Une icône, un mythe, une figure de légende du football français.
Bien que d'autres grands joueurs, de Kopa à Zidane, ont marqué l'histoire du foot tricolore, lui demeure comme le plus romantique de tous les génies ayant porté le maillot Bleu. Car le nom de Michel Platini reste autant associé à ses victoires qu’à ses échecs...


Michel Platini voit le jour à Jœuf (Lorraine), le 21 juin 1955. C’est dans sa ville natale et familiale qu’il fait ses classes, selon la légende, dans la rue, comme tous les gamins désireux de se forger un grand destin. Il rejoint naturellement l'AS Joeuf et entreprend sa formation de futur grand footeux dans les catégories de jeunes. On l'appelle alors le "petit gros" et c'est pour pouvoir pratiquer son sport favori dans les meilleures conditions qu'il lutte contre sa nature enveloppée. Celle-ci ne le rattrapera qu'après sa retraite sportive.



Le jeune Platini (au centre) à Nancy en 1975, en compagnie de Rouyer et Rubio


En 1972 il signe à l’AS Nancy-Lorraine, le grand club d’à côté. Son nom commence à circuler dans les médias spécialisés et est prononcé avec insistance lors des soirées "multifoot" sur les radios périphériques. À tel point que le 7 mars 1976, le nouveau sélectionneur Michel Hidalgo le convoque pour sa première sélection chez les Bleus, lors d'un match amical. L’adversaire du jour n’est autre que la Tchécoslovaquie, futur champion d'Europe à l'été de la même année.
À un quart d’heure du coup de sifflet final, Platini décoche un de ces coups francs qui feront sa réputation. La France arrache le nul (2-2) et un leader vient de voir le jour. Le début d'une destinée ? C'est bien possible quand on sait que 18 ans plus tard, un certain Zinédine Zidane remettra le couvert dans des circonstances similaires et contre le même adversaire !



Platini s'élance et égalise pour sa première en bleu


La France entière découvre alors un extra-terrestre, comprenez, un joueur formidable qui ne porte pas de maillot vert avec Manufrance marqué dessus… Le foot s’ouvre au business et Platini emboîte le pas. À l’époque, la publicité la plus populaire n’est-elle pas : "Il n’a pas le tempérament à boire du raplapla" où le jeune Platoche vante une boisson "Fruité" ?
Platini futur Vert, Fruité futur sponsor des Verts. Destinée, je vous dis !



En 1978, il remporte un titre avec l’équipe au chardon rouge, Nancy, déjà un exploit en soi: une victoire en Coupe de France contre l'OGC Nice. C'est le premier du club lorrain et également le premier de Platini. Comme de bien entendu, c'est lui qui marque le but victorieux en finale. Dès lors, il devient l'archétype du n°10 tel que l'histoire le retiendra. Pas particulièrement costaud mais endurant et pétri de talent, les expressions "vista" et "passe millimétrée" semblent avoir été inventées pour lui. D'autant qu'il se forge une impressionnante capacité de buteur, notamment grâce à des coups francs assassins qui deviendront sa spécialité, au point de leur donner son nom !



Premier titre pour Platini: la Coupe de France avec Nancy en 1978


Le 18 novembre 1981, l'équipe de France reçoit les Pays-Bas. Pour voir le Mondial espagnol, la France doit l'emporter. Platini est capitaine et 90 minutes plus tard, devient héros national en arrachant un mémorable "Oui Micheeeeeel, oui Micheeeeeeeeeeel !" à Thierry Roland grâce à son coup franc décisif au Parc des Princes. 



Sur le terrain et dans les vestiaires, il est le relais parfait du sélectionneur national Michel Hidalgo qui s'est révélé en même temps que lui. Il devient la tête de proue de la "génération dorée" période 1978-1986. Platini dispute trois Coupes du Monde, dont deux perdues en demi-finale, et remporte le premier titre prestigieux de la France: l'Euro 1984.
Michel Platini explose alors à la face du monde et devient dans l'imaginaire collectif le meilleur joueur français de l'histoire, un titre honorifique que seul Zinédine Zidane saura lui contester dans les années 2000. A l'époque, il est assurément l'un des meilleurs joueurs de foot de la planète mais aussi le symbole du romantisme de la France et de son image de beautiful loser.



Platini, buteur infatigable durant l'Euro 84 (9 buts)


Entre-temps, c’est-à-dire en 1979, il est transféré dans le plus grand club français, l’AS Saint-Étienne. Une suite logique à sa carrière vu que l'ASSE est encore à cette époque le meilleur choix sportif en France. Il y restera jusqu’en 1982, remportant au passage en 1981 son seul titre de champion de France, le 10e de son équipe. Il marque la bagatelle de 82 buts avec un ratio hallucinant d'un but toutes les 153 minutes (1.7 match) !



Michel Platini sous le plus beau des maillots en 1979


Il régale les supporters des Verts par ses buts décisifs, son sens de la passe juste et ses coups francs platiniens. L'un des plus beaux sera inscrit le 26 novembre 1980 face à Hambourg, à la 26e minute d'un match que les Verts remporteront 5-0, atomisant littéralement un adversaire pourtant vice-champion d'Europe



La spécialité de Platini: le coup franc dans la lucarne (1980)


Sa saison 1981-82 est plus cruelle pour lui. Elle sera celle des actes manqués: l'ASSE termine seconde du championnat sur le fil malgré un carton incroyable lors de la dernière journée (9-2 face à Metz), échoue en finale de la Coupe de France face au PSG (2-2, défaite aux TAB) et termine 4e de la Coupe du Monde après une demi-finale aussi épique qu'injuste face à la RFA (3-3, défaite aux TAB). Pour Michel Platini, une page se tourne. Il n'aura finalement remporté qu'un titre avec l'ASSE, laissant ainsi sa marque définitivement sur le maillot Vert: l'étoile des 10 titres.



Platini fou de joie après le but victorieux face à Bordeaux offrant le 10e titre aux Verts (1981)


C'était déjà acté: à l'été, Michel Platini s’expatrie à la Juventus de Turin. L’Italie est la terre de son père, Aldo. Pour lui, c’est une consécration. Mais à l'époque, rares sont les étrangers à s'imposer en Italie, encore plus à la Juventus de Turin. Si ses débuts sont un peu difficiles, il parvient finalement à s’imposer au beau milieu de Catenaccio transalpin et à y devenir une véritable légende vivante. Pour preuve, un an plus tard, il hérite du Ballon d’or. La presse internationale le couronne de même les deux saisons suivantes (84 et 85). Un record !


Deux légendes dos à dos: Platini (Juventus) et Maradona (Naples) en 1986


1985 justement, Platoche plante le pénalty victorieux d’une finale de Coupe d'Europe des Clubs Champions très controversée. Nous sommes au Heysel, à Bruxelles. Sa joie, même contenue, fera grincer bien des dents et suscitera des commentaires peu amènes.
Facétieux, ironique parfois, Michel Platini tire le rideau de sa carrière sportive en 1987, clamant alors cette phrase qui résume le joueur et l'homme qu'il a été: "J'ai joué à Nancy car c'est le club de ma ville, à Saint-Étienne car c'est le meilleur club de France, et à la Juventus car c'est le meilleur club du monde".


Platini à Turin pour le dernier match de sa carrière (1987)


A peine trois ans an plus tard, il prend les rênes de l’équipe de France de 1990 à 1992. Qualifié haut la main pour l'Euro 92, la France se fait pourtant ridiculiser par le Danemark et est éliminée dès le premier tour de la compétition. Cet échec relatif, que le grand public lui pardonne sans peine, sonne le glas de sa carrière d'entraîneur.
Comprenant que le banc n'est pas pour lui, Michel Platini se dirige alors vers les bureaux. Durant les années 90, il remporte deux grandes victoires en tant que dirigeant: il organise conjointement avec Fernand Sastre la Coupe du Monde de football en France en 1998 (qui verra enfin son pays remporter le titre suprême) puis part à la conquête de la présidence de l'UEFA.

Sans jamais oublier de rester, à distance, l'ange gardien de l'ASSE. Il n'est d'ailleurs pas étranger au choix des comités organisateurs de sélectionner Geoffroy-Guichard pour l'accueil de la Coupe du Monde 1998 et de l'Euro 2016, ce stade qui fut sa deuxième maison pendant tant d'années... De même, en 1997, alors qu'il hésite à racheter l'ASSE, Alain Bompard confie à Platini: "Je ne sais pas si je tente l'aventure à Saint-Étienne". Ce dernier lui répond du tac au tac: "Je serais toi, je n'hésiterais pas". On connait la suite...



L'échec Platini en tant que sélectionneur (1992)


Fin tacticien et porte-parole d’un football moderne davantage tourné vers le jeu et la joie que vers la bourse et la survie monétaire des clubs, Platini place son ballon en pleine lucarne en décrochant le poste de président de l'UEFA en janvier 2007, remplaçant le suédois Johansson, en place depuis 17 ans.
Son programme placé sous quelques axes moteurs tels que Légitimité, Universalité et Lutte contre les fléaux du football, voit quelques mini-révolutions apparaître à la fin des années 2000: passage de l'Euro à 24 clubs, apparition de quintets arbitraux en Ligue des Champions, réforme de la Coupe de l'UEFA (renommée Europa League), mise en place du fair-play financier, accessibilité de la C1 à des clubs de petites nations.



Michel Platini, président de l'UEFA en 2014


Malgré les bonnes intentions, Michel platini peine pourtant à convaincre un monde du football de plus en plus pragmatique et tourné vers la finance. De plus, il ne parvient pas à empêcher les riches mécènes de prendre le contrôle de clubs huppés et de contourner la règle du fair-play financier, privant de Coupe d'Europe les clubs surendettés, se voyant ainsi obligé de modifier régulièrement les clauses de cette règle et à sanctionner de manière confuse mais sévère des clubs comme le PSG ou Manchester City.
Il est néanmoins réélu en 2009 et confirme rapidement vouloir briguer la présidence de la FIFA détenue jalousement par le suisse Sepp Blatter depuis 1998. Malgré des propos maladroits peu avant la Coupe du Monde 2014 ("Le Brésil, faites un effort pendant un mois, calmez-vous ! Rendez hommage à cette belle Coupe du Monde. On a été au Brésil pour vous faire plaisir"), Platoche affirme vouloir maintenir sa lutte contre les principales maladies du football. Un chantier aussi vaste et ardu que seul un grand capitaine comme lui se devait de relever.

Las, peu après le début de son 3e mandat et alors qu'il brigue le poste de président de la FIFA, jalousement gardé par Sepp Blatter, ses ennuis commencent. Soupçonné de paiement déloyal, le Suisse entraîne le Français dans sa chute: Platini est suspendu 8 ans par la commission d'éthique de la FIFA. Sa peine a beau être réduite à 4 ans, l'ancien meneur de jeu des Bleus décide de démissionner de son poste en mai 2016.
Dans un monde aussi corrompu que celui du football, même un homme de sa trempe ne pouvait-il donc rester intègre ? 



La carrière de Michel platini en un clin d'oeil


Le palmarès de Michel Platini
En sélection nationale
Champion d'Europe des nations: 1984
Demi-finaliste de Coupe du monde: 1982, 1986
Coupe intercontinentale des nations: 1985

En club
Coupe d'Europe des clubs champions: 1985, avec la Juventus de Turin
Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupes: 1984, avec la Juventus de Turin
Coupe Intercontinentale: 1985, avec la Juventus de Turin
Supercoupe d'Europe: 1984, avec la Juventus de Turin
Champion de France: 1981, avec Saint-Étienne
Champion d'Italie: 1984 et 1986 avec la Juventus de Turin
Coupe de France: 1978, avec AS Nancy
Coupe d'Italie: 1983, avec la Juventus de Turin
Mundialito des Clubs: 1983 avec la Juventus de Turin
Champion de France de division 2: 1975 avec l'AS Nancy

Distinctions individuelles
Ballon d'or: 1983, 1984 et 1985
Meilleur joueur du championnat d'Europe 1984
Meilleur buteur du championnat d'Europe 1984 (9 réalisations) - Record à battre
Meilleur joueur de la coupe intercontinentale 1985
Meilleur buteur du championnat d'Italie: 1983, 1984 et 1985
72 sélections en équipe de France A (capitaine à 50 reprises) pour 41 buts entre 1976 et 1987
82 buts toutes compétitions confondues en 145 matches avec l'ASSE
104 buts toutes compétitions confondues en 224 matches avec la Juventus
28 buts en 52 matches en coupes d'Europe
1 sélection en équipe nationale du Koweït: 1987