Lorsqu’on se prénomme Salem, on est toujours un peu sorcier sur les bords. Et si la technique de notre héros du jour n’était pas ensorceleuse, son abnégation et sa bravoure lui ont toujours permis d’honorer au mieux les différentes tuniques qu’il a portées dans sa carrière....


Salem Harchèche voit le jour le 24 juillet 1972 à l’ombre du stade Vélodrome, à Marseille. C’est donc dans la capitale du midi, en 1989, que les recruteurs de l’AS Saint Etienne repérèrent ce défenseur de 17 ans un peu trapu de 1m70 pour 72 kg et l'emmènent faire ses classes au sein du centre de formation de l'Etrat: "Je suis du même coin que Samir Nasri dans le nord de la ville, j’ai joué dans le club de mon quartier à Septème les Vallons avec Zinedine Zidane. Après lui il est parti à Cannes moi j’ai continué jusqu’à 18 ans et j’ai été repéré en Coupe Gambardella par Bernard Bosquet. Il a pris quatre joueurs de notre équipe à l’essai à l’AS Saint-Etienne et c’est moi qui ai été retenu"


La carrière de Salem Harchèche en un clin d'oeil


Salem débute en équipe première le 8 février 1992, au stade Louis II contre Monaco mais il ne disputera que 7 matches cette saison là. Il arrive au plus haut niveau à une période alors difficile pour le club, une période où les entraîneurs vont se succéder (Sarramagna, Santini, Baup) dans une équipe minée par les guerres de clans. Pas facile de se faire une place au soleil dans ces conditions !
Malgré 7 apparitions en fin de saison 1991-92, il n’apparaît ainsi même pas sur les feuilles de match de la saison suivantes !
Souvent positionné en arrière gauche, il se fait heureusement davantage remarquer les trois saisons suivantes, en jouant tour à tour les doublures de Cuervo, Perez et Potillon



Salem Harchèche en 1994-95


En 1995-96, avec Elie Baup aux commandes, il est souvent aligné d’emblée au sein d'une défense désormais devenue légendaire: Harchèche-Soucasse-Mannucci-Perez, ce quatuor "magique" ayant pour ultime rempart un certain Gregory Coupet, qui appréciait à l’époque qu'on laisse leur chance aux petits jeunes. Mais rien ni personne, y compris Dominique Bathenay, ne pourront empêcher la descente aux enfers des Verts à l’étage inférieur: "Je garde de bons souvenirs de mon passage ici. Même si je ne suis pas vraiment tombé à la meilleure époque. De grands joueurs comme Titi Camara, Sylvain Kastendeuch, Lubomir Moravcik, sans oublier Laurent Blanc, avaient quitté ou étaient en train de quitter le club. Mais nous n’avons pas vraiment réalisé de grandes choses. J’ai vécu l’ère Santini et ensuite la descente en Ligue 2 avec Elie Baup. Malgré tout cela, je crois que mes meilleures années sont celles que j’ai vécues dans le Chaudron. C’est incontestable"



Harchèche au duel avec Georges Weah en 1993 (image PSG Archives)


Au total, en cinq saisons sous le maillot vert, Salem Harchèche aura disputé 70 matches de D1, 3 matches de Coupe de France et 2 de Coupe de la Ligue. Il n'aura certes jamais marqué mais aura récolté 10 cartons jaunes.

En 1996-97, imitant donc son équipe formatrice par un mimétisme émouvant et étonnant, Salem se retrouve en D2, mais à Martigues, prés de sa région natale. Il ne reste que deux saisons dans la club provençal, sans y marquer les esprits (81 matches, 5 buts tout de même).
A l’orée de la saison 1998-99, il se met à l’Harchèche d’un nouveau club. On le retrouve donc au Stade Malherbe de Caen pour deux saisons, où, là aussi, ses apparitions sont relativement éparses (21 matches seulement).



Harchèche, assez transparent à Martigues en 1996


C'est contre toute attente que le natif de Marseille devient, en D2, international algérien (13 sélections entre 1997 et 2001). Depuis Martigues et Caen, il gagne la reconnaissance des supporters des Fennecs à tel point que le sélectionneur Abderrahmane Mehdaoui l'emmène avec lui disputer la CAN 1998 au Burkina Faso. L'Algérie est éliminée au premier tour, ce qui n'empêche pas Harchèche d'y glaner les premières de ses 13 capes. Mais le malheur lui tombe dessus à 28 ans sous la forme d'une rupture des ligaments croisés du genou contractée lors d'un Algérie-Namibie en janvier 2001. Mauvais timing: le SM Caen ne renouvelle pas son contrat.



L'action qui marqua la fin de la carrière de Harchèche


Son courage et sa vaillance n'ayant laissé que de bons souvenirs, c'est tout naturellement que les recruteurs du CRB Belouizdad, club d'Alger, lui proposent de le rejoindre à l'été 2001. Après une opération suivie d'un an pour retrouver de bonnes sensations sans le support d'un club,et ayant vu toutes les portes se refermer devant lui, Salem devient après mûre reflexion le premier Algérien expatrié à revenir jouer dans son pays d'origine. Il n'y évoluera pourtant qu'une saison (2 matches) avant de mettre un terme à sa carrière professionnelle, malgré les sollicitations de la JS Kabylie.

Harchèche décide alors de revenir en France pour y prendre une licence amateur au club de Portiragnes Vias, dans l’Hérault, en 2002-03: "Après la fin de ma carrière pro, en raison de mon genou, j’ai mis un an pour revenir et pour pouvoir courir. Si j’ai fini par accepter, je ne voulais pas en effet quitter le monde du ballon rond. Ainsi, j’ai passé et obtenu mon diplôme d’entraîneur, le BE1. Je me suis aussi remis à jouer. Je suis allé à Portignane près du Cap d’Agde"



Salem Harchèche (à gauche) sous le maillot de l'Algérie en 1998


Mais il était dit que Salem, ensorcelé par la Chaudron, n’oublierait pas le Forez aussi facilement. Même si son retour aux sources ne se fait pas vraiment dans les meilleures conditions: "A partir de 2003, j’ai passé trois ans au chômage. C’est la vie. Entretemps, je suis revenu à Saint-Etienne pour y vivre et trouver du travail. Après quelques mois, j’ai retrouvé deux places: l’une dans l’équipe de La Talaudière, l’autre à la mairie de la Talaudière. J’avoue que les deux étaient liées. Cela me plaisait mais ca n’a pas duré. J’ai retrouvé un contrat avec Saint-Etienne Métropole puis en janvier 2007, j'ai dû à nouveau me mettre à la recherche d’un emploi"

Depuis, Salem s'est retiré des affaires du monde du football et vit de petits boulots avec sa femme et ses deux enfants. Jusqu'à sa liquidation en 2010, il tenait une épicerie-snack rue Bergson, à l'ombre du Chaudron qu'au fond il n'a jamais vraiment quitté: "Porter ce maillot vert est unique. Jouer à Sainté, comme l’on dit, c’est énorme. Ici, tout est exceptionnel : le stade, le public, l’histoire... et c’est un Marseillais qui vous dit ça"