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C’est au travers d’une interview exclusive que nous découvrons aujourd’hui, le parcours de Jean-Luc Sassus, joueur atypique et sympathique, qui savait être au bon endroit au bon moment...


Toulouse, oh Toulouse
Jean-Luc Sassus voit le jour le 4 octobre 1962 à Tarbes, ville d’origine de ses grands parents. Mais c’est bien à Toulouse, la ville de son cœur, qu’il apprend ses premiers rudiments footballistiques. Pourtant, la passion venait déjà d’ailleurs: "Le virus du foot m’a été donné par les Verts de la période 1974-1976. Je suivais leurs matches avec attention. J’en connais toujours quelques un, Revelli Beretta, Larqué et Rocheteau qui a ensuite été mon agent".

Son parcours est atypique car Jean-Luc va réussir à mener de front études et sport de haut niveau. Il fréquente les écoles, collèges et lycées comme tout un chacun mais se découvre une véritable passion pour les maths et intègre donc la toute première section "sport-étude" de Toulouse. Il y prépare Math Sup’ et Math Spé: "J’ai toujours eu des directeurs d’école compréhensifs. Mais c’était la belle époque où je pouvais cumuler la fatigue de l’école et de l’entraînement".
Vers 16-17 ans, il ne joue plus que les dimanches et ne s’entraîne même pas, faute de temps, en donnant la priorité à ses études. Il considère ainsi le foot comme un loisir jusqu’à 23 ans. Ses qualités de vitesse permettent pourtant déjà à l’attaquant qu’il est, de se faire remarquer. Dès 17 ans, il est dans le groupe pro du TFC, au sein d'une équipe qui sort la ville rose d’une longue période noire: "Jouer au stadium devant 20.000 personnes, à cet âge là, c’était une expérience fabuleuse".


Sassus découvre le football à Toulouse dans les années 80

Jean-Luc entre à l’école d’ingénieur chimiste et décroche le diplôme tant attendu. Il concilie alors sport professionnel et études grâce à une hygiène de vie stricte, et une grande discipline.
A Toulouse, ce joueur rapide, capable de passer en dessous des 11 secondes sur 100 mètres, va rencontrer quelques figures marquantes: "Pierre Cahuzac, alors entraîneur et maintenant décédé, était quelqu’un de formidable, même s’il était très strict. Daniel Visentin, le président de l’époque m’a également beaucoup marqué. Daniel Jeandupeux a participé à mon évolution. A l’époque, j’ai commencé comme attaquant, où les sensations sont plus fortes que lorsque tu joues en défense. J’étais rapide mais je ne marquais pas beaucoup. Jeandupeux m’a alors dit que j’avais le potentiel pour jouer en défense, que j’avais tout, et qu’un jour je serais en équipe de France à ce poste là !". Jean-Luc avoue également sa chance d’avoir connu des entraîneurs qui l’ont toujours encouragé à poursuivre dans cette double voie: "Cahuzac était respectueux de ce que je faisais. Quand à Jeandupeux, il avait lui-même fait des études et comprenait parfaitement ma situation". Le choix de carrière s’impose rapidement à Jean-Luc, les sollicitations ne manquant pas. Ainsi, après 82 matches de 1979 à 1986, et six buts avec le TFC, il migre vers Cannes, alors en route vers la D1.


Sassus l'ingénieur chimiste diplômé (photo OldSchoolPanini)

On croise des futures stars sur la croisette
"A Cannes également, je suis arrivé à une période rose, au moment où le club montait en D1. J’y ai peut être vécu mes meilleurs souvenirs sportifs et personnels. Au départ, Jean Fernandez me faisait jouer attaquant. Puis un jour, je suis allé le voir pour lui expliquer qu’il pouvait me repositionner derrière. Il a eu l’intelligence de m’écouter. Là bas, j’ai vu passer pas mal de gens intelligents et l’apport de Luis Fernandez a été important. Il y avait par exemple Richard Comte, qui faisait office de directeur sportif. Guy Lacombe, Bobo Primorac et Erik Monbaerts ont également apporté beaucoup. La clé du succès, pour Cannes, c’était d’avoir attiré de bons joueurs en s’appuyant surs des anciens de qualité comme Albert Emon ou Alain Moizan. Là bas, les joueurs étaient heureux. Ils jouaient sans pression. C’est important pour un joueur de se sentir à l’aise. Certains ne s’adaptent pas face à une trop grosse pression du public. Il suffit de voir ce qui se passe souvent à l’OM ou au PSG, même s’il y a aussi d’autres raisons…".


Sous le maillot de Cannes en 1991

Et à Cannes, à cette époque là, un monument n’en était encore qu’aux fondations d’une fabuleuse carrière: "Zinedine Zidane était déjà techniquement très fort. Mais il ne faisait pas toujours le poids mentalement. Il était également plus fragile physiquement, plus lent et moins puissant que sur sa fin de carrière. De 18 à 20 ans, il a tout de même été titulaire lors de tous les matches possibles, ce qui était très fort à cet âge là. Qui aurait pu croire qu’il allait devenir le meilleur joueur du monde ? A cet âge, même si je voyais qu’il était doué, on ne peut pas deviner, sauf à avoir un Maradonna ou un Pelé de 18 ans".
En six saisons, Jean Luc portera 167 fois, entre 1986 et 1992, les chatoyantes couleurs cannoises en championnat (dont 18 fois en D2) pour treize réalisations. Bientôt, les sirènes des bords de Seine ne tardent pas à se faire entendre.


Sassus retrouve Zidane, son ancien coéquipier, sous d'autres couleurs

Tout au sommet de la tour Eiffel…
Le longiligne droitier (1,85 m) à l’accent du sud arrive dans la capitale précédé d’une réputation flatteuse, qu’il ne tarde pas à confirmer. C’est alors la meilleure époque du PSG. En deux saisons, il garnit son palmarés d’un titre de champion en 1993 et d’une Coupe de France l'année suivante: "Nous avions une belle équipe, avec Weah, Ginola, Lama, je l’adore lui, toute l’équipe en fait. Nous étions très liés. Certains des joueurs de l’époque avaient une grande sensibilité. Du reste, on critique souvent le manque d’intelligence du footballeur de haut niveau mais ce n’est pas forcément vrai. C’est juste une image qu’on lui donne. Pendant cette période, le public nous aimait et nous soutenait, il n’y avait pas de pression malsaine. Je me souviens qu’en championnat, nous avions réalisé une série de 27 matches sans défaite, le record à l’époque. Nous avions mis l’OM à huit points ! C’était l’époque d’Artur Jorge. Le point d’orgue reste la Coupe d’Europe, notamment avec ce fameux match retour, en quarts de finale de l’UEFA, en 1993, contre le Real et le but de Kombouaré".


Sassus marque le but de la victoire parisienne
à GG en aout 92 (photo ArchivesPSG)

Le 14 octobre 1992 donne raison à Daniel Jeandupeux, Jean-Luc connaît sa seule et unique sélection contre l’Autriche (victoire 2-0): "J’ai bien joué un autre match avec l’équipe de France, mais c’était contre le Benfica et ça ne comptait pas comme une sélection. L’équipe de France reste un peu un regret pour moi. J’ai joué au plus haut niveau tardivement. Je ne me suis repositionné en défenseur que vers 25 ans, en plus à 26 ans j’ai eu des problèmes de flexion osseuses. J’ai gravi les échelons avec le temps en évoluant notamment avec les A’. Et je n’aurai connu la sélection que vers 30 ans, ce qui était tard pour démarrer une carrière internationale".
En deux saisons dans la capitale, Jean Luc cumulera 57 matches de championnat (deux buts) et quinze matches européens (deux buts). Jeannot Tigana le courtise alors pour rejoindre la capitale des Gaules. 


Autre ambiance à Lyon pour Sassus
(ici aux prises avec le Messin Robert Pirès)

La morosité lyonnaise, c’est pas qu’une légende…
Séduit par le projet rhodanien, Sassus tente l’aventure à l’OL mais pour la première fois, le timing n'est pas le bon: "Je n’ai pas retrouvé là bas une ambiance comme à Paris, Cannes ou Toulouse, tout était plus froid. Pourtant, le public était sympa. J’avais quitté Paris pour Tigana. Lorsque ce dernier m’a fait part de son départ en février 1996, j’étais dépité. Je crois qu’il s’est lassé de l’ambiance en interne, et de divers tourments aussi".

Une hypothèse confirmée par la rocambolesque affaire qui l'oppose à son gardien de but, Pascal Olmeta. Ce dernier, jaloux de soi-disantes vues que Jean-Luc aurait envers sa femme Alexandra, le frappe violemment dans le vestiaire lyonnais après une défaite face à Nantes. Transporté aux urgences, le défenseur veut déposer plainte avant de se raviser, apprenant que son agresseur est venu lui rendre visite à l'hopital. L'OL se saisit de l'affaire et sanctionne immédiatement son gardien en recrutant le prometteur stéphanois Gregory Coupet. Le seul à soutenir Olmeta sera... Jean-Luc Sassus qui enterre la hache de guerre avec le bouillant Corse: "Bon, d'abord, moi j'avais rien fait, c'était une injustice et je me suis pris un coup de poing dans la gueule par Pascal alors que je croyais qu'il venait pour parler. En fait, l'histoire c'est que Pascal était amoureux d'une nana complètement malade qui aimait raconter qu'elle couchait avec tout le monde. Mais je ne lui en veux pas du tout à Pascal, cette fille, je l'avais connue six mois avant lui, et à l'époque déjà, elle appelait tous les jours sur le fixe du stade (on n'avait pas de portable). Moi je lui disais d'arrêter, j'avais une femme et tout, et en plus je me faisais chambrer par toute l'équipe. Ensuite, elle est sortie avec Pascal. Un petit drame de la vie."

Après deux ans et 57 matches à Lyon, Sassus fait donc partie de l'échange croisé avec Coupet. Ce dernier prend la direction du Rhône, et lui celle du Forez. S'ils se croiseront sur l’A47, ce ne sera pas le cas sur les terrains puisque l’ASSE connaît alors les affres de la deuxième division.

Olmeta et Sassus pour une réconciliation médiatique
(photo OldSchoolPanini)

Dans l’enfer vert immaculé…
Deuxième club rhonalpin et deuxième erreur de timing: "Je suis arrivé à Saint-Etienne, qui venait de descendre en D2, à un moment très difficile. Le club connaissait de gros problèmes financiers. Nous avions une équipe très jeune, avec des gamins de 20 ans. Il y avait Willy Sagnol, qui jouait libéro. C’était un vrai petit chien fou, qui prenait pas mal de cartons du reste, ce qui nous avait quelquefois handicapé. Il y avait aussi Aulanier, Potillon, Delpech, le fils Santini, Lagrange. J’aimais bien David Charrieras, ce joueur avait du potentiel, mais manquait d’expérience au poste de latéral. J’étais là pour le conseiller. Il y avait déjà Janot à l’époque.
Tous les week-ends, on rencontrait des équipes surmotivées, aux joueurs plus aguerris, des trentenaires, qui voulaient, en plus, faire l’exploit contre les Verts. Nous n’avons pas eu beaucoup de chance pendant cette période. En plus, le public n’était pas habitué à la D2 et était dur avec nous. Nous avons sauvé l’essentiel en nous maintenant. Pourtant, je porte toujours Saint-Etienne dans mon cœur. C’etait déjà avec les Verts que j’ai découvert le foot à la grande époque. J’ai bien apprécié la mentalité des gens de Saint-Etienne, elle se rapprochait de celle des Toulousains. Lorsque je suis revenu vivre à Lyon, pour mon travail, je me suis souvent rendu à Geoffroy-Guichard. Je ressens toujours quelque chose pour ce club et je suis toujours leurs résultats.
".

C’est à Saint-Étienne que Jean Luc arrêtera sa carrière, après 17 matches pendant cette difficile saison 1996-97.


Jean-Luc Sassus n'aura porté que
fugacement le maillot vert (photo le Progrès)

Il y a toujours un après…
Jean-Luc Sassus ne quitte alors pas vraiment le milieu du foot. Retourné jouer deux petites années dans le petit club de Labège Escalquens (Haute-Garonne), il exerce ensuite une double activité d’agent de joueurs et de parfumeur (!) depuis Toulouse, où il s'est retiré: "Je suis notamment à l’origine du retour de Ricardo en France. Je l’avais connu à Paris. J’ai également lancé une ligne de parfum à l’effigie de clubs de foot. On a des licences de Paris, Bordeaux, Sochaux et Saint-Etienne. Pour Saint-Etienne, on a fait l'homme, la femme et l'enfant. Je vais être franc, c'est la même senteur pour tous les clubs, bon, le logo change, bien sûr, et le flacon c'est un bonhomme avec une tête en ballon de foot quoi".
Jamais tenté par le métier d’entraîneur ? "A un moment donné, dans ma vie, j’étais posé et mon ex-femme ne voulait pas repartir. J’ai tout de même obtenu le premier degré du diplôme. En tant qu’agent, il me semble que ce n’est pas possible d’exercer comme entraîneur. Mais je n’ai pas tout à fait renoncé. Je pense que le fait d’avoir été un joueur pro peut aider. Bon nombre de grands joueurs ont fait cette démarche: Tigana, Jeandupeux. Ceci étant dit, il y a aussi de très bons entraîneurs qui n’ont pas été joueurs".

Devenu papa en 2009, Jean-Luc Sassus intervient également via la société "Cœur de foot" auprès des scolaires afin de promouvoir la culture footballistique dans les banlieues. Il est alors également impliqué dans l'association "un Casque, un Ballon et du Coeur" qui aide les enfants orphelins des sapeurs pompiers décédés en intervention.
Apprécié de tous ses proches, il décède d'une crise cardiaque dans la nuit du 22 mai 2015. Il avait 52 ans à peine.


Jean-Luc Sassus en 2009 avec son épouse
et son fils Arno (photo le Progrès)

L’équipe de Poteaux-Carrés tient à rendre hommage à Jean-Luc pour sa gentillesse, sa disponibilité et son accueil.