Entre Poteaux, c'est un format qui est à la fois un hommage et le descendant spirituel du légendaire Mastres & Compagnie! Retrouvez à chaque épisode un membre de notre communauté qui partagera ses anecdotes et son histoire au travers d'un entretien intimiste. Pour ce septième volet, nous recevons Pride1933 qui nous partage sa grande culture du mouvement ultra. Bonne lecture !
POTEAUX-CARRÉS : Salut Pride ! Qui est la personne derrière ce pseudo ?
Pride1933 : Salut ! Déjà, merci pour l’intérêt, ça me touche. Je suis supporter des Verts depuis toujours, grâce à mon père. J’ai quitté Saint-Étienne très jeune, à 5 ans, donc j’ai grandi loin de la ville. Mais malgré ça, j’ai toujours suivi les résultats et je montais régulièrement à Geoffroy-Guichard, ou en déplacement quand c’était possible.
La transmission est clairement familiale : mon père supportait les Verts, mes grands-parents vivaient encore à Saint-Étienne. Quand ils venaient, ils m’apportaient toujours quelque chose : écharpes, maillots, casquettes… j’étais immergé dedans dès tout petit.
C’est à l’adolescence que tout s’accélère. J’étais passionné de foot en général, avec les Onze Mondial, les Panini… Et un jour, vers 12-13 ans, je tombe sur Supmag, un magazine fait par les Ultras, pour les ultras. Là, révélation totale : je me rends compte que ce qui me fascine le plus, ce sont les tribunes.
Très vite, je me rapproche des groupes stéphanois. À 13 ans et demi, j’ai ma première carte de membre. Je commence à acheter du matériel de groupe, à fréquenter les locaux, à rencontrer des ultras. Mon objectif devient clair : faire partie intégrante d’un groupe et revenir vivre à Saint-Étienne, ce que je fais à 17 ans.
POTEAUX-CARRÉS : Tu as été impliqué dans le mouvement Ultra via les MF dans les années 90. Comment était le supportariat à ce moment-là ?
Pride1933 : À Saint-Étienne, comme beaucoup le savent surement, il y avait surtout deux groupes majeurs : les Magic Fans et les Green Angels. Les Magic étaient plus nombreux, mais les deux groupes avaient la même volonté de bien faire. Il y a également eu les Black Panthers, qui ont duré une petite saison de mémoire, et les Fan’Tastics également, ainsi que les Green Warriors en Sud notamment, mais l’histoire retiendra les MF et les GA.
C’était une période un peu particulière, encore marquée par l’héritage des années 80. On retrouvait un mélange assez étonnant : les Mastres, anciens supporters “traditionnels” et les nouveaux ultras. Tu pouvais voir un gars avec huit écharpes vertes à chaque bras à côté d’un autre en Bombers avec une tête de mort.
Les Green Angels, au début, c’était un petit noyau de jeunes avec deux tambours et un mégaphone. Les Magic Fans ont pris plus vite en ampleur, avec une identité forte dès le départ. Globalement, c’était une époque de transition, avec un mélange de styles et de mentalités.
POTEAUX-CARRÉS : Selon toi, comment a été perçue l’arrivée des ultras dans les tribunes Stéphanoises ?
Pride1933 : Pas si mal à mon sens. C’était certes une petite rupture, mais elle avait déjà été amorcée avec les Fighters qui avaient introduit les ultras à Geoffroy Guichard. Et en termes d’importance, le rôle des groupes a grandi petit à petit dans l’ensemble donc il n’y a pas eu de vrai choc thermique, en tout cas je n’en ai pas ressenti de mon coté.
POTEAUX-CARRÉS : Peux-tu nous raconter un déplacement type dans les années 90 ?
Pride1933 : Un déplacement dans les années 90, c’était beaucoup plus “à l’arrache” qu’aujourd’hui. Il y avait moins de police, parfois même pas de parcage visiteur. Les trajets se faisaient souvent dans des conditions assez libres : alcool, fumette, ambiance de groupe très forte. Il y avait aussi des comportements qu’on ne verrait plus aujourd’hui, comme les pillages de stations-service. Mais surtout, les arrivées au stade étaient beaucoup plus imprévisibles, plus “rock’n’roll”.
Au fond, le sportif passait parfois au second plan. Pour beaucoup, le groupe passait avant le club, même si l’ASSE restait évidemment le moteur de tout ça. C’était surtout une bande de potes qui se retrouvaient. Et malgré les mauvais résultats, les supporters étaient toujours là. Perdre n’empêchait pas d’être des centaines en déplacement quinze jours plus tard.
POTEAUX-CARRÉS : On dit souvent que le public stéphanois fait partie des meilleurs de France, et d’Europe. Quelles sont les raisons selon toi ?
Pride1933 : Plusieurs éléments expliquent ça. D’abord, la présence constante : Saint-Étienne chantait tout le match, sans interruption, ce qui était rare à l’époque. Ensuite, les déplacements : les Stéphanois étaient partout, en nombre. Il y a aussi les tifos, les chorégraphies, et évidemment les incidents, qui ont contribué à construire une réputation et un respect dans le milieu ultra. Les groupes stéphanois ont été parfois provoqués sur des affrontements violents par d’autres groupes plutôt orientés hooliganisme, et disons qu’ils ont su faire preuve d’un grand répondant pour obtenir le respect du milieu. C’est donc un ensemble : chants, déplacements, présence, mentalité…
POTEAUX-CARRÉS : On dit souvent que les tifos stéphanois sont parmi les meilleurs de France et d’Europe. Comment expliquer ce talent particulier dans cet exercice ?
Pride1933 : À Saint-Étienne, les tifos font partie d’un triptyque indissociable avec les chants et les déplacements. Les trois sont essentiels dans l’ADN des groupes.
Il y a une vraie culture de la performance : toujours vouloir faire mieux, ne jamais se reposer sur ses acquis. Et parfois, des éléments extérieurs aident, comme la présence de membres avec des compétences artistiques, je me souviens notamment de personnes qui étaient étudiants aux Beaux-Arts, forcément, ça aide à faire de beaux tifos. Faire preuve de talent, mais aussi d'ingéniosité, comme découper des sacs poubelles pour en faire des “feuilles noires”
POTEAUX-CARRÉS : Qu’est-ce qui a permis au mouvement de se développer partout en France dans les années 90 ?
Pride1933 : Clairement, Supmag. Avant Internet, c’était la référence. Il permettait de découvrir les groupes, d’échanger, de correspondre, et surtout de découvrir l’Italie, qui était le modèle. Entre 1992 et 1995-96, il y a eu une explosion du mouvement ultra en France. Chaque club voulait exister, se montrer, faire mieux que les autres. C’est cette période qui a posé les bases du mouvement actuel.
POTEAUX-CARRÉS : Tu as aussi connu le mouvement Ultra en Italie. Quelles différences avec la France ?
Pride1933 : La principale différence, c’est la culture. En Italie, le football est une religion. Tout le monde vit pour ça. Les ultras s’inscrivent dans une culture globale de groupe, qu’on retrouve aussi dans les mouvements sociaux. Les groupes italiens sont beaucoup plus nombreux : là où tu avais 500 membres d'un groupe ultra en France, tu pouvais en avoir 5000 en Italie. J’ai été impressionné en découvrant ça, c’est une autre dimension culturelle.
POTEAUX-CARRÉS : Aujourd’hui, les Ultras sont de plus en plus visés et stigmatisés par les autorités. Quelle est ta position à ce sujet ?
Pride1933 : C’est malheureusement une évolution logique. Les ultras sont parmi les derniers groupes réellement contestataires dans la société. Forcément, à force de provoquer les instances (fumigènes, banderoles…), il y a un retour de bâton. Le problème, c’est le manque d’unité. Si les groupes s’étaient unis à l’échelle nationale, et ce depuis 10 ou 20 ans, le rapport de force aurait pu être différent.
POTEAUX-CARRÉS : Comment vois-tu les stades sans les groupes ?
Pride1933 : Tout dépend de ce qui est interdit. Si on enlève les tambours, les tifos, les mégaphones… l’ambiance sera forcément très différente. Mais si on dissout seulement les structures, sans toucher aux personnes, le mouvement peut survivre. On ne dissout pas une mentalité. Même interdite dans les stades, elle continuera d’exister d’une manière ou d’une autre
POTEAUX-CARRÉS : Aujourd’hui, quel est ton rapport à l’ASSE et à ses tribunes ?
Pride1933 : Je reste un supporter passionné. Je n’ai pas raté un match depuis des années. Je suis toujours l’actualité, notamment via Poteaux-Carrés, et je transmets cette passion à mon fils. Je vais encore au stade de temps en temps, même si je vis plus loin.
POTEAUX-CARRÉS : Comment suis-tu les matchs aujourd’hui ?
Pride1933 : Principalement à distance, grâce à Internet. Et même plus qu’avant : je suis aussi les féminines et la réserve, ce que je ne faisais pas avant, et c’est aussi grâce à Poteaux-Carrés que je peux le faire !
POTEAUX-CARRÉS : Quel est ton avis sur l’équipe actuelle ?
Pride1933 : Je trouve l’équipe globalement bonne. J’avais des doutes sur certains postes, notamment les latéraux, et ça s’est confirmé. Mais le changement d’entraîneur a révélé le vrai niveau du groupe. Pour moi, cette équipe doit monter. Elle aurait même dû être championne facilement si Horneland n’avait pas été maintenu aussi longtemps. Son choix était une erreur à mes yeux, et ce depuis le début. Mais l’erreur a été corrigée, le groupe montre aujourd’hui son vrai potentiel sous Montanier et c’est le plus important
POTEAUX-CARRÉS : Concernant KSV, que penses-tu de leur stratégie ?
Pride1933 : La première saison est ratée, clairement. Mais ils ont su corriger le tir : meilleurs choix de recrutement, meilleure direction sportive, et surtout, une remise en question. On le voit notamment avec le recrutement d’un joueur comme Le Cardinal qui est une réussite totale alors qu’il ne rentrait pas dans les critères premiers de KSV. Aujourd’hui, je suis plutôt confiant. Le vrai test sera la montée et la gestion en Ligue 1.
POTEAUX-CARRÉS : As-tu une anecdote à nous partager ?
Pride1933 : Je me souviens d’un déplacement à l’époque D2 dans une petite ville, de mémoire c’était Guingamp. Il me semble qu’on avait gagné, et on était allé accueillir les joueurs à leur bus avant de repartir, on avait pu passer assez facilement car on s’était déplacés en J9. On a pu féliciter les joueurs quand ils regagnaient leur bus. En marchant, ils mangeaient des pains bagnats, de notre côté les après-matchs étaient assez compliqués car le peu d’argent qu’on avait partait dans les frais de déplacement et l’alcool, et du coup on avait souvent très faim. Avec 2-3 copains, on a demandé gentiment aux joueurs s’ils étaient d’accord pour nous laisser un de leurs pains bagnats, et Janot m’a laissé le sien. Il était vraiment délicieux et je m’en souviens encore à ce jour ! (rires)
POTEAUX-CARRÉS : Incroyable ! Jérémie mangeait donc niçois à cette époque déja... Souhaites-tu partager une seconde anecdote ?
Pride1933 : Juste avant l’arrivée de KSV, j’ai croisé Patrick Guillou dans la rue. A l’époque, on se connaissait un peu de visu car il était parrain des Magic Fans, on le voyait parfois au local, etc. Du coup, je le recroise il y a deux ans à présent, il était au tél, me voit, raccroche et on entame une longue conversation pendant quasiment une heure. Et a ce moment, je me rends compte que le mec est assez aigri et remonté contre le club, contre ce rachat de KSV, il était vraiment très négatif envers tout ça. Quelques semaines plus tard, il a commencé à faire transparaitre cette amertume dans ses chroniques pour le Progrès et ça m’a fait sourire de voir ça en sachant déjà qu’il était assez hostile à leur arrivée, le ton de ses articles parfois à charge ne me surprend pas vraiment.
POTEAUX-CARRÉS : Merci pour ce bel échange ! Je te laisse carte blanche pour le mot de la fin ?
Pride1933 : J’aimerais simplement rappeler qu’on est une communauté. Actuellement, sur le forum, on voit beaucoup de bashing, certains qui prennent de haut, insultent, ramènent de la politique… Gardez en tête que de base, on est une communauté soudée, on est tous supporters des verts et il est important de se respecter tous ensemble !
Questions en vrac
POTEAUX-CARRÉS : Ton joueur préféré ?
Pride1933 : Romain Hamouma, il représentait tout ce que j’aimais, humble, bon et s’arrachait. Il était fidèle.
POTEAUX-CARRÉS : Ton entraineur préféré ?
Pride1933 : Nouzaret, pour son époque, et le bonhomme était cool. C’est le foot d’avant. Une pensée aussi pour Gasset néanmoins.
POTEAUX-CARRÉS : Ton maillot préféré ?
Pride1933 : Si je devais en garder un seul, le Asics / Sega de la remontée 98/99, époque bénie des dieux !
POTEAUX-CARRÉS : Un but préféré ?
Pride1933 : Beric, dans le derby, pour le symbole
POTEAUX-CARRÉS : Ton match préféré ?
Pride1933 : Le 5-1 contre Marseille, pour la journée, et pour la nostalgie !
POTEAUX-CARRÉS : Ton stade préféré ?
Pride1933 : Geoffroy Guichard forcément, mais j’ai adoré le Delle Appi à Turin qui n'existe plus à ce jour. Mes premiers matchs en Italie, un immense parking tout autour, les trois anneaux, l’atmosphère dedans… Il était spécial
POTEAUX-CARRÉS : Une tribune préférée ?
Pride1933 : Kop Nord à Sainté forcément, mais en Italie, j’ai adoré la Fiesole à Florence .
POTEAUX-CARRÉS : Ton groupe de supporters préféré ?
Pride1933 : Magic Fans, il n’y a pas match, nulle part.
POTEAUX-CARRÉS : Un tifo préféré ?
Pride1933 : A Sainté, en 93-94, contre Lyon, les armoiries en feuille. Je choisis celui-là parce que c'est la première chorégraphie un peu complexe qui est parfaitement réalisée. Ceci dit, à leur grande époque, les ultras du Milan ainsi que ceux de la Salernitana ont réalisé des chorégraphies incroyables
POTEAUX-CARRÉS : Ton jeu de foot préféré sur consoles ?
Pride1933 : PES 2008, j’ai passé des heures à créer des maillots.
POTEAUX-CARRÉS : Une autre équipe préférée ?
Pride1933 : Pas vraiment, Sainté est mon club de cœur !
Merci à Pride1933 d'avoir pris le temps de répondre à nos questions !
Potins