
Paga, le Peter Pan du foot
24/08/2019

Sur le site de la Pravda, Laurent Paganelli revient sur ses vertes années. Extraits.
"On avait un avantage qui n'existe plus : quand on était lié à un club, on l'était jusqu'à 24 ans. C'était une chance car le club pouvait préparer le jeune, prendre le temps. Bon, à mon époque, on n'avait pas de suivi médical, on ne travaillait pas individuellement ni physiquement. Ma première année à Saint-Etienne, j'ai joué dans onze équipes (D1, D3, DH, Gambardella, cadet, etc.), et j'ai connu onze entraîneurs ! On était un peu des cobayes. Comme on découvrait les choses, on ne savait pas comment avancer. Du coup, on passait à côté de certaines règles.
Aimé Jacquet me disait toujours que l'important était de discuter, tous les matins, au moins cinq minutes avec un jeune. Ça lui fait un bien fou. Ce qui m'a manqué, c'est la proximité avec quelqu'un dans les bons ou les mauvais moments. Qu'il m'explique ce qui était en train de se passer, ce que je ne comprenais pas. À l'époque, l'entraîneur n'avait pas le temps de le faire, il n'était pas formé à ça. J'aurais pu le demander. Les gens existaient. Mais la démarche n'existait pas. On venait te chercher à quinze ans, tu partais de chez toi, tu n'avais plus tes parents...
Quand j'étais bon, j'étais dans l'euphorie, personne ne me canalisait. Et quand j'étais mauvais, personne ne m'expliquait pourquoi. J'étais immature complet. Je ne connaissais rien à "mon métier". Je connaissais le football de loisir, mais je ne connaissais pas le professionnalisme du football. Et je crois que je ne l'ai jamais connu. Je suis resté le Peter Pan du football. Comme j'étais décontracté, on pensait que je me démerderais tout seul. Tout seul, dans le foot, on n'est rien. J'étais tout seul, j'ai fini tout seul. Dans mon coin.
Dès qu'on touchait à l'humain, hors football, c'était tabou. C'était le foot, des hommes, un rapport d'homme à homme. Tu te démerdais. L'affectif, on ne le prenait pas en compte, alors que c'est la base de tout individu. Sur le plan physiologique, tu te bousillais. À 18 ans, j'ai commencé à me claquer à droite, à gauche... J'avais pourtant une vie équilibrée. Mon corps a explosé. Ma tête a explosé aussi. Quand tu ne peux plus faire ce que tu veux, qu'on te tire dessus parce que tu n'as plus le même niveau... À un moment, j'ai pris une onde de choc."
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