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"La rocade Est, c'est la meilleure chose que les Lyonnais aient fait pour les Stéphanois: elle nous évite désormais de passer devant le stade de Gerland"
Remuant, généreux, truculent et reconnaissable entre mille avec sa pure moustache, le Gaulois a été l'un des grands artisans de l'Épopée des Verts... et des Lionceaux !
Patrick Revelli est né le 22 juin 1951 à Mimet dans un petit village dans les Bouches-du-Rhône. Il fait partie d'une grande fratrie de cinq garçons et une fille. La famille Revelli, issue du Piémont, avait quitté l’Italie pour emménager dans la Meuse où le père travaillait dans les bassins miniers. Y sont nés Daniel, puis Hervé, promis eux aussi à une carrière de footballeurs (grande pour le cadet Hervé mais plus modeste pour l'aîné Daniel, avec une seule année professionnelle, à l’AS Aix-en-Provence).
Puis les Revelli déménagent et se retrouvent toujours dans une région minière mais dans le sud à Gardanne. Sud où nait donc le petit Patrick en 1951.
Dès l’âge de 14 ans, Patrick commence à travailler comme mécanicien dans un garage à Gardanne près de chez lui. Tous les soirs, il joue au foot dans le club du coin où les trois frères ont signé leur licence. Le paternel fait tout pour éloigner sa progéniture des mines aussi leur trouve t'il un travail à ses trois fils. Il espère ainsi que ses garçons ne deviendront pas "des gueules noires" comme lui.
Pour autant, deux d'entre ont vivront au plus près des mines. C’est Hervé qui est repéré en premier par Pierre Garonnaire, le recruteur de l'AS Saint-Étienne. Le jeune attaquant marque but sur but avec sur les terrains des Bouches-du-Rhône aussi Garonnaire ne tarde pas à faire signer dans le Forez celui qui deviendra le meilleur buteur de l'histoire des Verts.
Jusqu'ici dans l'ombre de son aîné, Patrick commence alors à se distinguer au même poste dans son club. Bon sang ne saurait mentir: Monsieur Revelli père reprend contact avec Garonnaire, avec qui il a déjà tissé des liens forts. Garo se laisse facilement convaincre de faire un peu de regroupement familial à Saint-Étienne, troisième région minière visitée par la famille Revelli. Peut-être un gage de sécurité pour les parents, qui sait ?
En 1967, Patrick est encore loin d’être majeur aussi il doit signer une licence amateur et, sur les conseils de Pierre Garonnaire, est hébergé par son frère Hervé, déjà Stéphanois depuis 1964. Le petit Revelli rejoint le centre de formation en 1970 où il rencontre les Repellini, Sarramagna, Santini, Merchadier et Lopez.
Patrick y fait des débuts tonitruants et devient l’un des fers de lance de cette génération exceptionnelle. En 1970, il remporte la Coupe Gambardella et n'échoue qu'en finale la saison suivante. Comme Hervé, il a le sens du but et de grandes facilités de débordements. Albert Batteux, l'entraîneur de l’équipe pro, en prend vite conscience et profite du départ d’Hervé pour l’OGC Nice afin de placer son cadet sur sa ligne d’attaque. Lors de la saison 1971-72, le coach stéphanois le titularisera 35 fois. Patrick marque 14 buts !
Et puis, c'est Robert Herbin qui reprend les rênes de l’équipe lors de l'été 72. Ancien coéquipier de Patrick, Robby le titularise à nouveau lors de 31 rencontres. A seulement 22 ans, Patrick est encore à la hauteur des espérance placées en lui puisqu'il il confirme en incrivant 16 buts. Ce sont des débuts très prometteurs mais avec le retour de son frère Hervé pour la saison 1973-74, une osmose parfaite va se produire en attaque. Herbin associe les frangins pour que les qualités de débordements de Patrick permettent à Hervé de se retrouver face aux gardiens adverses dans les meilleures conditions.
Les buts et les titres s’enchaînent pour Patrick, Jacques Monty chante "Allez les Verts" et la France reprend en chœur: "Qui c’est les plus forts ? Évidemment c’est les Verts". Houlà, comme Patrick sur son aile, on est allés un peu trop vite !
En fait, Patrick Revelli est un acteur important de l‘Épopée des Verts en Coupe d’Europe 1976: buteur dès le premier match à Copenhague puis à nouveau lors du match retour, il ouvre la marque face à Glasgow et caracole en tête des buteurs stéphanois dans cette coméptition avant qu'une blessure ne lui fasse manquer le déplacement à Ibrox Park où il sera éclipsé par Dominique Rocheteau. Patrick disparait des radars pendant 3 mois et ne refoule les pelouses que mi-janvier.
De nouveau titulaire en championnat comme en Coupe d'Europe, il participe au naufrage de Simferopol et pour la première fois de la saison, doit se contenter du banc lors du match retour contre le Dynamo Kiev. C'est Christian Sarramagna, l'éternel remplaçant qui a pris son aile. Mais les Verts patinent et il faut attendre l'heure de jeu pour que Hervé Revelli n'ouvre le score au terme d'une minute devenue célèbre. Patrick entre en jeu dans la foulée et les Verts refont leur retard. Prolongations: les jambes sont lourdes mais Patrick est bien moins fatigué que les autres alors... il en profite.
A la 113e minute, il est servi sur l'aile mais doit faire à Vladimir Trochkine, le n°4 et international soviétique. Le duel a jusque là toujours tourné à l'avantage de l'Ukrainien mais on est proche des heures de jeu et la fatigue émousse le défenseur latéral. Patrick a également un style déconcertant: en deux feintes de corps, il élimine son vis à vis et adresse une passe en retrait droit sur Dominique Rocheteau, perclus de crampes, qui marque facilement le but de la qualification.
Alors qu'il a surtout brillé par ses buts, c'est finalement une passe décisive qui fera passer Patrick Revelli à la postérité !
Titulaire dans les deux rencontres de la demi-finale contre le PSV Eindhoven, Revelli jouera également l’intégralité de la finale contre le Bayern Munich. Malheureusement, il ne retrouvera plus le chemin du but...
Le 13 mai 1976, lendemain de la finale, la descente sur les Champs-Élysée en voiturettes décapotables, ne lui rendra pas la défaite moins amère. A ce propos, petit souvenir de votre humble serviteur: cet après midi là, mes profs ne m’ont jamais vu et j’ai fait mon propre mot d’excuses. Que ne sommes-nous pas prêts à faire pour les Verts ?
Avec ses changements de direction déconcertants et son style chaloupé, le cadet des Revelli est alors un ailier vif et insaisissable. En moins de dix ans, il remporte 4 titres de Champion de France (1970, 1974, 1975 et 1976) et 3 Coupes de France (1974, 1975 et 1977) ainsi que le Challenge des champions en 1969 (son tout premier match officiel par ailleurs). En 10 saisons pro chez les Verts, Patrick Revelli aura marqué 83 buts en 288 rencontres.
Dix saisons car il quitte le Forez en 1978 direction une autre région ouvrière: le Doubs.
En effet, Revelli devient un Lionceau en jouant au FC Sochaux Montbéliard de 1978 à 1982. Dans la patrie de Peugeot, il retrouve une seconde jeunesse, tout d’abord en championnat (où le FCSM termine sur le podium à deux reprises) mais aussi donc logiquement sur la scène européenne, où il retrouve le goût des soirées inoubliables.
Lors de la Coupe de l’UEFA 1980-81, les Doubistes se débarrassent difficilement du Servette Genève et de Boavista avant de se faire sèchement battre par l’Eintracht Francfort en 8e de finale aller (4-2).
Les chances de qualification sont plus que réduites mais c’est sans compter sur le "Gaulois", surnom de Patrick avec ses long cheveux et sa grosse moustache, déterminé à renverser la situation au retour. Dans un stade Bonal recouvert par la neige, Patrick et ses coéquipiers parmi lesquels on retrouve Albert Rust, Jacky Bonnevay, Bernard Genghini, Yannick Stopyra ou Philippe Anziani vont réaliser l’un des plus bel exploit du football sochalien. Habitué à se surpasser en Coupe d’Europe, le cadet des Revelli ne passe pas à côté d’un nouvel exploit et marque les deux buts de son club, permettant à son club de se qualifier à la faveur des buts à l’extérieur. Cette saison là, tandis que les Verts se feront laminer par Ipswich Town en quart de finale, les Lionceaux parviendront eux jusqu'en demi-finale, seulement battus par l'AZ 67 Alkmaar, finaliste malheureux face à... Ipswich.
Avec Sochaux, Patrick Revelli jouera 158 rencontres pour 33 buts, un ratio plus faible que ses statistiques stéphanoises, l'âge n'épargnant personne. Il quitte le Doubs en 1982 et rejoint la Côte d’Azur où il termine sa carrière professionnelle sur la Croisette, à l’AS Cannes, en D2 certes mais non loin de Mimet, le village où il a vu le jour. Il portera les couleurs cannoises jusqu'en 1984 où, redevenu amateur, il retrouvera son ancien coéquipier stéphanois Christian Sarramagna à l’Indépendante Pont-Saint-Esprit (Gard) durant deux ans avant de raccrocher les crampons pour de bon.
Une longue carrière de club à peine entrecoupée de quelques sélection puisque, malheureusement à son apogée durant une période de creux générationnel, Patrick Revelli ne sera sélectionné que 5 fois en équipe de France, qui plus est à chaque fois en compagnie de son frère Hervé. Pourtant, lors de son premier match contre le Danemark en novembre 1973, il avait inscrit son premier but en Bleu. Malheureusement également son dernier. Cinq matchs amicaux certes mais aussi cinq victoires: peu d'internationaux peuvent revendiquer une telle statistique.
Sa période sportive terminée, Patrick Revelli redevient un simple quidam. Mais un quidam célèbre à Saint-Étienne, qu'il ne quittera jamais. Tout d'abord responsable commercial pour Adidas de 1984 à 1997, il occupe la même fonction à l’AS Saint Etienne lors des années 2000. Puis c'est le débordement, toujours aussi imprévisible, dans la politique locale à partir de 2008, date à laquelle il rejoint le cabinet du Maire de Saint-Étienne, Maurice Vincent, en tant que conseiller technique aux sports. Son mandat prend fin lorsque la ville est conquise par Gaël Perdriau et malgré une candidature malheureuse à la Mairie en 2020 (4.7% des suffrages), son engagement ne restera alors plus qu'associatif.
S'il a sans doute du grandir et s'épanouir dans l'ombre de son prolifique frangin, Patrick Revelli a toujours eu une trajectoire aussi déconcertante que ses dribbles: capable de faire honneur à son nom, de se renouveller ailleurs et de briller en dehors des terrains. Le cadet de la plus célèbre famille de joueurs de l'ASSE aura également fondé rien moins qu'une nouvelle dynastie de sportif: le père et son frère étaient des footeux, le fils Arthur un médecin du sport et le petit-fils Simon un boxeur local prometteur. Puissent les gènes Revelli de la combativité lui assurer une carrière aussi fructueuse que ses glorieux aînés !

Potins