérience de la multiproprieté ?

J'ai voulu tout de suite replonger derrière Bordeaux aussi parce que c'était City Group et que je voulais découvrir ce qu’était la multipropriété. Je trouvais que c'était enrichissant pour un entraîneur de voir ça. Je ne regrette pas cette expérience. J'ai eu d'excellents rapports avec City Group et avec Brian Merwood. C'était vraiment très intéressant. On avait des ressources incroyables, des garçons qui pouvaient se déplacer pour nous expliquer plein de choses, que ce soit sur le jeu, sur la méthodologie, etc. On avait des ressources, qu'elles soient humaines ou opérationnelles, vraiment de très haut niveau.

Et je savais aussi que le projet, c'était le développement des joueurs. Donc à partir du moment où c'était clair à ce niveau-là, moi je suis un entraîneur corporate, le club m'explique ses objectifs. Soit je dis oui et je suis à fond dans ses objectifs, soit je dis non parce que je ne suis pas d'accord. J'étais tout à fait d'accord avec cet objectif-là, c'est-à-dire le développement des jeunes. Mais j’ai rejoint le club dans un moment de crise profonde, c'était difficile. J'ai apprécié d'avoir des ressources sur lesquelles on peut s'appuyer parce que ça reste des ressources de haut niveau. Après, il y a des choses qu'il faut prendre tout en gardant sa personnalité…

Quand l’Estac sera en Ligue 1, les décideurs resteront sur la même politique, c’est-à-dire le développement des jeunes. Ce que j'avais donné comme constat, c'est que des jeunes du centre de formation troyen arrivaient mais qu’il fallait les entourer par des bons joueurs de Ligue 2 de façon à ce qu'ils puissent s'éclater. J’avais déjà pris Adrien Monfray avant de partir. C’est le capitaine de l’Estac, un joueur solide, fiable et important dans la très belle saison que font les Troyens.

Et puis derrière, il y a des garçons qui sont arrivés comme Antoine Mille, Merwan Ifanoui, Tawfik Bentayeb, Martin Adline, etc. Ce sont tous des bons joueurs de Ligue 2 qui entourent et qui mettent en valeur les petits Mathys Detourbet, Yvann Titi, etc. On voit que la mayonnaise prend bien.

Vis-tu avec un pincement au coeur la réussite actuelle de Troyes, qui performe davantage qu’avec toi ? Tu aurais aimé bénéficier du groupe actuel de l’Estac ?

Je savais que le contexte était très difficile encore pendant 6 mois, ce qui a été le cas puisque l'année dernière, pendant 6 mois, ils étaient dans les 3 derniers. Mais comme je l'avais dit quand j'avais signé, je savais que c'était un club qui avait beaucoup de résilience. Parce qu'en fin de compte, c'est un club dont l’ADN est malheureusement « je monte, je descends, je monte, je descends ».

L’Estac a eu beaucoup de résilience pour à chaque fois remonter quand elle est descendue. Donc, je savais que c'était un passage difficile, qu'il fallait être encore patient 6 mois, qu'il fallait 2 ou 3 mercatos pour changer tout ça. Le club a décidé de tout changer : président, directeur sportif, entraîneur, staff performance, etc. Aujourd'hui, le projet correspond exactement à ce que je pensais que j'avais mis comme constat.

C’est ton ancien adjoint rémois Stéphane Dumont qui t’a succédé sur le banc de l’Estac. Vous avez échangé au moment de sa prise de poste ?

Bien sûr ! Stéphane m'avait appelé. Je lui ai dit : « tu vas avoir 6 mois difficiles pour remettre tout ça en place. Et puis après, tu vas après avec 2 ou 3 mercatos, tu as tout pour très bien travailler, City Group va te mettre dans de bonnes conditions. » Et c'est le cas. Je suis content pour Stéphane et pour Troyes, évidemment car c’est un club attachant. C'est un club convivial, qui ne laisse pas indifférent, avec de bonnes conditions de travail. Je suis vraiment content que les Troyens soient en passe de retrouver la Ligue 1. Le plus dur, ça va être de rester dans l’élite, de mettre de la pérennité dans tout ça. Mais je pense que City Group a maintenant compris tout ça.

A t’écouter, Troyes a déjà un pied en Ligue 1. Et pour le reste, que t’inspire la course à la montée ?

Je pense en effet que Troyes sera promu et qu’il ne reste plus qu’une place pour la montée directe. Au niveau du jeu, Dunkerque est la meilleure équipe. L’USLD a certes vendu Gessime Yassine mais elle vient de se faire prêter par Metz l’ailier Morgan Bokele. Je trouve que les Dunkerquois sont beaucoup plus offensifs que la saison dernière. Offensivement ils sont meilleurs et ils ont l’expérience de la saison passée. Souviens-toi, ils avaient fini à la 4e place et Metz avait eu beaucoup de mal à les taper en play-off avant de remporter son barrage contre Reims. Si les Dunkerquois poursuivent sur leur lancée, s'ils n'ont pas trop de problèmes… Ils ont de vrais arguments pour monter.

Si je résume ta pensée, Troyes sera très probablement champion, Sainté, Reims et Dunkerque visent la 2e place. Quid du Red Star, actuellement 2e, et Le Mans actuellement 4e ?

Je peux me tromper bien sûr mais je ne vois pas ces deux équipes finir dans les deux premières places. Avec Guingamp, qui certes part de loin mais reste sur deux succès probants, je les vois plutôt viser le top 5, un peu comme l’avait fait Rodez qui avait terminé 4e il y a 2 saisons quand Sainté est monté après l’avoir battu en play-off. J’aimerais bien que Le Mans monte car je suis Manceau. Ils font une saison assez remarquable pour un promu. J’étais au stade Marie-Marvingt lors de leur dernière défaite, contre Rodez justement. C’était en septembre, lors de la 5e journée. Ils sont invaincus depuis 18 matches toutes compétitions confondues !

Les Manceaux sont sur une super dynamique lancée lors des six derniers mois de la dernière saison en National. Ils avaient fait une sacrée remontée. Ils ont un projet de jeu qui leur convient. Les joueurs se reconnaissent dedans. Ils arrivent à maturité tous ensemble. Il n'y a pas énormément de changements. C'est une équipe qui va finir le championnat avec de l'ambition. Mais il ne faut pas oublier que quand on arrive dans les deux derniers mois, il faut jouer pour gagner.

Pour aller chercher des points. Il ne faut pas jouer seulement pour défendre une position ou quoi que ce soit. Il faut aller viser les victoires. Et je ne sais pas si des équipes comme le Red Star et Le Mans pourront faire ça. J’ai l’impression que Saint-Etienne et Reims sont plus en capacité de réaliser ça. Mais pour aborder au mieux la dernière ligne droite du championnat, les deux derniers mois, ils doivent négocier favorablement le mois et demi qui arrive. C’est pour ça que le choc programmé ce samedi soir à Delaune entre deux concurrents directs est important.

Reims ne peut pas se permettre de se planter. Il serait malvenu pour les Rémois de subir une deuxième défaite consécutive à ce stade de la saison et de voir les Verts prendre 5 points d’avance. Mais je constate que cette saison, les Rémois n’ont gagné aucun match contre les 4 équipes qui les précèdent actuellement au classement. Ils seront certainement désireux d’y parvenir ce week-end. De leur côté, les Verts doivent inévitablement s'affirmer pour aller chercher au plus vite cette deuxième place, parce que des équipes comme Dunkerque carburent. Sainté va devoir faire preuve de beaucoup de personnalité et de caractère pour attendre son objectif.

Le club compte aussi sur les meilleurs éléments de son centre de formation pour atteindre cet objectif. Des garçons comme Nadir El Jamali et Kévin Pédro sont en train de s’affirmer. En tant qu’ancien directeur du centre de formation de l’ASSE et d’ex-entraîneur des U15 et U17 stéphanois, tu vois ça d’un bon œil je suppose !

Oui, c'est quelque chose qui ne doit pas être négociable à Saint-Etienne, ça fait partie de son ADN. Il y a un très bon centre de formation à l’ASSE. Outre les deux joueurs que tu as cités, il y a le petit Paul Eymard aussi qui commence à jouer. Lui aussi est un jeune très intéressant. Luan Gadegbeku aussi avait montré de belles choses avant sa blessure. Sainté forme assurément des jeunes de qualité. Je pense qu’il faut leur laisser de la place pour qu’ils puissent jouer et s'épanouir. J’ai l’impression que ça fait partie du projet décidé par les dirigeants et mis en oeuvre par le coach.

Pour l’avoir vécu à Reims et à Bordeaux, il faut que ces jeunes soient dans de très bonnes conditions pour s’épanouir. Ces garçons-là doivent être entourés de leaders d'exemplarité. Pour moi, c'est important. Ce sont des choses qu'il faut mettre en place. Je l'ai vu notamment à Reims quand je faisais jouer Axel Disasi aux côtés de Yunis Abdelhamid. Axel a pris une valeur importante grâce à Yunis. Le petit Wout Faes est parti en Angleterre grâce à Yunis. C'est un seul exemple.

Il faut que tous ces gamins-là, pour qu'ils puissent jouer et donner le meilleur d'eux-mêmes, et ensuite progresser, soient bien entourés sur le terrain pour qu'ils puissent jouer en pleine confiance. Je pense que des garçons comme Flo Tardieu et Gautier Larsonneur sont capables de jouer ce rôle de cadres. C'est inévitable pour faire le relais de l'entraîneur. Et dans le staff du coach, il faut qu'il y ait vraiment ce garçon qui s'occupe des talents individuels. Les jeunes doivent avoir des entraînements individuels et tout un programme tourné autour d'eux. C'est essentiel pour qu'ils puissent s'épanouir et progresser.

Les dirigeants en ont sûrement conscience. A ce propos, que penses-tu de KSV ?

Il faut être à l’intérieur du club pour bien comprendre son fonctionnement. Vu de l’extérieur, ça me semble calme par rapport à d'habitude et ce n’est pas pour me déplaire.
En termes de communication, je vois qu'il n'y a que l'entraîneur qui s’exprime. Ça semble aussi un petit peu plus fluide à ce niveau-là. Je ne sais pas, si ça se trouve il y a un feu pas possible en interne (rires) mais ce n’est pas ce que je ressens. J’ai le sentiment qu’avec KSV, le club est plus serein qu’il ne l’a été.

D'habitude, on entend plein de choses sur Saint-Etienne, mais là, on voit notamment en cette période de mercato, il n’y a pas vraiment de rumeurs, juste quelques bruits. Les dirigeants ont l'air de rester sur leur position. Ils n'ont pas l'air de jouer à quoi que ce soit. Quand ils ont décidé de quelque chose, ils ont l'air de le faire. Ça me semble calme, ça me semble serein.

L’ASSE n’est pas un club satellite comme peuvent l’être le Racing Club de Strasbourg avec BlueCo et l’Estac avec City Group. On n’est pas mécontent que Sainté échappe à la multipropriété. Le modèle stéphanois est plus vertueux, non ?

Le tout, c'est qu'il faut coller à l'environnement vert. On connaît la spécificité de ce grand club qu’est l’ASSE, on connaît son ADN. Il faut être très proche de la communauté verte. Même dans le jeu. Aujourd'hui, le projet doit être autour de l'intensité. Il doit être du football agressif. Si à Saint-Etienne, tu es dans de l'intensité avec du football agressif, en faisant confiance à des jeunes, ta communauté va adhérer, ton peuple vert va te suivre. Je pense que les dirigeants de KSV et l’entraîneur ont envie d'aller là-dedans. Le staff s'est énormément enrichi au niveau de la cellule de performance et de la cellule de recrutement. Il y a une vision sur le recrutement un peu plus élargie qu’avant, plus internationale.

Il faut dire aussi que l’ASSE recourt beaucoup plus qu’avant à la data. T’en penses quoi ?

Déjà, il ne faut pas oublier une chose, c'est que la data doit te servir à une seule chose, à gagner des matchs. Ensuite, on a une multitude d'informations. Moi, je l'ai bien vu quand j'étais à Troyes avec City Group. J'avais accès à des ressources innombrables. Il faut être capable, par rapport à ton projet de jeu, d’aller à l'essentiel, pour que tes entraînements et ton match répondent à ce que tu veux. Il faut déjà bien cibler les indicateurs dont tu as besoin. Ça, c'est pour le projet de jeu. Ensuite, pour tout ce qui est le recrutement, la data c'est évidemment une aide à la décision. Ça doit être conforté inévitablement par l'œil, par la rencontre du joueur et par le feeling au niveau humain. Pour moi, on est là-dedans. La data doit aider à recruter le joueur qui correspond au profil souhaité. Mais c'est complémentaire à d'autres choses dans le recrutement.

 

Merci à David dans sa disponibilité