Imagine-t-on un délai de 14 jours entre une demi-finale et une finale de Coupe du monde ?


Non bien entendu. Ça ferait retomber le soufflé du suspense aussi sûrement que la mèche orange d’un brushing présidentiel.

Mais comme à la Ligue on ose tout, Sainté, qualifié au bout de la nuit des longs pénos vendredi 15 mai, ne saura que vendredi 29 mai si les heures sups seront généreusement rémunérées. Qu’importe la prolongation pourvu qu’on ait l’ivresse ?

En attendant - c’est le cas de le dire - c’est bien dans un oppressant et interminable tunnel que le sup vert se retrouve pris au piège, condamné à balancer entre espoir et souffrance, à multiplier les conjectures, additionner les plans sur la comète, soustraire les millimètres d’ongles. L’attente est une torture. L’espoir un faux ami, tant grandit dans son ombre le risque d’une potentielle désillusion.

A cet instant du récit palpitant – mais pas autant que mon petit cœur quand Mickaz s’est élancé vendredi soir – je vous dois une confession. J’avoue mes frères, j’ai pêché. Refaisant depuis quelques temps le film de nos dernières fins de saison, où épique se conjugue avec magique ou tragique, il m’arrive parfois dans des instants de faiblesse - que celui qui n’en éprouve jamais me jette le 1er fumi - d’envier la torpeur toulousaine. De rêver de ventres mous, de fantasmer des saisons mornes s’achevant à une oubliable 12ème place, où ne coulent paresseusement sous les ponts de mai que les discussions si peu enflammées sur le mercato à venir. J’en éprouve une certaine honte, mais rassurez-vous, très vite, je me ressaisis, j’avoue alors ma faute et récite 10 on sera toujours là pour l’expier. Avant j’utilisais le qui c’est les plus forts ? pour me faire pardonner. Mais il est plus long, et surtout je préfère ne pas le galvauder. Il est si précieux. Je le garde, tout vibrant, pour mardi, 20h40. A 40 000 ça sonne mieux et, qui sait, on aura plus de chances d’être entendus par les Dieux du foot.

Et si ça ne suffit pas, si l’aspiration à des eaux plus calmes persiste, alors je prends mes cachets André Laurent. Efficaces, ils ravivent très vite le souvenir de saisons sans éclat, au fronton desquelles sont définitivement inscrits les mots sérieux et impuissance.

Non, y a pas à tortiller, Sainté ce n’est pas ça. On est né pour vibrer, collons-le-nous dans le crâne. Souffrir ou Jouir est notre unique alternative. L’exceptionnel est notre destin, l’émotion notre ration. Jamais d’escale, jamais de contact avec l’ordinaire chantait Bashung. Volontaires, toujours.

Dans ces longues journées d’avant le Grand soir où même l’été trépigne, n’en pouvant plus d’attendre, je tente pour me rafraîchir de relativiser l’impact d’une issue qu’on a peut-être tort de juger fatale : oui, le 9 mai au soir, 14 des 18 équipes de Ligue 2 étaient en vacances à l’issue de la 34ème journée, alors que Sainté, le Red Star, Rodez et Laval s’offraient un peu de rab sur un fil, entre peur et espoir. Tandis que les deux R – comme regrets – ont achevé sans démériter, mais sans exploit, leur belle saison, je me dis finalement que Sainté va batailler pour gagner le droit soit de prendre ses deux habituelles volées contre le QSG et disputer deux derbies à l’ambiance délétère soit de participer au revival de la D1 des années 80 avec nos vieux camarades de promo Metz, Montpellier, Nancy, Nantes et Sochaux. Comme souvent, dans ces réunions d’anciens, on constate, attristés, quelques défections. De dernière minute comme Bastia ou excusés car malades depuis trop longtemps comme Toulon. D’autres enfin, comme Rouen ou Laval, se font prier et réservent encore leur réponse.

Crânes dégarnis, ventres arrondis, illusions évanouies forment le décor de ces anniversaires d’anciens cons battus. Si la flamboyance et l’insolence de la jeunesse ont déserté la fête, le plaisir des retrouvailles n’est néanmoins pas feint, et les voix chevrotantes ne manqueront pas d’évoquer avec force trémolos les multiplex Inter Football - France Football de Pierre Loctin et les Coupes d’Europe d’antan. Peut-on être et avoir été ?

C’est la question qu’on se pose à Sainté depuis 1976, et il faut admettre qu’on attend encore et toujours les arguments pour répondre oui à cette question. Au moins sportivement.

Car s’il est un domaine où notre sympathique petit village gaulois résiste encore et toujours, c’est bien celui de la passion. Avec plus de 32 000 spectateurs de moyenne sur les 19 matchs de championnat - inclus les barrages - c’est un record qui s’annonce.

C’est beau c’est dingue, c’est Sainté. Il sera temps un jour d’essayer, au-delà des poncifs, de décortiquer les ressorts de cette folie verte jamais démentie, toujours plus vive malgré les avanies. « C’est multi-factoriel », dirait Montanier. L’émotion y est pour beaucoup. Sainté en est définitivement un fournisseur officiel. Celle qu’on éprouve quand on se lève le matin, à 2, à 60 ou à 400 bornes de GG avec la perspective d’aller le retrouver le soir, pour une nouvelle fête de famille.  Celle qui nous fait sentir plus vivants ces jours de matchs, celle qui nous fait faire tant d’allers-retours sur l’autoroute qui mène du pessimisme à l’optimisme les jours d’avant.

Celle qui fait de nous un peuple sans raison.

Tête brûlée
J'ai plus qu'à m'ouvrir le canadair
N'essayez pas de m'éteindre
Je m'incendie volontaire