1er avril 1982: Loire-Matin sort son poisson d'avril, il y aurait une caisse noire à l'ASSE ! Trop mortelle la blague !
30 novembre 1983: Roger Rocher est écroué à la maison d'arrêt de Saint-Paul à Lyon.

Heu... ils poussent la blague un peu loin, là ! Non ?


Une longue procédure
Il aura fallu neuf ans d'un procès interminable, avec une dizaine de joueurs condamnés et un président humilié, pour enfin enterrer l'affaire de la caisse noire ! Son "trésor de guerre" comme l'appelait Roger Rocher...
Son trésor avec un petit "t", il va le payer cher. Parce que le Trésor avec un grand "T" n'aime pas faire des petits sans le savoir !

Malgré le soutien de Joseph Sanguedolce (ancien maire de Saint-Etienne à l'époque de l'affaire), Roger Rocher sera emprisonné durant quatre longs mois, entre novembre 1983 et mars 1984 puis sera remis en liberté sous caution.
Mais l'affaire va rebondir. Elle va éclabousser de nombreux joueurs qui avoueront avoir touché de l'argent... sans en connaitre la provenance. Des élus aussi.
Selon les estimations, 20 millions de francs auraient été détournés entre 1977 et 1982 (on estime qu'avant 1977, il y avait aussi une caisse noire, mais qu'elle était plus "normale"). Manquent toujours 6 millions à l'appel...



Toute la presse sportive et régionale fait ses choux gras de l'affaire


"Un grand soulagement moral"
Le 15 mai, le Président des Verts avait été condamné à trois ans d'emprisonnement, dont quatre mois fermes, et 800.000 francs d'amende (environ 122.000 euros). En première instance, sa condamnation avait été de quatre ans d'emprisonnement, dont 18 mois ferme et 200.000 francs (environ 30.500 euros) d'amende.
L'arrêt de la cours d'appel avait soulagé le Président, mais les 800.000 francs d'amende, il ne pouvait pas les payer. Il allait devoir vendre sa maison de Saint-Genest-Malifaux, ainsi que tous ses trophées à Louis Nicollin.

Le 18 octobre 1991, coup de théâtre: sous la pression populaire, le président de la République française, François Mitterrand, accorde sa grâce à Roger Rocher.

Lorsque la grâce présidentielle tombe, des journalistes du Progrès (le quotidien avait pris fait et cause pour Rocher, contre Loire-Matin) appellent le Président (avec un grand "P", celui des Verts). Ce dernier n'est pas surpris de leur coup de fil et leur répond: "J'ai reçu une lettre du ministère de la Justice. Le décret avait été signé par le président de la République le vendredi 18 octobre. Cette grâce est un grand soulagement moral, et financier aussi, pour moi, mon épouse, ma mère qui a 93 ans, mes enfants et mes petits enfants".



Roger Rocher et Jacques Sanguedolce, deux grands amis à la tête de la ville


Roger Rocher remerciera François Mitterrand par courrier, un courrier accompagné du remerciement de ses petits enfants, qui avaient déjà écrit au président de la République en juillet 1990.
Roger Rocher ne s'est pas enrichi personnellement. Mégalo certainement, mais pas cupide ! Des experts psychologues avaient dit de lui: "Roger Rocher a besoin d'être un homme public. C'est une personnalité narcissique à tendance névrotique. Il a une très forte exigence d'idéal et opère une fuite en avant dans l'hyper-activité"

Un maire communiste puis un président socialiste viendront tour à tour au secours de cet homme apatride, mais apatride de droite. Joseph Sanguedolce déclarera même sur sa tombe en 1997: "Rocher était un homme de coeur et non un affairiste, il comprenait les souffrances des plus démunis"
C'est sans doute aussi pour ça que la France Verte lui avait pardonné ses erreurs et avait poussé pour obtenir sa grâce.

L'ASSE, en revanche, mettra des décennies à se remettre de cette affaire...



Le kop Sud rend hommage à Rocher dans les années 2000


Source
- Roger Rocher. Une figure emblématique de "l'épopée stéphanoise" Pascal Charroin, 1999
- Le Progrès du 25/10/1991 (merci les Archives municipales !)