Janot obnubilé par le boulot

19/05/2019
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Poursuivant l'intense promotion de son autobiographie "Sans filet" à paraître le 22 mai aux éditions Marabout, Jérémie Janot est à l'honneur dans la dernière édition de la Pravda. Extraits.

"Janot a quinze ans et emménage à Montreynaud, qui surplombe Geoffroy-Guichard. "Je quitte un quartier populaire pour un autre quartier populaire." Le quotidien n'est pas bouleversé, surtout en passant entre ces "deux villes voisines séparées par sept cents kilomètres". Il débarque le 10 juillet 1993. Le 11, il fait un basket avec Samir Ghoulam, le frère de Faouzi, dont il sera le premier capitaine, dix-sept ans plus tard, pour les grands débuts professionnels de l'international algérien chez les Verts... à Valenciennes.

Malgré les réticences, le Nordiste parvient à intégrer l'ASSE grâce à la lettre de recommandation envoyée par le Valenciennois Raymond Wojtko à Alain Blachon, le directeur du centre de formation des Verts. Mais la lutte des classes n'est pas terminée. Janot est d'abord dans l'ombre de Salvatore Caputo, alors référence régionale de sa génération. Plus grand, évidemment, et avec le bon équipement quand le petit nouveau se pointe dans son sweat à capuche. "C'est la première fois que je me rends compte qu'on ne vient pas du même monde. Mais le fait d'être moqué, ça m'a galvanisé."

Débute alors sa grande carrière de "chasseur", dans le sens cycliste du terme. Il dépassera la concurrence, une fois, deux fois, trois fois. Mais dès que le gardien finit une saison dans la peau d'un titulaire, on lui met une recrue dans les pattes. "Ça donnait l'impression que j'avais gagné ma place par accident, que je ne donnais pas les gages." On le renvoie à sa condition de petit gardien, comme un entrepreneur parti de rien à qui le grand monde ne cesse de rappeler qu'il n'est pas du sérail.

"On a réussi à briser la barrière qu'on nous avait mise, mais on finit par se la remettre soi-même. Ce qui m'a manqué, c'est de la distanciation. J'étais tellement obnubilé par le boulot... En vacances, je courais, je faisais de la muscu. Quand tu as peur de ne pas réussir, le moindre pet de moustique devient une merde de mammouth." Ce manque de lucidité lui a coûté ces plages de repos qui lui auraient fait du bien à la fin de sa carrière. Il a aussi parfois biaisé son analyse. "Être constamment jugé sur ma taille, j'en ai fait une force, mais aussi une obsession malsaine. Quand Stéphane Ruffier arrive, ce n'est pas parce que je suis trop petit, c'est parce que je suis sur la fin et qu'il est meilleur."

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