Roux a vu de l'or en Blanc

05/06/2014
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Dans ses mémoires « Il n’y a pas que le foot dans la vie » (ed. Archipel, avril 2014), Guy Roux dévoile les coulisses du transfert de Laurent Blanc. Extraits.

 

"Alain Miggliacio m’appela un lundi matin de juillet 1995 à 8h30 pour me poser une question à laquelle je ne m’attendais pas. « Voulez-vous que Laurent Blanc vienne jouer chez vous ? » Il était son agent, et si je n’avais pas été certain du sérieux de mon interlocuteur, j’aurais cru à une galéjade. Il s’expliqua posément.

 

«Saint-Etienne ne peut plus assumer son salaire. Le club doit absolument faire des économies et se débarrasser de certains joueurs. Si vous souhaitez, vous pouvez le récupérer. Vous jouez la Coupe d’Europe, vous êtes toujours dans les premiers du championnat, vous pratiquez un jeu de qualité. Ce sont des éléments importants qui peuvent séduire Laurent.

 

- Je vous écoute, vos arguments sont intéressants. Mais Auxerre ne pourra pas le payer ! Nous n’en avons pas les moyens ! »

 

- Si, vous le pourrez. Car, pour venir chez vous, Laurent accepterait  de diviser son salaire par trois. 

 

- Par trois ?

 

- Par trois ! »

 

Sollicité par plusieurs clubs comme Besiktas, le Borussia Dortmund, Cologne, Aston Villa ou Queens Park Rangers, Laurent Blanc était aussi réclamé par Montpellier et Bordeaux, qui lui proposaient des engagements de longue durée. Ce qu’il ne souhaitait pas. Il visait le très court terme.  Il cherchait un tremplin, pour pouvoir rebondir rapidement. Alain Migliaccio avait imaginé un plan qui propulsait Laurent Blanc dans une carrière qui irait au-delà d’un simple passage de Saint-Etienne à Auxerre. Un sacré pari qu’il eut l’honnêteté de me présenter en toute transparence : Laurent réduisait son salaire, partait chez nous, se relançait sportivement, retrouvait sa place en équipe de France, participait à l’Euro 1996, devenait le meilleur libéro d’Europe et au bout du compte, dix mois plus tard, il regagnait les quatre millions de francs qu’il perdait en rejoignant Auxerre. A l’arrivée, le plan ainsi ébauché se concrétisa avec une justesse étonnante.

 

Un contact téléphonique de vingt-trois minutes avec Laurent Blanc, sur les coups de midi, me confirma son état d’esprit du moment. Il était prêt à venir chez nous pour prendre le relais de Frank Verlaat au centre de notre défense, aux conditions exposées par son agent. Je ne connais pas un autre joueur qui aurait été capable de consentir un sacrifice aussi important sur le plan financier. C’était aussi la preuve de son intelligence. Il fallut faire vite, ensuite, pour conclure l’affaire qui justifia une mobilisation immédiate.

 

Avec le Falcon de Gérard Bourgoin, nous décollâmes à 18h30 d’Auxerre.  A 19h15, nous prenions Laurent Blanc à l’aérodrome d’Avignon, où Saint-Etienne se trouvait en stage de début de saison. A 20h15 nous arrivons à Saint-Etienne.  A 21h00 nous étions dans le bureau du président du club, Michel Vernassa, pour finaliser l’accord entre les trois parties. A 22h30, tout le monde signait le document officiel de prêt et, à 23h30, nous prenions une assiette anglaise à l’hôtel Mercure d’Auxerre. On n’avait pas perdu de temps ! Sans que la moindre rumeur ait eu le temps de se propager, sans que le moindre grain de sable ne vienne perturber l’opération, Auxerre réalisa un transfert surprise de grande envergure."

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