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A fond, les fonds ?

11/10/2018
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Dans son supplément Eco & Entreprise, la dernière édition du Monde évoque le rachat avorté de l'ASSE par Peak6 dans un papier intitulé "Les fonds d'investissement se mettent au sport." Extraits.

"Interrogé, le 12 septembre, dans L’Equipe sur les raisons du rachat des Girondins de Bordeaux à M6, le financier américain Joseph DaGrosa, patron de GACP, n’a pas louvoyé : "Le foot est une industrie en pleine croissance et cela devrait durer encore longtemps." S’il enrobe son discours de promesses de rendre l’équipe "meilleure qu’[ils] ne l’[ont]trouvée", il ne cache pas faire un investissement à court terme, "cinq ou dix ans", dans l’espoir de faire un bénéfice en revendant le club.

D’autres fonds spéculatifs ont déjà placé leurs pions en Ligue 1 : IDG Capital est actionnaire minoritaire (20 %) de l’Olympique lyonnais ; Elliott Management, nouveau propriétaire du Milan AC, a financé le rachat du LOSC, club lillois, par l’homme d’affaires Gérard Lopez et a sa place au conseil de gérance du club. Peak6, actionnaire minoritaire de l’AS Rome ou de Bournemouth, en Angleterre, a tenté de racheter l’AS Saint-Etienne. Le projet a échoué, la direction des Verts craignant que "les investissements de Peak6 (…) ne correspondent pas à l’ambition" du club.

Le manque d’ambition sportive : voilà ce que les supporteurs des clubs rachetés reprochent à leurs nouveaux propriétaires. Des craintes à relativiser, selon une étude publiée, en 2017, dans la revue European Sport Management. Les chercheurs Friedrich Buchholz et Kerstin Lopatta estiment que "les investisseurs [qui rachètent des clubs de football] privilégient le résultat sportif sur la performance économique", prennent des risques avec les achats de joueurs et s’immiscent peu dans les décisions de la direction.

Le seul précédent français n’incite pourtant pas à l’optimisme : le Paris-Saint-Germain n’a jamais été aussi mal en point que lorsqu’il était aux mains de Colony Capital, entre 2006 et 2011. Le fonds spécialisé dans l’immobilier avait englouti des dizaines de millions d’euros avant de trouver un repreneur inespéré, Qatar Sports Investments.

Jusqu’au début du siècle, les propriétaires de clubs de football avaient un point commun : leur objectif n’était pas de créer de la valeur, mais d’assouvir une passion ou d’acheter de l’influence. C’est la raison pour laquelle ces clubs, jamais gérés auparavant comme des entreprises, apparaissent comme des actifs à fort potentiel.

"Le marché du sport-business est très peu mature et structuré, mais il a un potentiel énorme, explique Jacques Boussuge, responsable du sport au sein du cabinet KPMG, qui a conseillé GACP dans le rachat des Girondins de Bordeaux. On entre dans une ère où l’on va dépenser de l’argent pour structurer les modèles économiques, alors qu’auparavant cet argent était utilisé essentiellement pour obtenir des résultats sportifs. Il s’agit de construire des stades, un centre de formation, afin que le club ait des actifs et puisse être revendu avec une structure efficace."

Après avoir appliqué des méthodes éprouvées dans l’industrie au sport nord-américain, où les franchises sont évaluées à plus de 1 milliard de dollars (870 millions d’euros), les fonds d’investissement d’outre-Atlantique s’intéressent à la France, "où les gouvernances sportive et politique sont stables, et où il y a des opportunités moins chères", souligne Jacques Boussuge. Il s’étonne que "les fonds français [n’aient] pas encore la lucidité" de les imiter.

Derrière l’Angleterre, où la famille Glazer, à Manchester United, a quasiment quintuplé sa mise en treize ans, malgré des résultats inégaux, la France est considérée comme une terre d’occasions. L’Allemagne est verrouillée par la règle interdisant à des investisseurs privés de s’emparer du club ; l’environnement économique n’est pas radieux en Espagne ni en Italie. Les revenus des clubs devraient progresser grâce au nouveau contrat des droits de retransmission qui entrent en vigueur en 2020, en hausse de 60 %, et la renégociation à venir des droits de la L1 à l’étranger.

"Ni Frank McCourt [propriétaire de l’Olympique de Marseille] ni GACP ne sont des mécènes. Ils croient dans la capacité de la L1 à être un business profitable", se réjouit le directeur général de la Ligue de football professionnel, Didier Quillot.

Pour David Dellea, directeur du département sport du cabinet PwC, le moment est propice pour les investisseurs, car "le sport est dans une période de fracture qui crée des occasions. Le consommateur commence à changer, les gouvernances sont plus souples. On commence à comprendre qu’il est important de rendre le format des compétitions plus adapté aux nécessités d’aujourd’hui. C’est une opportunité pour les fonds de prendre des éléments un peu poussiéreux, les rénover et les rendre intéressants pour le public."

La croissance de l’industrie du sport ne sera toutefois pas éternelle, selon les acteurs du secteur interrogés par PwC : le changement du mode de consommation du sport, de moins en moins regardé à la télévision et en direct, et l’absence de confiance dans les institutions sportives sont cités comme les deux facteurs de ce ralentissement à prévoir."

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